Les anophèles sont des moustiques communs dans certaines régions du monde. Ils figurent parmi les cibles visées par les chercheurs pour stopper la transmission du paludisme, avec plus ou moins de succès... © Jim Gathany, USCDCP, domaine public
Santé

Paludisme : les moustiques « sentent » les insecticides par les pattes

ActualitéClassé sous :médecine , Biologie , paludisme

Le moustique est un insecte particulièrement meurtrier à cause des parasites qu'il transmet à l'Homme lorsqu'il pique. Une nouvelle étude dévoile une capacité inédite qui permet aux moustiques de « sentir » les insecticides avec le bout de leurs pattes.

Bien que minuscules, les moustiques tuent plus d'humains que n'importe quelle autre espèce animale. Ils sont vecteurs de nombreuses maladies, notamment le paludisme, qui infectent des millions de personnes chaque année. Le paludisme est causé par une famille de parasite comportant plusieurs espèces, les Plasmodium. Ces derniers vivent dans les anophèles qui transmettent le paludisme lorsque les femelles se délectent de notre sang.

Malheureusement les moustiques s'adaptent et résistent aux méthodes de lutte mises en place par les autorités sanitaires. Un nouveau mécanisme de résistance a été dévoilé dans une étude publiée dans Nature menée par des scientifiques anglais à Liverpool. Ces derniers ont découvert des protéines au bout des pattes de l'insecte qui lui permettent de « sentir » les molécules toxiques.

Une femelle Anopheles gambiae lors d’un repas sanguin. © James D. Gathany, domaine public

Une protéine sensible aux insecticides au bout des pattes

Pour protéger la population contre le paludisme, les autorités sanitaires utilisent des moustiquaires imbibées de pyréthroïdes, une classe d'insecticide. Or les scientifiques ont observé la baisse significative de l'efficacité de ce dispositif au fil des ans.

Pour comprendre, les scientifiques ont étudié des moustiques résistants aux pyréthroïdes et ont découvert qu'ils surexpriment une protéine, SAP2 pour Scensory appendage protein, située tout au bout de leurs pattes. Quand le moustique se pose sur une surface, SAP2 « sent » s'il y a de l'insecticide ou non et permet aux moustiques d'échapper à ses effets toxiques.

Ce mécanisme de résistance est présent chez l'espèce Anopheles gambiae qui menace les pays d'Afrique. Grâce à l'identification des techniques de résistance des moustiques, les scientifiques espèrent mieux contrôler la transmission de cette maladie tropicale qui a provoqué plus de 435.000 décès en 2017 selon l’OMS.

Pour en savoir plus

Paludisme : les moustiques très peu sensibles aux insecticides

Article publié le 7 octobre 2012 par Destination Santé

Ils n'en ont que faire ! Les moustiques vecteurs du paludisme se sont adaptés aux insecticides censés les tuer, soit en devenant résistants aux produits, soit en modifiant leur comportement. Un nouvel échec des tentatives visant à enrayer la propagation du parasite le plus dangereux du monde.

Les uns développent des résistances, d'autres modifient leur comportement au point de piquer le matin et non plus à la tombée de la nuit ! Les anophèles, c'est-à-dire les moustiques vecteurs du paludisme, trouvent toujours un moyen d'échapper aux stratégies de lutte antivectorielle mises au point par les Hommes... Une étude menée par une équipe de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) vient encore de le confirmer.

« Sur les recommandations de l'OMS, 290 millions de moustiquaires imprégnées ont été délivrées en Afrique sub-saharienne entre 2008 et 2011, indique l'IRDCela a permis de protéger 580 millions de personnes. Et 80 millions, soit 10 % de la population à risque, ont également vu les murs de leur foyer aspergés d'insecticides. »

Le Plasmodium, le parasite qui cause le paludisme, passe du moustique à l'Homme au moment de la piqûre de l'insecte. Il cause des fièvres et des douleurs fortes, parfois mortelles. © Hilary Hurd, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Des moustiques infestés qui s’adaptent aux contraintes

Pourtant, avec toujours 200 millions de cas chaque année et plus de 700.000 décès dans le monde, dont 80 % en Afrique, le paludisme reste un problème de santé publique majeur. Principal obstacle au recul de la maladie : la grande faculté d'adaptation des moustiques vecteurs aux insecticides préconisés, les pyréthrinoïdes.

Comme le révèlent les travaux de l'IRD menés au Bénin, la résistance à ces produits de la principale espèce vectrice, Anopheles gambiae, est en très forte augmentation. Par ailleurs, l'autre vecteur majeur dans ce pays, Anopheles funestus, a quant à lui opté pour une tactique différente : il évite tout contact avec les insecticides. Habitué à sévir dans les maisons, il pique désormais plus fréquemment à l'extérieur des habitations. En outre, au lieu de s'en prendre à ses victimes à la tombée de la nuit (heure habituelle de la chasse) ou en pleine nuit durant leur sommeil, il attend désormais les premières heures du jour. C'est-à-dire le moment où les habitants sortent de chez eux.

« Le dogme des vecteurs du paludisme exclusivement nocturnes est donc à revisiter, surtout lorsque le moustique est exposé à une forte pression d'insecticides », affirme l'IRD. Ces résultats soulignent « le besoin de développer des outils de deuxième génération, permettant de prévenir la transmission du paludisme, à l'extérieur des habitations ».

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