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Lac Kivu : une menace mortelle... pourrait aider les Rwandais

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Le lac Kivu abrite plus de 2 millions de personnes sur ses rives. Pourtant, une bombe mortelle sommeille dans ses profondeurs. Des dizaines de kilomètres cubes de CO2 et de méthane pourraient se libérer en peu de temps. Le projet KivuWatt propose d'extraire le méthane de l'eau pour produire de l'électricité. La bombe pourrait alors devenir une aide économique, en faisant chuter les coûts de production du courant...

Le Kivu fait partie des grand lacs africains. Tout comme les lacs camerounais Nyos et Monoun, il est susceptible d'entrer en éruption limnique, de libérer les grandes quantités de gaz qu'il contient. Le lac Nyos a déjà tué 1.700 personnes lors d'une éruption. © Themalau, Wikimedia common, CC by-sa 3.0

Le lac Kivu se situe entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. Ses dimensions sont impressionnantes. Perché à 1.462 mètres d'altitude, il mesure 2.500 km² pour une profondeur moyenne de 485 mètres et autour de lui vivent deux millions de personnes. Il est dit méromictique car les eaux profondes et superficielles ne se mélangent que très rarement. 

En 1936, des chercheurs se sont interrogés sur la faible présence de poissons dans le lac. Ils en ont découvert la raison : le fond du lac hébergerait une quantité considérable de méthane. Il proviendrait de la transformation de CO2, libéré par des roches volcaniques, par des bactéries. Selon les dernières estimations, entre 250 et 300 km3 de CO2 et 55 à 60 km3 de méthane seraient retenus plus de 300 mètres sous la surface du lac.

Le problème est que la quantité de gaz dissous arrive à saturation. Des mouvements d'eau vers le haut, causés par exemple par un tremblement de terre, pourraient provoquer une libération brutale des gaz, suivie d'une explosion en surface (le méthane est inflammable). Le seuil de saturation d'un gaz dans un liquide dépend en effet de la pression. Le phénomène s'observe lors de l'ouverture d'une bouteille de champagne : la chute de pression libère le CO2.  

Ce scénario n'a rien d'une fiction. Il s'est déjà produit au Cameroun en 1986 et plus de 1.000 personnes avaient trouvé la mort.

Désamorcer la bombe du lac Kivu en produisant de l’électricité

Les autorités rwandaises ont réagi en approuvant le projet KivuWatt. Une compagnie américaine, ContourGlobal, a mis en place une barge à environ 13 km de la berge. Elle est chargée d'aspirer les eaux profondes puis d'en extraire le méthane. Ce gaz est ensuite utilisé par une centrale électrique d'une puissance de 25 MW comme biocarburant.

Cette barge permet d'extraire le méthane contenu dans les eaux du lac Kivu. Des tuyaux d'aspiration descendent jusqu'à 350 mètres de profondeur. © in2eastafrica.net, DR

Le CO2, lui, est réinjecté en profondeur afin d'éviter l'émission massive de gaz à effet de serre. Extraire le méthane suffirait à désamorcer la bombe.  

Le développement de cette filière serait très intéressant pour le Rwanda. Les ressources énergétiques de ce pays sont faibles. On estime que la moitié de l'électricité est produite grâce à l'importation de fuel. Le succès du projet KivuWatt représenterait un premier pas vers une indépendance énergétique.

Quelques risques tout de même

Ce projet présente néanmoins quelques risques. Une mauvaise mise en place des installations, ou de mauvaises manipulations, pourraient engendrer la libération des gaz et l'explosion fatale ! De plus, l'extraction du méthane pourrait modifier la chimie du lac Kivu en augmentant l'acidité des eaux de surface. Cette situation serait favorable au développement d'algues. Les poissons souffriraient alors de cette situation, tout comme les Hommes qui s'en nourrissent.

La première partie du projet correspond donc à une phase de test. Mais à terme, l'extraction du méthane devrait alimenter plusieurs centrales totalisant une puissance de 100 MW.

Le projet KivuWatt pourrait changer la vie des riverains du lac en leur fournissant de l'électricité moins chère, tout en diminuant la probabilité qu'une catastrophe survienne. Croisons les doigts pour que tout fonctionne sans accroc.

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