Vue d'artiste de l'espèce Syllipsimopodi bideni qui vivait au Mississippien. © K. Whalen, Christopher Whalen
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Le plus vieil ancêtre des vampires des abysses a plus de 320 millions d'années

ActualitéClassé sous :paléontologie , Fossile , céphalopode

Le fossile du plus ancien vampyropode a été découvert et possède dix bras, contrairement aux poulpes et vampires des abysses actuels. Ces derniers auraient donc perdu deux bras au cours de leur évolution et l'origine de ces fascinants organismes précède celle des premiers dinosaures...

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[EN VIDÉO] Cette étrange pieuvre des abysses ressemble à un petit fantôme  En mer, les abysses font sans doute partie des endroits les moins connus de la planète. Globalement inexplorés, ils regorgent d’une faune étonnante, comme cette petite pieuvre découverte récemment par la National Oceanic And Atmospheric Administration (NOAA). La voici en vidéo, dans son milieu naturel, au large d'Hawaï. 

Quelles tailles pouvaient atteindre les céphalopodes préhistoriques ? Quelle était la diversité de formes de ces mollusques et ressemblaient-ils à ceux qui peuplent aujourd'hui les mers et les océans du globe ? Les réponses à ces questions sont d'autant plus intrigantes qu'elles sont difficiles à trouver. Les fossiles de céphalopodes sont en effet rares car le corps majoritairement mou de ces organismes résiste mal à la dégradation par les conditions abiotiques mais également à celle causée par les charognards et micro-organismes. Deux chercheurs du Muséum américain d'Histoire naturelle à New York ont pourtant publié un article dans le journal Nature Communications qui rapporte la description d'un céphalopode datant d'il y a presque 330 millions d'années.

Le spécimen est le plus ancien connu à ce jour à posséder des ventouses

Le fossile provient du Lagerstätte nommé Bear Gulch, situé dans le Montana, aux États-Unis. Le fossile est daté du Carbonifère et plus précisément du Mississippien (358,9 à 323,2 millions d'années en arrière). Le spécimen a été nommé Syllipsimopodi bideni, et son nom d'espèce fait référence à l'actuel résident des États-Unis, Joseph R. Biden. Le nom de genre dérive en partie du grec syllípsimos qui signifie « préhensile » et de pódi qui veut dire « pied ». Ce nom de genre a été choisi par les auteurs de l'article car le spécimen est le plus ancien connu à ce jour à posséder des ventouses, ce qui permettait certainement aux bras qui en étaient équipés de mieux attraper les proies. Le spécimen de S. bideni mesurait environ 12 centimètres de long et possédait une poche à encre.

Le fossile de S. bideni mesure environ 12 centimètres de long et permet de distinguer une poche à encre ainsi que dix bras. © Christopher Whalen

Des vampires à huit ou dix bras ?

Ce qui a passionné les chercheurs, au-delà de la préservation exceptionnelle d'un tel organisme, est que le spécimen possède dix bras et qu'il appartient au groupe des vampyropodes. Deux bras étaient plus longs que les autres, ils mesuraient quatre centimètres de long contre environ deux centimètres pour les huit autres bras. Le groupe des vampyropodes comprend actuellement des céphalopodes tels que les poulpes et les calmars vampires ou vampires des abysses. Or, ces organismes actuels ne possèdent que huit bras, contrairement aux décabranches actuels tels que les calmars et les seiches, qui en possèdent dix. Le fossile de S. bideni est donc le premier vampyropode connu à posséder dix bras. Cette découverte permet aux auteurs de l'étude de confirmer que l'état ancestral chez les céphalopodes était la présence de dix bras et que deux d'entre eux ont été perdus chez les vampyropodes au cours de leur évolution.

Interprétation du fossile de S. bideni provenant du Montana. © Whalen and Landman, 2022

Par ailleurs, des études moléculaires avaient suggéré que les plus anciens représentants des coléoïdes, qui regroupent les vampyropodes, les décabranches mais également les bélemnites aujourd'hui éteintes, étaient apparus il y a plus de 300 millions d'années. En l'absence de fossile corroborant cette estimation, cette dernière demeurait hypothétique. La description de S. bideni conforte donc ce résultat moléculaire et repousse bien l'apparition de ce groupe de céphalopodes au Carbonifère, soit avant l'apparition des premiers dinosaures.

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