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Le plus grand rongeur connu pouvait mordre comme un crocodile

ActualitéClassé sous :paléontologie , Josephoartigasia monesi , mammifère géant

Josephoartigasia monesi pesait une tonne et pouvait mesurer jusqu'à 1 m 50 de haut. Ce rongeur géant vivait en Amérique du Sud il y a quelques millions d'années. La modélisation par ordinateur d'un crâne fossile a permis aux scientifiques de faire connaissance avec cette espèce disparue. Ils ont pu étudier la biomécanique de l'animal, de la même façon que le font les concepteurs de voitures et d'avions.

Le Grand Pacarana est pour le moment le plus grand rongeur connu ayant vécu sur Terre. L'analyse de son crâne montre qu'il devait utiliser ses deux incisives géantes à la façon des éléphants pour creuser le sol. © James Gurney

La fascination qu'exercent les dinosaures est en partie due à l'idée que l'on s'en fait, à savoir des animaux géants comparés aux mammifères. Pourtant, à bien y regarder, cette idée n'a pas beaucoup de fondements. Tout d'abord parce que les terribles lézards étaient loin d'être tous de grandes tailles (beaucoup n'étaient pas plus gros qu'un poulet) et parce que les mammifères, notamment au Tertiaire, ont pris, eux aussi, des formes gigantesques, à commencer par les baleines mais aussi le baluchithère.

Une nouvelle illustration de cet état de fait a été donnée en 2008 quand est parue la première étude officielle sur un crâne fossile trouvé en 1987 sur une plage du département de San José, en Uruguay. La nature exacte de l'animal est restée indéterminée pendant presque 20 ans quand des paléontologues se sont à nouveau penchés sur lui. L'animal est alors apparu comme le plus grand et le plus lourd des rongeurs ayant jamais foulé le sol terrestre.

Le crâne retrouvé, avec ses 53 cm de long, devait en effet appartenir à un animal ressemblant à un cochon d'Inde de la taille d'un hippopotame. Il aurait pesé environ une tonne pour une longueur de 3 mètres et une hauteur de 1,5 mètre.

Une présentation de Josephoartigasia monesi. Pour plus de détails concernant le contenu des commentaires en anglais, voir le texte ci-dessous. © Fluffy Marmot, YouTube

Les couches sédimentaires dans lesquelles il a été retrouvé indiquent qu'il devait vivre en Amérique du Sud il y a environ 3 millions d'années, dans un environnement de type estuarien ou deltaïque en milieu forestier. Comme l'indique la vidéo ci-dessus, il était donc contemporain d'animaux tout aussi exotiques que l'oiseau-terreur (terror bird en anglais), une famille d'oiseaux préhistoriques carnivores et inaptes au vol. Il n'a jamais côtoyé d'humain du genre Homo mais, à la même époque, il existait encore des australopithèques en Afrique du Sud.

L'animal fait beaucoup penser aux Pacaranas, des rongeurs du genre Dinomys vivant sur les collines ou les vallées de la forêt tropicale humide de la Cordillère des Andes. Les deux paléontologues qui l'ont identifié l'ont baptisé Josephoartigasia monesi. Le premier mot fait référence à José Gervasio Artigas (1764-1850), un héros de la guerre d'indépendance de l'Argentine et de l'Uruguay. Le second honore Alvaro Mones, un paléontologue uruguayen spécialiste des rongeurs sud-américains.

Une technique d'ingénierie numérique pour la biomécanique

Josephoartigasia monesi a dernièrement été l'objet d'un article publié dans le Journal of Anatomy. Un anatomiste et un paléontologue ont en effet joint leur force pour exploiter les données obtenues à l'aide d'un scanner concernant le crâne fossile du Grand Pacarana (Giant Pacarana étant le nom anglais de Josephoartigasia monesi). Ces données permettent de reconstituer sur ordinateur un modèle numérique de ce crâne afin d'utiliser une méthode bien connue dans l'industrie pour simuler le comportement mécanique des avions et des voitures, celle des éléments finis.

Avec cette méthode, il est possible de faire de la biomécanique et d'en apprendre plus sur la physiologie et le mode de vie de cet animal disparu probablement à cause de la compétition avec d'autres mammifères qui ont fait irruption en provenance d'Amérique du Nord, il y a environ 3 millions d'années, quand s'est formé l'isthme de Panama au Pliocène.

Les chercheurs ont ainsi appris que la mâchoire de Josephoartigasia monesi devait lui permettre de mordre en exerçant des pressions plus élevées que celles d'un crocodile de taille moyenne. Mais ce qui les a surpris c'est que les deux incisives géantes de devant de l'animal étaient capables de supporter des contraintes trois fois supérieures à celles auxquelles elles étaient soumises en mordant.

L'explication la plus probable de ce paradoxe est que le Grand Pacarana devait aussi utiliser ses incisives à la façon des défenses d'éléphants, c'est-à-dire pour creuser le sol à la recherche de nourriture ou pour se battre pour protéger son territoire et se reproduire.

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