Alors que les pays européens cherchent des solutions pour éviter les catastrophes liées au changement climatique, comme les inondations et les incendies, la présence d'un petit rongeur autrefois mal-aimé peut apporter de nombreuses solutions : le castor. Et lorsqu'il ne se plaît pas dans une région, il est parfois possible de l'imiter.


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    L'impact positif du travail des castors dans la nature n'est plus à prouver, à tel point que ce mammifère est désormais considéré comme l'un des animaux les plus importants du monde pour lutter contre les catastrophes météométéo.

    Des mini-barrages pour éviter les inondations en Europe

    Les barrières de branches et de bois qu'ils construisent permettent la création de petits bassins de rétention d'eaurétention d'eau, et ainsi, de limiter les débordements des rivières en cas de fortes précipitations. Depuis quelques années, les scientifiques observent les barrages des castors en tentant d'en tirer des leçons qui pourront ensuite servir aux zones agricoles et urbaines. Les universités de Cardiff et de Worcester en Angleterre viennent de publier une étude conjointe sur la gestion naturelle des risques d'inondations dans la revue Journal of Hydrology.

    Ils ont effectué un test expérimental sur la rivière Shrophire sur une période de deux ans : comme il n'y a pas de castor en Angleterre, ils ont disposé 105 barrières sur une distance de près de 5 kilomètres. Ces barrières artificielles, imitant celles des castors, ont permis de ralentir le débitdébit de la rivière, en stockant de l'eau dans certaines zones, et en la déviant dans d'autres. En plus d'éviter les inondations durant la tempête Dennis qui a touché les îles britanniques en février 2020, les barrières ont pu stocker un excédent d'eau correspondant à l'équivalent de 4 piscines olympiques. Grâce à ces mini-barrages inspirés par la nature, l'eau s'est élevée de 80 centimètres près de chaque élément, et s'est ensuite abaissée progressivement pendant 7 à 10 jours. Ce retour à la normale très progressif a permis d'éviter tout débordement violent au passage des intempéries. L'équipe de chercheurs précise qu'en plus d'être efficaces, ces petites barrières sont très peu onéreuses. C'est donc une solution qui peut être facilement mise en place dans les zones à risques. Et tout comme les véritables barrages naturels des castors, le procédé a d'autres avantages : les petits bassins de rétention qui se créent permettent d'abriter de la biodiversitébiodiversité et d'abreuver de nombreuses espècesespèces animales.

    Un barrage de castors permet de limiter un trop gros débordement des rivières en cas de fortes pluies. © bernell, Pixabay
    Un barrage de castors permet de limiter un trop gros débordement des rivières en cas de fortes pluies. © bernell, Pixabay

    Les castors humidifient les sols et limitent les incendies

    Après des décennies passées à être considéré comme un nuisible en Amérique du Nord, le castor est désormais au centre de toutes les attentions. Spécialement en Californie, un État américain ravagé par les incendies chaque été. L'animal n'est pas protégé aux États-Unis et peut toujours être chassé, mais uniquement avec une permission spéciale. Certains scientifiques américains, comme Emily Fairfax, se battent pour faire entendre au public le rôle inestimable des castors dans la lutte contre la sécheressesécheresse et les incendies.

    Une animation montrant comment les castors permettent de limiter la propagation des feux. © Emily Fairfax

    Les multiples petits bassins d'eau créent par les castors créent de véritables zones humides à plus large échelle : l'eau s'infiltrent lentement dans le sol des alentours et le sol est humidifié, la végétation aussi. En cas de feux de forêt, ces zones sont les seules à ne pas brûler, et elles permettent de stopper la progression des incendies.  

    Un exemple de zone intacte, grâce aux castors, au milieu des zones brûlées. © Emily Fairfax

    En France, la population de castors d'Europe est limitée à certaines rivières du centre et de l'est : dans la Loire, le Rhône, la Saône, le Tarn, l'Aulne, la Meuse, et le Rhin et quelques affluents. C'est un mammifère protégé dans notre pays, qui est très méfiant des humains et donc rarement aperçu. Malgré sa protection, certains considèrent encore qu'il est responsable de dommages importants. Certaines associations militent pour sa réintroduction dans des départements où il n'est plus présent, au vu de son rôle majeur dans la limitation des inondations et des incendies.