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Tsunami : l'Europe se dote d'un centre d'alerte

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La catastrophe qui a ravagé l'océan Indien en 2004 a entraîné une prise de conscience mondiale. En 2012, le Cratanem centralisera les données sismiques de la Méditerranée et de l'Atlantique nord et alertera rapidement les autorités de la survenue d'un tsunami.

Banda Aceh, au nord de l'île de Sumatra, sous les eaux. Une image à retrouver dans notre galerie de photos. © Reuters

C'était le 26 décembre 2004 à 7 h 58 en heure locale, celle de l'Indonésie et de la Thaïlande. La Terre a tremblé comme elle le fait rarement, quand une zone de contact entre deux plaques, l'eurasienne et l'indo-australienne, s'est rompue sous l'effet de contraintes mécaniques trop fortes, à environ 30 kilomètres sous la surface. La secousse a duré dix minutes, ce qui est exceptionnel, et les roches se sont déplacées horizontalement jusqu'à vingt mètres. Le séisme a atteint une magnitude de 9,1 à 9,3, rare à l'échelle d'une génération humaine. L'Alaska en avait connu un semblable en 1964, le Chili en 1960, le Kamtchatka en 1952.

Pourtant, au moment où la terre cesse de trembler, aucune victime humaine n'est à déplorer. L'épicentre du séisme, en effet, se situe en plein océan à environ un kilomètre sous la surface de l'eau. Les ondes sismiques commencent à se propager dans toutes les directions et la secousse est rapidement détectée par les sismomètres du bureau de géophysique de Jakarta. Partout dans le monde, les réseaux de surveillance repèrent un séisme.

Le premier à s'intéresser à l'éventualité d'un raz-de-marée est le Centre d'alerte sur les tsunamis du Pacifique (PTWC, Pacific Tsunami Warning Centre), installé à Hawaï. En quinze minutes, les ordinateurs concluent à l'absence de risque pour la zone Pacifique mais, faute de données suffisantes, ne fournissent aucun pronostic pour l'océan Indien.

Au fond de l'océan Indien, l'énorme mouvement horizontal mais aussi vertical (deux centimètres) ont déplacé une très grande quantité d'eau. En surface, un gigantesque système de vagues se met en place, qui se déplacent à la vitesse d'un bon avion. Le phénomène est connu : la vitesse et la longueur de l'onde sont proportionnelles à la profondeur de l'océan (à la racine carrée plus précisément). Dans une couche d'eau de 1.000 mètres, la vitesse est de 360 km/h et la longueur d'onde de 60 kilomètres. Dans un océan de 4.000 mètres de profondeur, les vagues foncent à plus de 700 km/h et leur longueur atteint 213 kilomètres.

Des vagues hautes comme un immeuble

En haute mer, la hauteur des vagues n'est pas très élevée. C'est lorsqu'elles atteignent les côtes, où la profondeur est faible qu'elles grossissent, tandis que leur vitesse chute, pour conserver la même énergie. Lorsqu'il s'approche des côtes du nord de Sumatra, le tsunami n'est repéré par aucun organisme de surveillance. Pourtant, les premiers témoins voient arriver sur eux un mur d'eau « haut comme un immeuble de quatre étages ».

A Sumatra, au Sri Lanka, en Thaïlande et en Inde, les alertes ne seront émises qu'avec beaucoup de retard. Deux heures après le séisme, la ville indienne de Madras est déjà sous les eaux mais le gouvernement n'est toujours pas prévenu. Les Maldives sont touchées une heure plus tard. La mobilisation commence seulement. Dix heures après le début du séisme, les autorités du Kenya ordonnent d'évacuer les plages et préviennent tous les hôtels de bord de mer. C'est le premier pays qui aura pu organiser les évacuations avant l'arrivée de la vague, qui touchera les côtes trois heures après la première annonce sur une chaîne de télévision.

Le bilan s'élèvera, selon les estimations, à environ 220.000 morts.

