Une vue d'artiste du monde des dinosaures avant qu'ils ne disparaissent au Crétacé. © boscorelli, shutterstock

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Crise KT : l'Antarctique n'était pas un refuge pour les dinosaures

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Au Crétacé, l'Antarctique se trouvait déjà dans le cercle polaire mais n'était pas couvert d'une calotte glaciaire. On pensait donc que la crise KT y avait moins touché les animaux, habitués à de longs hivers difficiles. Les fossiles marins racontent une autre histoire : les animaux de ce continent ont souffert comme les autres.

Interview : le mystère de l’extinction des dinosaures est-il enfin élucidé ?  Les scientifiques ont bien du mal, depuis toujours, à trouver un consensus expliquant l’extinction des dinosaures. Même si la théorie la plus grandement acceptée est celle d’une météorite, il persiste encore aujourd’hui des zones d’ombres. Futura-Sciences a interviewé Éric Buffetaut, paléontologue, pour qu’il nous éclaire sur la question. 

Vers la fin du Crétacé, la période géologique couvrant l'histoire de la Terre et de la biosphère il y a entre 144 et 66 millions d'années environ, l'Australie et l'Antarctique n'avaient pas encore été séparées par la dérive des continents. Réunies, elles se trouvaient à l'intérieur du cercle polaire mais n'étaient pas pour autant couvertes par un inlandsis. La température moyenne de la zone australe était d'ailleurs plus élevée au Crétacé inférieur qu'elle ne l'est aujourd'hui, comme le montre l'étude des pollens et des abondances relatives de certains isotopes.

Ce bloc continental devait donc être couvert de forêts jusqu'à l'extrême sud. Cette déduction est d'ailleurs confirmée par le découverte de dinosaures polaires australs qui y vivaient durant le Crétacé. Ce climat plus clément des terres australes semble dû au fait que les positions respectives des continents imposaient des courants océaniques différents.

Le paléontologue James Witts nous parle de ses travaux sur les fossiles datant du Crétacé en Antarctique. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © universityofleedsuk

65 à 70 % des espèces marines en Antarctique qui disparaissent

Ce climat austral avait conduit à l'hypothèse que les organismes vivant là devaient être mieux armés contre la crise Crétacé-Tertiaire, encore appelée Crétacé-Paléogène ou crise KT, un brutal changement climatique engendré par l'impact de la météorite du Yucatan ou par les épanchements de lave du Deccan. En effet, les fortes variations saisonnières de températures et d'ensoleillement dans le cercle polaire antarctique ont dû aboutir à des adaptations spécifiques chez les êtres vivants de la région, qui devaient les rendre moins vulnérables au froid et au manque de lumière. Dans cette hypothèse, les archives géologiques devraient montrer une chute moins brutale de la biodiversité qu'ailleurs sur le Planète au moment de cette grande crise biologique.

Visiblement, ce n'est pas du tout le cas d'après un article publié dans Nature Communications par une équipe de paléontologues britanniques. James Witts et ses collègues se sont intéressés à environ 6.000 fossiles trouvés dans des sédiments marins qui se sont déposés entre -69 et -65 millions d'années. En milieu marin, la fossilisation est plus efficace. Les restes d'animaux ou de plantes y sont en effet bien plus fréquemment et rapidement enfouis et isolés de l'oxygène, ce qui explique le plus grand nombre de fossiles marins que terrestres. L'abondance des restes retrouvés autorise donc des statistiques plus robustes pour comprendre la paléobiosphère.

En l'occurrence, les archives paléontologiques montrent une diminution brutale de 65 à 70 % de la diversité des espèces marines, avec notamment les mosasaures et les ammonites qui disparaissent. L'ampleur de l'extinction est donc du même ordre que celle constatée ailleurs sur la Planète et elle est très rapide à l'échelle géologique. La vie en Antarctique n'était donc pas davantage protégée que dans les autres régions de la Terre par les évènements à l'origine de la crise KT.

Selon James Witts, il s'agit même de « la preuve le plus solide issue des fossiles que la cause principale de l'extinction était l'impact d'un grand astéroïde plutôt qu'un lent déclin provoqué par un changement de climat ou un stress sévère sur l'environnement issu du volcanisme ».

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