Santé

En vidéo : la piqûre d’un moustique vue de l’intérieur

ActualitéClassé sous :médecine , moustique , piqûre de moustique

Que se passe-t-il lorsqu'un moustique pique sa victime ? Vous pourriez être surpris. Sa longue trompe grâce à laquelle il perfore la peau et aspire le sang n'est pas rigide comme une seringue, mais bel et bien souple, en quête d'un vaisseau à sa portée. En voici la preuve en vidéo.

Un moustique qui pique vu au microscope  Sur cette vidéo, on peut observer comment un moustique fait bouger sa trompe (ou proboscis, en marron) à la recherche d'un vaisseau sanguin dans la peau d'une souris anesthésiée. Contrairement à une seringue, celle-ci n'est pas rigide mais bel et bien souple. Il finit enfin par trouver son bonheur autour de la 20e seconde et commence à aspirer le sang qui passe à sa portée. © Choumet et al., Plos One, 2012 

Si la chaleur estivale réjouit les vacanciers, elle fait également le bonheur des moustiques. Ces hématophages s'épanouissent à la belle saison et nous gâchent la vie en polluant nos nuits de leurs vrombissements et en nous laissant des marques qui grattent sur la peau. Mais que se passe-t-il au moment crucial où ils perforent notre peau et prélèvent notre sang ? On connaissait la théorie, mais la voici filmée avec une précision inégalée, par Valérie Choumet et ses collègues de l'Institut Pasteur.

L'étude de ces chercheurs est en fait parue en décembre 2012 dans Plos One, mais était jusque-là passée plutôt inaperçue. Celle-ci ne visait pas à surprendre un de ces insectes en flagrant délit, mais s'intéressait au paludisme, maladie parasitaire transmise par des moustiques qui, dans leur salive, disposent d'un unicellulaire à l'origine de la pathologie, un Plasmodium. Au passage, ce travail nous laisse ces prises de vues originales.

Qu'y voit-on exactement ? La scène se déroule dans la peau d'une souris anesthésiée. Le long tube marron est en fait le proboscis, la trompe du moustique en quelque sorte. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne se compose pas d'une pièce, mais de six. Quatre d'entre elles (une paire de mandibules et une paire de maxilles) servent à perforer la peau et à se frayer un chemin. Deux autres, dénommées hypopharynx et labium, sont des tubes parallèles aux fonctions différentes. Le premier permet d'envoyer la salive dès lors que le tout pénètre la peau. Celle-ci contient des molécules qui évitent la constriction des vaisseaux sanguins, bloquent la coagulation et l'inflammation. Cela nous laisse des boutons. Le labium pompe le sang, la nourriture des moustiques femelles.

Des moustiques qui cherchent leur repas à travers la peau

Dans ce cas précis, on peut voir le proboscis se mouvoir dans la peau de sa victime. Cette structure n'est pas rigide, mais souple, ce qui permet à l'insecte d'augmenter ses chances de rentrer en contact avec un vaisseau. Il faut plusieurs essais, et quelques minutes à chaque fois, avant que le suceur-piqueur ne trouve ce qu'il recherche. Celui-ci a de la chance : il finit par tomber sur l'objet de sa quête et peut entamer un repas qui dure en moyenne quatre minutes.

Quand un moustique pique un être humain, sous la peau, son proboscis se meut dans tous les sens à la recherche d'un vaisseau nourricier. © James Gathany, CDC

L'étude précise que la succion, plutôt forte, détruit parfois le vaisseau. Le sang s'écoule et forme une flaque, dans laquelle le moustique se sert. En y regardant de plus près, comme les chercheurs l'ont fait, on peut même voir les globules rouges remonter dans le labium.

Cette recherche portant sur le paludisme, les auteurs ont noté que les insectes porteurs du parasite se comportaient différemment de leurs congénères sains. Leur temps de recherche d'un vaisseau est plus élevé, maximisant les chances pour le Plasmodium de rejoindre la circulation du mammifère. Les traces d'une manipulation comportementale, comme cela arrive dans le cas d'une relation hôte-parasite ? L'hypothèse est à vérifier.

Le vecteur du paludisme altère le comportement des moustiques

Parmi les autres tests effectués, les auteurs ont immunisé les souris contre la salive du moustique, dans laquelle se cache le vecteur du paludisme. L'idée étant de voir si cela altérait son comportement et si cela pouvait limiter les risques de propagation du parasite.

Très vite, des agrégats se forment au niveau de la salive, et les vaisseaux sanguins transpercés perdent en volume. Efficace ? Pas vraiment, car les moustiques s'adaptent, et au lieu de pomper le sang dans des capillaires, ils se dirigent vers de plus gros vaisseaux pour s'alimenter.

Ce travail en lui-même ne fournit pas directement des éléments qui seront utiles pour apporter de nouvelles pistes de lutte contre le paludisme. En revanche, ces résultats pourraient être repris et faire l'objet de nouvelles recherches qui apporteront des solutions contre cette terrible maladie, qui touche des centaines de millions de personnes chaque année et en tue plus de 600.000.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités chaque jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Ce moustique a manifestement trouvé de quoi se repaître, puisque son abdomen est rempli de sang. Mais comment s'y est-il pris exactement ? © Hugh Sturrock, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0