Depuis, les enquêtes et les analyses ont pu reconstituer les événements presque minute par minute. Des facteurs aggravants ont clairement été mis en évidence, comme l'urbanisation du littoral (notamment pour le tourisme), la destruction des mangroves (qui ont joué un rôle protecteur là où il en reste) et des dysfonctionnements dans le système de prévention et d'alerte. Des fax se sont perdus, certains affirment avoir prévenu des organismes qui, eux, prétendent n'avoir rien reçu, etc. Pourtant, un système d'alerte peut être très efficace pour sauver des vies car il suffit de s'éloigner de la côte d'une faible distance pour échapper aux vagues.

Dans les années qui ont suivi, les pays riverains de l'océan Indien ont commencé à mettre en place un système d'alerte à l'image de celui qui existe pour l'océan Pacifique. Les données sont toujours centralisées par le PTWC. En juillet 2006, à peine en place, les premiers éléments de ce réseau ont eu à fonctionner pour une alerte réelle quand un tsunami a touché le sud de Java après un séisme de magnitude 7,7.

La catastrophe de 2004 a eu un tel retentissement planétaire que la prise de conscience d'un danger est montée d'un cran dans tous les pays du monde. Un tsunami pourrait-il toucher les côtes européennes ? La réponse est oui. On le sait d'autant mieux que l'événement s'est déjà produit. En 1755, le terrible tremblement de terre de Lisbonne fut suivi quelques dizaines de minutes plus tard par un raz-de-marée qui poursuivit la destruction de la capitale portugaise.

En jaune, la zone qui sera surveillée par le Cratanem et, en rose, les zones où des séismes sont susceptibles de produire un raz-de-marée (cliquer sur l'image pour l'agrandir). © Cratanem

Et en Europe ?

La Méditerranée aussi connaît parfois ces catastrophes. En 1908, un tsunami balaya la ville sicilienne de Messine, tuant 35.000 personnes. En 2003, la terre a tremblé à Boumerdès, en Algérie. La magnitude a atteint 6,7 et les côtes françaises ont vu arriver quelques vagues. Un peu plus à l'est et plus puissant, le séisme aurait provoqué un vrai tsunami.  Comme nous l'expliquait Rémy Bossu, responsable du CSEM (Centre sismologique euro-méditérranéen), qui centralise les informations sismiques autour de la Méditerranée, la perception d'un risque dont le « temps de retour » moyen est supérieur à une vie humaine est difficile. Un tsunami de l'ampleur de celui de 2004 est impossible en Méditerranée mais des raz-de-marée moins violents mais destructeurs sont, eux, tout à fait possibles.

C'est sans doute l'épouvantable catastrophe de l'océan Indien qui a conduit la communauté internationale à se mobiliser. En Europe, le sénateur Roland Courteau s'est beaucoup dépensé pour faire avancer le dossier. Il vient d'aboutir à la création d'un organisme, le Cratanem, pour Centre régional d'alerte aux tsunamis pour l'Atlantique nord-est et la Méditerranée. Il est basé en France car notre pays a en effet été désigné par l'Unesco pour la surveillance de l'activité sismique en Méditerrannée occidentale. Le centre est installé à Bruyères-le-Châtel, c'est-à-dire en Essonne, donc loin de la mer...

Le choix n'est pas si étonnant car ce centre est placé sous la responsabilité du CEA, lequel abrite aussi, au même endroit, le CSEM. C'est que le Commissariat à l'énergie atomique s'est longtemps intéressé aux secousses provoquées par des explosions nucléaires souterraines et clandestines. Le budget (14 millions d'euros jusqu'en 2013) profitera aussi aux équipements de sismographie du CNRS et aux réseaux de surveillance de la surface océanique du Shom, le Service hydrographique et océanographique de la marine.

Opérationnel en 2012, le Cratanem devrait pouvoir alerter les autorités des pays membres quinze minutes après la détection d'un séisme « potentiellement tsunamigène » puis confirmer le tsunami dans les vingt minutes suivantes. De quoi permettre l'évacuation des plages en urgence...

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