Les concentrations de CO2 atmosphériques ont grandement varié au cours des derniers millions d'années. Et les scientifiques ne cessent de se pencher sur cette information pour prédire du mieux possible les évolutions de notre climat, soumis à des taux croissants de gaz à effet de serre. En étudiant des coquilles fossilisées, une équipe de chercheurs suggère que nous sommes sur le point de battre un nouveau record.


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    Afin de mieux prédire les évolutions du climat, rien ne vaut un plongeon dans le passé. Pour cela, des chercheurs ont scruté des fossiles à la recherche de borebore. Et ils en ont déduit que d'ici 2025, l'atmosphère contiendra un niveau de CO2 jamais atteint au cours des 3,3 derniers millions d'années. Leur étude est parue dans Scientific Reports.

    Ces scientifiques ne se sont pas penchés sur n'importe quels fossiles, mais sur des foraminifères. Des organismes généralement longs de moins d'un millimètre, qui peuplent la Terre depuis des centaines de millions d'années. Petit à petit, ces foraminifères s'accumulent sur le fond marin. Or, la composition isotopique du bore contenu dans leur coquillecoquille varie en fonction du pH de l'eau de mer. Et ce pH est étroitement relié au niveau de CO2 atmosphérique. En bref, le taux de CO2 dans l'atmosphère peut être retracé sur plusieurs millions d'années, grâce à l'étude du bore de minuscules fossiles !

    La composition isotopique du bore des coquilles de zooplancton fossilisées est d'une grande aide pour estimer les taux de CO<sub>2</sub> atmosphérique des derniers millions d'années. © University of Southampton
    La composition isotopique du bore des coquilles de zooplancton fossilisées est d'une grande aide pour estimer les taux de CO2 atmosphérique des derniers millions d'années. © University of Southampton

    Un système bientôt à l'équilibre

    En l'occurrence, ces chercheurs ont pu remonter jusqu'au milieu du PliocènePliocène. Une période géologique s'étendant de 5,33 à 2,58 millions d'années. Surtout, une période où la planète était plus chaude d'environ 3 °C par rapport à nos jours. Cela s'accompagnait de plus petites calottes polairescalottes polaires et de niveaux des océans plus hauts.

    « Nous avons constaté que la partie la plus chaude du Pliocène avait entre 380 et 420 parties par million (ppmppm) de CO2 dans l'atmosphère », détaille Thomas Chalk, coauteur de l'étude. Un résultat « similaire à la valeur actuelle d'environ 415 ppm, ce qui montre que nous sommes déjà à des niveaux qui, dans le passé, étaient associés à une température et à un niveau des mers nettement plus élevés qu'aujourd'hui ». Et, puisque le taux de CO2 augmente d'environ 2,5 ppm par an, nous aurons dépassé avant 2025 le pic de CO2 atteint il y a plusieurs millions d'années.

    Peut-être vous demandez-vous pourquoi, dans ce cas, le niveau des océans et la température moyenne ne sont pas déjà bien plus élevés. Gavin Foster, également coauteur de l'étude, suggère que « c'est parce qu'il faut un certain temps au climat de la Terre pour s'équilibrer complètement à des niveaux de CO2 plus élevés [...]. Nos résultats nous donnent une idée de ce qui est probablement en magasin, une fois que le système aura atteint l'équilibre ».


    Le niveau des océans était 16 mètres plus haut il y a 3 millions d’années

    Article de Nathalie MayerNathalie Mayer, publié le 04/09/2019

    Pour prédire ce que nous réserve le réchauffement climatiqueréchauffement climatique, les chercheurs s'appuient sur des témoignages du passé. Et ils viennent de découvrir qu'à températures et niveaux de CO2CO2 similaires, la Terre a connu, il y a 3 millions d'années, des mers de 16 mètres plus élevées !

    Il y a quelque trois millions d'années, les températures moyennes sur notre Terre étaient supérieures à celles de l'ère préindustrielle de deux à trois degrés Celsiusdegrés Celsius. Les niveaux de CO2 dans l’atmosphère, quant à eux, avoisinaient ceux que nous observons aujourd'hui. Et selon des chercheurs de l'université du Nouveau-Mexique (États-Unis) entre autres, le niveau de la mer était alors supérieur de 16 mètres à celui que nous connaissons actuellement.

    « Notre ambition est d'utiliser les données disponibles pour les périodes chaudes que notre planète a connues par le passé pour ajuster les modèles de fonte des glaces qui servent ensuite à prédire la réaction future de la calotte au réchauffement climatique », explique Bogdan Onac, professeur en géosciences à l'université de Floride du Sud.

    Grâce à ce genre de stalactites, les chercheurs ont également mesuré un niveau de la mer à 23,5 mètres il y a 4 millions d’années. Les températures étaient alors supérieures de 4 °C aux niveaux préindustriels. Un scénario toujours envisageable dans le contexte de réchauffement climatique actuel. © Université du Nouveau-Mexique
    Grâce à ce genre de stalactites, les chercheurs ont également mesuré un niveau de la mer à 23,5 mètres il y a 4 millions d’années. Les températures étaient alors supérieures de 4 °C aux niveaux préindustriels. Un scénario toujours envisageable dans le contexte de réchauffement climatique actuel. © Université du Nouveau-Mexique

    Un aperçu de ce qui nous attend

    Les chercheurs ont travaillé sur des dépôts trouvés dans une grotte de l'île de Majorque, en Méditerranée, ceux que les spécialistes appellent des spéléothèmes qui se forment à l'interface de l'eau et de l'airair lorsque les grottes côtières sont inondées par l'élévation de l'eau de mer. Les échantillons ont été datés de l'ère du Pliocène à l'aide d'une méthode dite de datation radiométrique par l'uraniumuranium-|207c9ea913d8b45041698dfc9a8a2f2e|

    Les chercheurs ont ensuite soustrait les soulèvements ou les affaissementsaffaissements naturels de l'île qui ont pu se produire à cette période. Leurs résultats révèlent que pendant la période chaude du Plaisancien -- il y a entre 3,264 et 3,225 millions d'années --, le niveau moyen de la mer atteignait 16,2 mètres au-dessus de sa valeur actuelle. De quoi conclure que, même si le CO2 atmosphérique se stabilisait à son niveau actuel, le niveau mondial des océans augmentera probablement au moins d'autant dans les années à venir.

    Voir aussi

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