Moros intrepidus, le petit cousin du Tyrannosaurus rex, était beaucoup plus véloce que son aîné. © Jorge Gonzalez

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Moros intrepidus, une version miniature du Tyrannosaurus rex

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De la taille d'un petit cerf, ce tyrannosaure prouve qu'il aura fallu moins de 15 millions d'années à l'espèce pour passer d'une taille modeste au plus grand prédateur de tous les temps. Comment est-il parvenu à cet exploit ?

Imaginez un Tyrannosaurus rex en version miniature, et vous obtenez Moros intrepidus, le petit dinosaure découvert dans l'Utah, aux États-Unis. Ce spécimen, décrit le 21 février 2019 dans la revue Communications Biology, mesurait 1 mètre 20 et pesait 78 kilos, contre 13 mètres de long et près de 9 tonnes pour son descendant. Lorsque Lindsay Zanno, paléontologue au musée de sciences naturelles de Caroline du Nord, a découvert les premiers ossements du spécimen en 2012, elle s'est d'abord demandé s'il ne s'agissait pas d'un jeune T.rex. Mais après datation des os, l'âge de ce dinosaure bipède a pu être estimé à environ 7 ans.

Les chercheurs ont alors compris qu'ils avaient affaire à une nouvelle espèce, que Lindsay Zanno a baptisé Moros, une divinité grecque symbolisant l'acheminement vers une mort implacable et violente. Contrairement à son son énorme cousin, «Moros était rapide comme l'éclair et chassait probablement des proies plus petites que lui, explique la chercheuse, Lindsay Zanno. Ces caractéristiques ainsi que ses capacités sensorielles exceptionnelles sont la marque des grands prédateurs. »

Moros intrepidus, le petit cousin du Tyrannosaurus rex, vivait il y a 96 millions d’années. © Jorge Gonzalez

Des petits tyrannosaures vivant dans l’ombre de redoutables prédateurs

Mais plus que la découverte d'une nouvelle espèce, c'est la période à laquelle Moros a vécu qui est particulièrement intéressante. Les premiers tyrannosaures sont en effet apparus il y a environ 150 millions d'années, au Jurassique. À cette époque, ils n'étaient pas encore les féroces géants qui ont dominé la planète pendant 15 millions d'années. La plupart ne dépassaient pas la taille d'un humain et rôdaient à l'ombre de prédateurs bien plus corpulents, comme les allosaures, qui n'hésitaient pas à s'attaquer à leurs congénères.

Pourtant, ces derniers semblent avoir subitement disparu au profit des tyrannosaures qui ont alors pu évoluer et devenir ces redoutables animaux que l'on voit dans les films. « Ce passage des allosaures aux tyrannosaures a été un événement déterminant dans l'évolution des dinosaures, mais nous n'en savons pas encore grand-chose », remarque Steve Brusatte de l'université d'Edimbourg (non impliqué dans l'étude), au site The Atlantic.

Les fossiles de Moros intrepidus retrouvés dans les roches de l’Utah. © Lindsay Zanno et al., Communications Biology, 2019

Un « trou » de 70 millions d’années dans les fossiles de tyrannosaures

De nombreux fossiles de petits tyrannosaures datant de 150 millions d'années ont été retrouvés en Amérique du Nord, puis plus rien jusqu'à environ 80 millions d'années, date à laquelle on retrouve les squelettes de leurs ancêtres géants. C'est justement dans cet intervalle de 70 millions d'années qu'a été estimé l'âge de Moros intrepidus, à 96 millions d'années. « Cela signifie qu'il a fallu moins de 15 millions d'années au Tyrannosaure pour accéder au pouvoir », observe Lindsay Zanno. Une période très restreinte qui a pourtant permis à l'espèce de multiplier sa masse par 100 !

La mystérieuse disparition des allosaures

Il reste à savoir ce qui a pu arriver aux allosaures, dont certains comme Siats meekerorum étaient plus longs qu'un bus et pesaient plus de 4 tonnes. Peut-être que le réchauffement du climat, associé à la montée du niveau de la mer et un changement de la végétation, a pu les déstabiliser, suggèrent les chercheurs. Peut-être aussi ont-il été fragilisés par l'arrivée de nouvelles espèces, en provenance de l'Asie alors reliée au continent américain. En tous cas, « il est probable que, sans leur disparition, le tyrannosaure ne serait sans doute jamais devenu le légendaire prédateur que nous connaissons », conclut Lindsay Zanno.

