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La transparence et le verre, de Norman Foster à Jean Nouvel

Dossier - Architecture : les grandes idées révolutionnaires
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L’architecture, c’est avant tout construire un espace de vie pour s’y sentir bien. Certaines structures ont particulièrement marqué les esprits par leur audace. C’est le cas du musée Guggenheim de New York ou de l’opéra de Sydney. Pierre, béton, verre, bois : au fil des siècles, l’Homme s’est approprié ces matériaux pour créer des styles architecturaux très variés. Retour sur ces grandes idées révolutionnaires.

  
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La transparence, propriété physique rendue possible par l'apparition du vitrage de grand format, représente l'un des traits distinctifs de l'architecture moderne. Le regard peut ainsi, avec un bon éclairage, balayer en continuité les espaces intérieur et extérieur et découvrir la structure interne dans sa vérité.

La transparence dite « virtuelle », ainsi nommée par Colin Rowe et Robert Slutzky, est une technique qui permet de souligner la profondeur de l'espace en superposant les strates. Dans la rhétorique de la modernité, la transparence véhicule aussi d'autres significations idéologiques, notamment hygiénistes : ouvrir largement à l'air libre et à la lumière des espaces jusqu'alors confinés était jugé bénéfique à la santé de la population, d'où son adoption rapide par le mouvement moderne pour les équipements hospitaliers ou les sanatoriums voués à lutter contre la tuberculose, comme celui réalisé à Paimio (1928-1933) par Alvar Aalto.

La transparence, de Norman Foster à Jean Nouvel. Ici, le dôme du Reichstag de Berlin, qui symbolise l'ouverture du régime démocratique. © Sebastian, Flickr, CC by-nc 2.0

Norman Foster reconstruit le Reichstag de Berlin et fait entrer la lumière

La transparence apparaît aussi comme un moyen de favoriser une société plus démocratique : elle est perçue comme le symbole d'une hypothétique ouverture du régime. Exemple remarquable : la reconstruction par Norman Foster du Reichstag de Berlin, dont le dôme en maçonnerie, détruit durant la seconde guerre mondiale, a été recréé en verre et ouvert au public ; les visiteurs sont alors invités à participer du regard au processus démocratique, visible dans la salle de l'assemblée surplombée par le fameux dôme.

De façon plus générale, la transparence est interprétée par le sociologue Henri Lefebvre comme un dispositif illusoire qui trouve ses racines dans la pensée grecque, fondée sur la logique mathématique et la raison. Lefebvre interprète la transparence de l'architecture gothique comme une volonté de remplacer le monde « sombre » du mythe par la radieuse lumière divine, faisant sortir le christianisme des cryptes souterraines et le rendant transparent au regard.

La transparence : Gustave Eiffel, Jean Nouvel et Dominique Perrault

La transparence et la « vérité » constructive des structures de Gustave Eiffel ont été adoptées par les autorités françaises comme emblèmes de leur capacité à produire un monde rationnel de science et de technologie. Gustave Eiffel lui-même se délectait de la « transparence » du calcul des structures de fer et de sa conception, comparées à la difficulté de quantifier les constructions traditionnelles en maçonnerie.

Achevé en 1994, le bâtiment de Jean Nouvel pour la fondation Cartier pour l’art contemporain symbolise la richesse et l’ambiguïté spatiale que permet la superposition de couches de verre transparent. © Wsifrancis, CC by-nc 2.0

Le nouveau bâtiment de la Bibliothèque nationale de France, œuvre de Dominique Perrault, figure de manière exceptionnellement claire l'ouverture à la connaissance : le public pouvait voir les magasins de livres logés dans quatre grandes tours transparentes en L. Toutefois, les tours ayant surchauffé, les rayonnages ont dû être déplacés au sous-sol : certains y ont vu un juste symbole du caractère fréquemment illusoire de la transparence.