Des inondations ravagent le Pakistan depuis déjà trois mois, causant plus d'un millier de morts et la délocalisation de dizaines de millions de personnes. Déjà un Pakistanais sur sept est touché, alors que l'eau continue de monter.

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Alors que la sécheressesécheresse a ravagé la France, et l'Europe en général cet été, au Pakistan, l'inverse se produit. Bien que le pays soit préparé à chaque mousson, cette saison des pluies 2022 se révèle dévastatrice et meurtrière. Un tiers du pays est submergé, plus de 1.000 décès sont à déplorer, et plus de 33 millions d'habitants se retrouvent dépouillés de leurs foyers, sans endroit où se réfugier, soit un Pakistanais sur sept.

Le pays, déclaré en « état d'urgence », a demandé une aide humanitaire pour remédier à une partie des dégâts causés. L'ONU a ainsi lancé un appel urgent de 160 millions de dollars pour venir en aide aux Pakistanais. Au total, selon le Premier ministre Shehbaz Sharif, les réparations dans tout le pays coûteront jusqu'à 10 milliards de dollars. Et pour cause, plus d'un million de maisons ont été détruites, plus de 700.000 animaux d'élevage ont été laissés pour morts, et les récoltes sont ruinées. 

Le réchauffement climatique accentue les événements extrêmes

Pays tropical, le Pakistan est habitué à assister chaque année, entre juin et septembre, à de fortes précipitations qui viennent alimenter les récoltes en eau. Mais les infrastructures du pays ont cette fois subi des pluies de mousson « sans précédent depuis trente ans », déplore le Premier ministre du pays, Shehbaz Sharif. Ces crues dévastatrices font suite à un pic de chaleurchaleur en mai 2022, où la température a grimpé jusqu'à 51 °C à Jacobabad dans le centre du pays. C'est d'ailleurs ce pic de chaleur qui pourrait avoir provoqué de telles inondations : la sécheresse intense rend les sols durs et imperméables. Ainsi, si de l'eau s'écoule, une terre sèche et compacte ne l'absorbera pas et l'eau continuera de s'écouler. De plus, l'airair chaud peut retenir plus d'humidité, qui retombe ensuite lors de pluies torrentielles.

Et le réchauffement climatiqueréchauffement climatique augmente la fréquence de tels événements climatiques : les sécheresses et pics de chaleur seront plus nombreux, et donc les inondations aussi. Mais certains endroits sur Terre se retrouvent plus directement touchés que d'autres. La ministre du réchauffement climatique Sherry Rehman évoque une « crise aux proportions inimaginables » :  « nous sommes sur le front de la catastrophe climatique qui se déroule », dit-elle à The GuardianD'après elle, le pays pourrait de nouveau rentrer en sécheresse suite à ces inondations, alors que pour l'instant les villes sont devenues des océans et des rivières.

Actuellement, la pluie s'est arrêtée, mais l'eau continue de monter, alimentée par les rivières en provenance des montagnes. L'Indus, le fleuve qui traverse le Pakistan et passe par de nombreux pays, dont l'Inde qui a repris son nom, menace de sortir de son lit. Si cela se produit, alors que des centaines de ponts et de routes ont déjà été détruits, de nouveaux milliers, voire millions de personnes pourraient bien en subir les conséquences à travers tout le pays.

Images en fausses couleurs du Pakistan le 4 août 2022. Les images combinent l'infrarouge à ondes courtes, le proche infrarouge et la lumière rouge (bandes 6-5-4) pour mieux distinguer les eaux de crue au-delà de leurs canaux naturels. © Joshua Stevens, Nasa
Images en fausses couleurs du Pakistan le 4 août 2022. Les images combinent l'infrarouge à ondes courtes, le proche infrarouge et la lumière rouge (bandes 6-5-4) pour mieux distinguer les eaux de crue au-delà de leurs canaux naturels. © Joshua Stevens, Nasa
Images en fausses coouleurs du Pakistan le 28 août 2022. Les pires inondations se sont produites le long du fleuve Indus dans les provinces du Pendjab, du Khyber Pakhtunkhwa, du Balouchistan et du Sind. Entre le 1er et le 26 août, le Sindh a reçu 443 millimètres de pluie, soit plus de 780 % de la moyenne. © Joshua Stevens, Nasa
Images en fausses coouleurs du Pakistan le 28 août 2022. Les pires inondations se sont produites le long du fleuve Indus dans les provinces du Pendjab, du Khyber Pakhtunkhwa, du Balouchistan et du Sind. Entre le 1er et le 26 août, le Sindh a reçu 443 millimètres de pluie, soit plus de 780 % de la moyenne. © Joshua Stevens, Nasa