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Plus sombres, les glaces du Groenland fondent plus facilement

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La réflexivité des glaces de l'inlandsis du Groenland baisse depuis 2000. Plus sombres, ces glaces absorbent davantage de chaleur solaire. Une affaire de taille de cristaux de neige... Cette baisse de de l'albédo rend les glaciers plus sensibles à des vagues de chaleurs, augmentant la probabilité d'un dégel estival quasi complet de leur surface, ce qui a été constaté en juillet dernier.

Les cartes synthétisées à partir des données radar du satellite indien Oceansat-2 montrent l'état de la glace de surface. Le code couleur est quelque peu trompeur. Le blanc indique les régions où la glace est exempte de toute eau liquide (No melting, pas de fonte). Le gris clair montre les zones sans neige ni glace (Ice/Snow Free), le rose celles où une fonte est probable (Probable Melt) et le rouge là où elle est certaine (Melt). Deux points sont surprenants : 4 jours seulement séparent les deux images (prises le 8 juillet pour celle de gauche et le 12 juillet pour sa voisine) et les parties en blanc couvrent, durant l'été, environ la moitié de la surface de la calotte (47 % sur l'image de gauche) alors que le 12 juillet elles se réduisent à 3 %. © Michon Scott, Nicolo E. DiGirolamo, SSAI/Nasa GSFC/ Allen, Nasa Earth Observatory

Ce mois de juillet 2012, une fonte record de la surface de la calotte glaciaire du Groenland avait été observée. Dans le contexte du réchauffement climatique actuel, son annonce pouvait paraître alarmante, d'autant plus que cette fonte était parfois présentée ni plus ni moins comme la disparition de 97 % de l'inlandsis du Groenland. Rappelons qu'avec 1.710.000 km2 de superficie, soit 80 % du Groenland, c'est la deuxième plus grande masse de glace d'eau douce sur Terre après l'inlandsis de l'Antarctique.

Toutefois, selon les données glaciologiques provenant des carottages, une telle fonte s'était déjà produite à de multiples reprises dans l'histoire récente de notre planète. Il semble en effet que tous les 153 ans environ, et probablement sous l'effet de vagues de chaleurs, l'inlandsis se mette à fondre dans des proportions similaires à celle de juillet dernier.

Toutefois, selon le glaciologue Jason Box de l'Ohio State University, des températures anormalement chaudes pour un mois de juillet au-dessus du Groenland ne sont pas l'unique cause de la spectaculaire fonte de 2012. Comme il l'explique avec plusieurs collègues dans un article publié dans The Cryosphere, il faut aussi faire intervenir une modification de l'albédo des glaces de l'inlandsis du Groenland depuis l'année 2000. La réflexivité des glaces baissant, elles deviennent plus sombres et peuvent absorber plus de chaleur et donc s'échauffer plus rapidement.

Carte de la baisse de la réflexivité des glaces du Groenland en comparant les observations faites en 2012 par rapport à celles de 2000 à 2011. Cette baisse peut atteindre environ 12 %, comme on le voit sur la partie sud-ouest du Groenland. © Nasa

En juillet 2000, la réflexivité des glaces du Groenland était telle qu'en moyenne, elles n'absorbaient en surface que 25 % de l'énergie du rayonnement solaire. En juillet 2012, le taux d'énergie absorbée a atteint environ 30 %.

Inlandsis du Groenland : une fonte de 100 km3 de glace en un mois

Face à des conditions météorologiques anormales conduisant à des élévations de la température, la taille des cristaux de neige fraîchement tombée sur le Groenland augmente. Ce faisant, la neige devient plus sombre et absorbe davantage de chaleur. C'est ce qui arrive depuis 2007 du fait de basses pressions persistantes au-dessus de l'Islande pendant l'été, faisant remonter vers le nord de l'air chaud. Une réduction des chutes de neige s'ajoutant, entraînant une baisse de la réflexivité, la capacité des glaces du Groenland à fondre augmente puisqu'elles deviennent sans cesse plus sombres. 

Au final, en juillet 2012, l'énergie solaire absorbée avait de quoi faire fondre 136 millions de tonnes de glaces si celles-ci étaient déjà à une température de 0 °C. Ce qui correspondrait à 55 % de la glace perdue pendant l'été par le Groenland de 2003 à 2009. Cent kilomètres cubes ont tout de même fondu, un volume suffisant pour recouvrir l'île de Manhattan par une couche de glace d'un kilomètre.

Selon les chercheurs, compte tenu de cette dérive de l'albédo des glaces du Groenland et en raison du réchauffement climatique en cours, il ne devrait pas s'écouler 150 ans avant qu'une fonte comme celle de l'été 2012 ne se produise à nouveau.

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