  • Moros intrepidus, un ancêtre de petite taille du Tyrannosaurus Rex, vivait il y a 96 millions d’années.
  • Il cohabitait avec les gigantesques allosaures, qui dominaient alors le Jurassique.
  • C’est grâce à la disparition de ces derniers que les tyrannosaures ont pu multiplier leur masse par 100 en moins de 15 millions d’années.
Pour en savoir plus

Un tyrannosaure miniature découvert en Chine

Article de Jean-Luc Goudet publié le 18/09/2009

Il s'appelle Raptorex et arbore les principaux caractères distinctifs des grands tyrannosaures, dont le célébrissime T. rex. Mais ce véritable modèle réduit ne mesure que 2,5 mètres, pèse cent fois moins et a vécu des dizaines de millions d'années plus tôt. L'histoire des tyrannosauridés est à réécrire...

A la fin du Crétacé, il y a plus de 65 millions d'années, Tyrannosaurus rex et ses cousins exhibaient leurs talents de chasseurs qui impressionnent encore aujourd'hui. Les tyrannosauridés présentent des caractères très particuliers : des pattes arrière puissantes, des membres avant réduits, une tête énorme, une musculature surdimensionnée autour des mâchoires et une dentition redoutable avec des crocs de grande taille.

Jusque-là, les paléontologues estimaient que ces caractères avaient dû apparaître progressivement chez les ancêtres des tyrannosaures, dont la taille, elle, devait être similaire. L'allosaure, apparu à la fin du Jurassique, semblait notamment un bon candidat pour figurer dans la lignée ayant conduit aux tyrannosauridés. Ces grands animaux auraient ainsi au fil des générations peaufiné leurs armes de prédateurs.

Pourtant, en 2006, déjà, un dinosaure théropode de seulement trois mètres de long avait été découvert en Chine. Daté de 160 millions d'années, Guanlong wucaii avait été considéré comme appartenant à la lignée des tyrannosauridés.

Raptorex kriegsteini à côté de Tyrannosaurus rex : un air de famille évident. Le crâne, en photographie, montre en particulier des similitudes remarquables, avec une mâchoire puissante, des dents acérées et des bulbes olfactifs conséquents. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir.) © Todd Marshall (dessin), Mike Hettwer (photo)

Un modèle réduit au cinquième

Aujourd'hui, venu de Chine lui aussi, voici Raptorex. Paul Sereno, de l'université de Chicago, et ses collègues, viennent de le décrire dans la revue Science et en font un modèle réduit de Tyrannosaurus rex. Tout est là : les pattes musclées, les bras minuscules et la grosse tête avec mâchoire et dentition dignes de la vedette de Jurassic Park. Les auteurs remarquent aussi dans le crâne les cavités correspondant aux bulbes olfactifs, de dimensions généreuses, ce qui devait conférer à Rapotrex un excellent odorat, à l'instar des grands tyrannosauridés. Mais la taille, elle, n'est que de 2,5 mètres de la gueule à la queue.

Le fossile a été découvert il y a plusieurs années en Mongolie intérieure et aurait pu rester inconnu de la science si Henry Kriegstein, un Américain qui l'a acheté, n'avait proposé à des chercheurs de l'examiner. En échange, le dinosaure est devenu officiellement Raptorex kriegsteini. Les couches sédimentaires du site où a été trouvé le fossile ont été datées à 125 millions d'années, donc au début du Crétacé, bien avant que T. rex ne se montre.

Selon Paul Sereno, cet animal fait partie d'une branche appartenant au groupe qui a mené aux tyrannosauridés. Les caractères spécifiques de cette famille seraient donc apparus très tôt et c'est la taille qui aurait ensuite considérablement augmenté, jusqu'à dépasser les dix mètres chez Tyrannosaurus rex pour un poids de 2,5 tonnes.

L'histoire de ces grands dinosaures est encore loin d'être comprise et notamment leur répartition sur les continents, qui ont été fortement bousculés au Crétacé jusqu'à aboutir à ceux que nous connaissons aujourd'hui. En Afrique par exemple, les allosaures ont survécu beaucoup plus longtemps et auraient pu entrer en compétition avec les tyrannosauridés. Ils ont en revanche disparu en Amérique, laissant le champ libre à Raptorex. « Nous n'avons pas de preuve d'une compétition, reconnaît Paul Sereno, car nous n'avons jamais trouvé au même endroit des grands tyrannosaures et des allosaures. »

L'unique exemplaire de Raptorex, lui, s'apprête à regagner un musée en Mongolie intérieure, une région d'où, légalement, il n'aurait jamais dû sortir.

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