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L'architecture organique : Calatrava, Utzon et Le Corbusier

Dossier - Architecture : les grandes idées révolutionnaires
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L’architecture, c’est avant tout construire un espace de vie pour s’y sentir bien. Certaines structures ont particulièrement marqué les esprits par leur audace. C’est le cas du musée Guggenheim de New York ou de l’opéra de Sydney. Pierre, béton, verre, bois : au fil des siècles, l’Homme s’est approprié ces matériaux pour créer des styles architecturaux très variés. Retour sur ces grandes idées révolutionnaires.

  
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Une œuvre architecturale peut être comprise comme le résultat de lois intrinsèques (lois de la géométrie, de la structure, de la proportion, etc.), conditionnées par les circonstances particulières du site et des matériaux choisis. On peut faire l'analogie avec un organisme qui réagit à la fois en fonction de sa constitution et de son environnement. Zoom sur l'architecture organique avec Calatrava, Utzon et Le Corbusier.

Découvrez l'architecture organique de Calatrava, Utzon et Le Corbusier. Ici, l'intérieur du pavillon Quadracci, de Calatrava, au Milwaukee Art Museum (Wisconsin, États-Unis). © O. Palsson, Flickr, CC by-nc 2.0

Remontant à La Poétique d'Aristote, l'idée que l'œuvre d'art, par l'interdépendance de ses parties formant un tout, est analogue à un organisme naturel, reprend vigueur dans la pensée allemande des XVIIIe et XIXe siècles. Elle joue un rôle central chez Kant et Hegel. Goethe y réfléchit longuement ; s'appuyant sur ses travaux sur les plantes, il suggère que leur formation obéit à deux aspects : la loi de la nature interne, d'après laquelle l'organisme est constitué, et la loi des circonstances extérieures, qui détermine la manière dont l'environnement le modifie.

Le pavillon Quadracci constitue une extension majeure au Milwaukee Art Museum, situé sur les bords du lac Michigan (États-Unis). © Dori, CC by-nc 3.0

Calatrava et le pavillon Quadracci

L'architecte ingénieur espagnol Santiago Calatrava affirme tirer son inspiration de la nature, comme le montre la photo ci-dessus du pavillon Quadracci, une extension majeure au Milwaukee Art Museum achevée en 2001. Le hall de réception, entièrement vitré, est surmonté d'un pare-soleil ajustable évoquant une voile.

Cette galerie du Milwaukee Art Museum rappelle la forme d'os de requin. © Dori, CC by-nc 3.0

Les théories de Goethe influencent puissamment Frank Lloyd Wright. Plus que tout autre, ce dernier affirme sa volonté de créer une architecture organique. Chez lui, ce terme est toutefois employé en un sens à la fois très général (comprenant la réaction au site, le travail selon la nature des matériaux, et, bien souvent, une grille ou un module omniprésents) et exclusif : selon Wright, aucun autre architecte ne réalise d'œuvres authentiquement organiques.

Utzon : l'opéra de Sydney, conçu comme un organisme naturel

L'apparition de l'évolutionnisme alimente l'idée que les styles architecturaux puissent « évoluer » comme des organismes naturels. De leur côté, les biologistes considèrent de plus en plus les formes naturelles comme résultant à la fois de leur aptitude à une fonction, et de règles morphologiques sous-jacentes, comme la spirale logarithmique, parfois appelée « courbe de la vie ».

Ce dernier courant de pensée culmine avec la publication en 1917 de l'ouvrage magistral de D'Arcy Wentworth Thompson, Forme et croissance. Bien qu'en décalage complet avec la biologie de son temps, le livre connaît un immense succès auprès des architectes. C'est par exemple le seul ouvrage que Jørn Utzon, l'architecte de l'opéra de Sydney, demande à son équipe de lire. Il est récemment remis à l'honneur par les partisans de la théorie de la complexité.

L'opéra de Sydney, en Australie, est la création de l'architecte Jørn Utzon. © Matt Field, CC by-nc 2.0

Le biologiste Raoul Francé et l'architecte Le Corbusier

Le courant de pensée fonctionnaliste est diffusé dans les années 1920 par le biologiste autrichien Raoul Francé. Dans un bref ouvrage intitulé Plants as Inventors (publié en allemand en 1923 et traduit en anglais en 1926), Francé écrit que « la nécessité prescrit certaines formes pour certaines qualités. Il est donc toujours possible [...] d'inférer l'activité de la forme, la fonction de la structure. Dans la nature, toute forme [...] est une création de la nécessité ». Les parallèles avec la pensée fonctionnaliste en architecture sont évidents, et les illustrations que Francé donne de sa thèse sont reprises dans les ouvrages des chefs de file du courant moderniste, au premier rang desquels figure Le Corbusier, qui déclare : « La biologie est désormais le maître mot en architecture et urbanisme ».

L'apparition des logiciels de création de formes redonne un nouvel élan à la conception de bâtiments sur le modèle des organismes naturels. Les partisans d'une « architecture évolutionniste », comme l'architecte américain Greg Lynn, y voient une forme de vie artificielle, soumise aux mêmes principes : morphogenèse, codage génétique, réplication et sélection. Ils cherchent à construire des bâtiments capables de présenter le comportement symbiotique et l'équilibre métabolique qui caractérisent les organismes naturels. Pour l'instant, l'essentiel de ces travaux ne peut être réalisé que sous forme de simulations numériques, mais ce courant s'inscrit dans une lignée ancienne.