Des chercheurs montrent que la mise en œuvre de certaines mesures de limitation de nos émissions de gaz à effet de serre pourraient avoir des effets non souhaités sur l’agriculture et sur la sécurité alimentaire. © Mose Schneider, Adobe Stock
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Réchauffement climatique et sécurité alimentaire : il faut réduire nos émissions, mais pas à n’importe quel prix

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Pour lutter contre le réchauffement climatique, nous devons, de toute urgence, réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Cela semble évident. À défaut d'être simple. Mais des chercheurs nous rappellent aujourd'hui que les mesures d'atténuation devraient être décidées aussi en fonction des effets qu'elles auront, notamment sur l'agriculture.

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[EN VIDÉO] Notre agriculture bientôt affectée par le réchauffement climatique  Certains des effets du réchauffement climatique se font d’ores et déjà ressentir. D’autres sont encore à venir. Les rendements de certaines cultures pourraient ainsi baisser de manière tangible dès 2030 sous l’effet de la hausse des températures, de variations dans le régime des précipitations et de fortes teneurs en dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. C’est la conclusion de chercheurs qui ont travaillé sur les modèles climatiques et de cultures les plus performants du moment. Les rendements du maïs, par exemple, pourraient fortement diminuer. (en anglais) © Nasa Goddard 

Réduire nos émissions de gaz à effet de serre. C'est absolument indispensable si nous espérons limiter le réchauffement climatique et ses effets. Des objectifs de neutralité carbone ont été fixés par les États. Mais c'est loin d'être simple. Et ça pourrait même se compliquer un peu plus à en croire les conclusions d'une étude menée par une équipe internationale. Les chercheurs soulignent les dommages collatéraux que les mesures d'atténuation de nos émissions -- surtout sur l'agriculture, la forêt et l'usage des terres -- pourraient provoquer en matière de sécurité alimentaire.

Ainsi, nous pourrions assister à une flambée des prix des denrées alimentaires. Avec un impact potentiel sur la sécurité alimentaire. Au moins de certains pays. Pourquoi ? D'abord parce qu'avec la diminution de l'usage du méthane (CH4) et du protoxyde d'azote (N2O) -- deux puissants gaz à effet de serre --, les coûts de production vont augmenter. Ensuite, parce que si les cultures destinées à la production d'énergie verte augmentent, la concurrence pour les terres va s'intensifier. Enfin parce que les forêts pourraient prendre de la valeur en tant que puits de carbone et empêcher ainsi les plantations agricoles à grande échelle.

Les modèles économiques, lorsqu'ils ne tiennent compte que des projections sur les conditions socio-économiques -- telles que la croissance démographique ou l'amélioration du niveau de vie --, prévoient que dans le monde, environ 420 millions de personnes pourraient connaître un risque de faim en 2050. Le chiffre augmente lorsque sont injectées dans les modèles économiques les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Avec une hausse des prix des denrées alimentaires estimée à 27 %, ce ne seront pas moins de 120 millions de personnes supplémentaires qui seront exposées à un risque de famine.

Ici, les mesures d’atténuation du changement climatique — le boisement, les bioénergies et la réduction des émissions autres que celles de CO2 — et de leurs effets potentiels sur les prix agricoles et le risque de famine. Les politiques et les changements de mode de vie (flèches grises en bas) peuvent avoir une influence à différents niveaux. © Institute for Applied System Analysis, Nature Food

Réduire nos émissions, mais pas à n’importe quel prix

Et les chercheurs proposent même une analyse plus détaillée. Ils sont parvenus à estimer qu'au niveau mondial, 60 % de la hausse des prix seraient à imputer au reboisement à grande échelle alors que 33 % viendraient de l'augmentation des coûts de production liée à la réduction de l'utilisation du CH4 et du N2O. Ainsi le risque supplémentaire pour la population serait à environ 50 % dû au reboisement, à 33 % dû à l'augmentation des coûts de production et à 14 % « seulement » à l'expansion des cultures bioénergétiques.

« Traditionnellement, l'expansion de la bioénergie pour obtenir des émissions négatives a été considérée comme un problème de sécurité alimentaire. Cependant, il s'avère que d'autres facteurs sont plutôt plus importants », remarque Stefan Frank, chercheur, dans un communiqué de l’International Institute for Applied System Analysis (IIASA, Autriche). Encore plus dans certaines régions du monde. Comme l'Afrique où, un peu plus qu'ailleurs, la question du reboisement semble centrale.

Les chercheurs soulignent toutefois que ces résultats doivent être envisagés avec prudence. Notamment parce qu'ils ont été obtenus sur la base d'une taxe carbone mondiale uniforme. En considérant par exemple que les stocks de carbone dans les forêts subiront l'effet des taxes carbone, augmentant la valeur des terres, le coût de production agricole et le prix des denrées. Des ajustements devront certainement être faits. Ils ne considèrent pas non plus, les effets que le réchauffement climatique pourrait avoir sur la sécurité alimentaire. Toutefois, ces travaux gardent le mérite de rappeler la complexité et les défis de la mise en œuvre des mesures de décarbonisation dans l'agriculture, la gestion forestière et d'autres utilisations des terres.

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