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Un moustique gorgé de sang emprisonné depuis 46 millions d'années

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Le sang ingurgité par un moustique il y a près de cinquante millions d'années est resté conservé tout ce temps. Une équipe de biologistes a pu détecter dans l'abdomen de l'insecte la présence d'hèmes, composants de l'hémoglobine. Retour sur les détails de cette découverte qui évoque tant Jurassic Park...

L'ADN est une molécule fragile. Dans les meilleures conditions, elle peut se conserver plus de 6 millions d'années, mais n'est lisible que durant 1,5 million d'années. © Mila Zinkova, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Un moustique s'est fait emprisonner dans du schiste bitumineux, le ventre plein de sang, il y a quelque 46 millions d'années. D'autres ont probablement subi le même sort, mais celui-ci est le seul à avoir été découvert avec du sang dans l'abdomen bien conservé. Il existe plus de 14.000 espèces d'insectes qui se nourrissent de sang, et ce moustique s'est fait prendre dans la roche juste après son dernier repas !

Le paléobiologiste Dale Greenwalt est à l'origine de cette découverte, dont les résultats d'analyse font l'objet d'un article dans les Pnas. L'insecte emprisonné était une femelle. La découvrir dans cet état de conservation est tout à fait extraordinaire. L'équipe de Greenwalt présume que le moustique, tout juste après son dernier repas, a dû se noyer à la surface d'une étendue d'eau et couler presque aussitôt au fond, pour être rapidement intégré dans les fines couches de sédiments anaérobies et ce sans distendre son abdomen rempli de sang.

Le moustique le plus commun est le Culex pipiens. Seule la femelle pique d'autres espèces animales : elle se nourrit de sang pour produire ses œufs. © Fabrizio Montarsi, Wikipédia, cc by 3.0

Des molécules organiques complexes, mais pas d’ADN

Le fossile du moustique a été découvert il y a 25 ans dans le nord-ouest du Montana. Offert au Musée national d'histoire naturelle de Washington, il n'a été étudié que récemment. L'équipe de recherche a procédé à une analyse détaillée par spectrométrie de masse non invasive. Celle-ci a révélé la présence d'hèmes, des composants de l'hémoglobine des globules rouges du sang, capables de capter le dioxygène sur un atome de fer.

Si une telle histoire évoque le début du film Jurassic Park, il n'y a dans ce cas bien réel aucun espoir de trouver de l'ADN. Cette molécule est beaucoup trop fragile pour survivre à un tel processus de fossilisation. Dans une étude récente, une équipe de recherche internationale montrait qu'au mieux, pour une température de -5 °C, l'ADN se conserve durant 6,8 millions d'années mais devient déjà illisible après 1,5 million d'années. Pas d'ADN donc, mais les hèmes stabilisateurs de fer ont été préservés durant la fossilisation. Ce sont des molécules organiques complexes qui peuvent fournir des informations sur les mécanismes de fossilisation.

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