Thomas Pesquet dans la cupola de la Station spatiale survolant l'océan. © ESA, Nasa
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« Les priorités ne sont pas les bonnes et c’est inquiétant », confie Thomas Pesquet, témoin des catastrophes sur Terre

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Futura avec l'agence ETX Daily Up

[EN VIDÉO] La France vue depuis l'espace par Thomas Pesquet  Découvrez la France photographiée de l’espace par Thomas Pesquet au cours de ses six mois passés dans la Station spatiale internationale. Une belle balade pour voir la France autrement, à 400 kilomètres d’altitude. 

Du haut de la Station spatiale internationale, à 400 km d'altitude, Thomas Pesquet a observé les dernières catastrophes survenues sur Terre ces six derniers mois : ouragans, feux de forêt et colonnes de fumée ininterrompues. Pour la seconde fois, il constate le changement climatique à l'œuvre et exhorte les gouvernements à écouter les experts. 

Depuis la Station spatiale internationale, l'ISS, où il termine sa deuxième mission, l'astronaute français a confié à l'AFP ses inquiétudes pour l'avenir de la Planète bleue, à l'approche de la COP26.

Quelles images de catastrophes naturelles vous ont le plus marqué ?

Les ouragans et les feux de forêts. Je n'avais jamais assisté à ça, des feux d'une ampleur incroyable, avec des colonnes de fumée qu'on voyait depuis l'espace pendant des jours et des jours... C'était impressionnant de se dire l'énergie qui était dégagée et les dégâts provoqués pour les gens qui avaient la malchance d'être sur la trajectoire.

On a aussi vu une succession de tempêtes tropicales, extrêmement impressionnantes, on pouvait quasiment regarder dans l'œil du cyclone. Ce sont des murs de nuages d'une puissance phénoménale, de plus en plus fréquents, de plus en plus destructeurs.

Thomas Pesquet, actuellement à bord de l'ISS, observe la terre pour la seconde fois et se dit inquiet que « l'on n'arrive pas à s'entendre au niveau international ». © ESA

Voir la Terre d'en haut une deuxième fois, à cinq années d'écart, a-t-il renforcé votre conscience de sa fragilité ?

Oui, clairement. Voir la Planète depuis son hublot, ça fait réfléchir. Mais il suffit de la voir une fois en fait : on peut séjourner seulement deux jours dans l'espace, le simple fait de prendre du recul, de voir la fragilité de l'atmosphère, cette bulle de savon qui nous préserve de l'impossibilité de la vie en milieu spatial, cette oasis incroyable... Ça marque à vie.

Et quand on voit les changements sur le temps long -- évidemment il faut parfois plus de cinq ans -- on ne peut pas ne pas se sentir concernés. C'est pourquoi j'ai essayé de m'engager encore plus pour l'environnement, en devenant ambassadeur de la FAO pour la protection de la Planète, et de me faire l'avocat de toutes ces causes...

« Une évidence, et pourtant c’est seulement avec le recul depuis la Station que ça m’a vraiment frappé : il n’y a en fait qu’un seul immense océan interconnecté... même si on le divise en différents noms géographiques par commodité. Et il est tout simplement indispensable à la bonne santé de la planète bleue : c’est à la fois notre thermostat et notre . Pourtant on a tendance à l’oublier quand on parle du changement climatique, alors qu’il le subit de mille manières, et pas seulement à travers la montée du niveau de la mer. Et le comble avec cet oubli fréquent, c’est que l’océan peut justement fournir des solutions pour combattre le changement climatique ! Alors en amont de la COP26, des scientifiques du monde entier unissent leur voix pour témoigner de leurs recherches essentielles en quelques mots et très concrètement. Ce sont eux qu’il faut écouter, et j’espère que mon témoignage depuis l’espace permettra de les mettre en avant. Ecoutons-les… et montrons aux décideurs qu’ils ont notre soutien ! » © Nasa, ESA

Qu'est-ce qui vous inquiète le plus à court terme ? Quelles sont les mesures d'urgence à prendre contre le réchauffement climatique ?

Ce qui m'inquiète le plus, c'est que l'on n'arrive pas à s'entendre au niveau international, et que les questions économiques priment toujours sur les questions environnementales. Or, c'est un raisonnement « court-termiste » puisque sur le long terme, les profits des entreprises sont directement menacés par le changement climatique.

Ce qui m'inquiète le plus, c'est que les questions économiques priment toujours sur les questions environnementales

Quand on voit que la Grande Barrière de corail australienne n'a pas été placée sur la liste des sites en péril (du patrimoine mondial de l'Unesco, ndlr) suite à la pression du gouvernement australien, on se dit que les priorités ne sont pas les bonnes et c'est inquiétant.

La première chose à faire, c'est d'écouter les experts, pour qui c'est le travail d'une vie entière d'apporter des réponses, au niveau local, régional, national, global. Il faut essayer de les mettre en œuvre.

L'urgence, c'est de sortir du tout carbone. Il faut donner la priorité à l'énergie renouvelable ou décarbonnée... Et puis, il faut des mesures contraignantes, à savoir des engagements internationaux auxquels les pays sont tenus. C'est à ça que sert un forum comme la Cop26.

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