Wyes a créé un dispositif de communication destiné aux personnes en situation de handicap. © Wyes
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« On essaie de faire comprendre que la technologie doit être intelligemment pensée pour être utile à l’humain »

ActualitéClassé sous :technologie , lunette connectée , communication des individus

Élue « Best Innovation VivaTech 2021 », Wyes  Origin est une paire de lunettes connectée, universelle et simple d'utilisation, qui permet aux personnes paralysées et emprisonnées dans leur corps de communiquer grâce à leurs yeux. Une innovation qui met en lumière le besoin de développer l'entrepreneuriat dans ce domaine à l'aide de structures spécialisées. Rencontre avec Maxime Loubar, l'un des cofondateurs de la start-up Wyes.

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La paire de lunettes Wyes Origin est un concentré de technologie. Futura a interviewé Maxime Loubar, l'un des trois cofondateurs de la start-up Wyes qui a développé ce dispositif innovant pour répondre aux besoins de personnes en situation de handicap, car la communication quelle qu'elle soit est une forme de langage nécessaire à la vie.

Futura : En quoi votre paire de lunettes connectée apporte une approche nouvelle aux dispositifs de communication inclusifs pour les personnes en situation de handicap ?

Maxime Loubar : Les dispositifs existants nécessitent pour la plupart le suivi de la pupille, dont la caméra est très coûteuse. Notre approche est différente car un capteur infrarouge détecte les mouvements volontaires des muscles autour des yeux, des paupières ou des cils. À l'aide d'un logiciel que nous avons développé, une intelligence algorithmique les analyse pour les convertir en une action à effectuer sur l'appareil numérique, ordinateur, tablette, smartphone. Le seuil de détection se recalibre en permanence pour s'adapter à la fatigue musculo-oculaire.

Cette technologie innovante a d'ailleurs donné lieu à un brevet déposé auprès de l'INPI. Nous avons aussi beaucoup travaillé à ce que cette paire de lunettes soit démocratisante et accessible au plus grand nombre, contrairement aux meilleurs dispositifs existants qui coûtent très cher à l'achat, sans remboursement possible de la Sécurité sociale.

Les lunettes connectées de la start-up Wyes, une technologie brevetée et récompensée au salon VivaTech 2021. © Wyes

Futura : Comment l’idée est-elle née et a grandi ?

Maxime Loubar : Ma grand-mère était atteinte par une maladie rare et neurodégénérative qui la paralysa totalement. C'était la double peine : en plus de cette souffrance, elle était aussi affectée par le fait de ne pas pouvoir communiquer avec les autres. De ma rencontre avec Sarah Mougharbel et Pierre Jankowiez lors de mes études en école d'ingénieurs est alors née notre start-up Wyes, acronyme pour « when your eyes speak ». Sarah a eu l'idée d'utiliser les yeux et Pierre a su apporter l'expertise algorithmique salvatrice au projet. Après une campagne de crowdfunding qui nous a permis de récolter un peu plus de 30.000 euros et de montrer l'intérêt du public pour ce genre d'innovation, il ne nous reste plus qu'à peaufiner et certifier techniquement notre dispositif de communication afin de le rendre disponible.

Futura : Pour le développement de votre projet, vous avez choisi de vous appuyer sur une démarche participative avec les patients et les professionnels concernés, pourquoi ?

Maxime Loubar : Nous avons voulu dès le départ mettre en place une démarche de co-conception : nous avons testé notre premier prototype avec des patients, par exemple atteints de la maladie de Charcot, d'un Locked-In Syndrome, d'une myopathie, de tétraplégie... C'est vraiment la meilleure manière de comprendre comment être le plus efficace possible. Les patients ne sont plus simples bénéficiaires de la solution, ils en deviennent aussi les acteurs. Nous sommes même partis cet été en camping-car pour un tour de France des principaux concernés. Résultat : nous avons rencontré plus de 150 personnes, dont des aidants, des ergothérapeutes, des associations, des hôpitaux, des centres de rééducation et surtout, bien évidemment, des patients atteints par différentes maladies et pathologies. Et à chaque fois, le dispositif a fonctionné !

Futura : Avez-vous pu bénéficier du soutien de structures dédiées, notamment dans les medtech, pour vous accompagner face à la complexité logicielle, matérielle mais aussi certainement financière et réglementaire ?

Maxime Loubar : Malheureusement, pas suffisamment. Les structures spécialisées sur ce sujet médical ne sont pas les plus fréquentes, et particulièrement sur le handicap. On fait beaucoup de recherches de notre côté, mais il y a encore des zones d'ombre. De plus, les subventions disponibles sont soit modestes, soit très conséquentes mais calculées sur le chiffre d'affaires, qui, dans notre cas, n'existe pas encore du fait d'une R&D initiale très importante. Malgré toutes ces difficultés, nous ne pouvons pas abandonner les patients, leurs familles, leurs proches que nous avons rencontrés tout au long de notre aventure. Leur espoir de retrouver le pouvoir de communiquer est notre mission.

La start-up « When your eyes speak » (Wyes) a créé un dispositif de communication innovant au service du handicap. © Wyes

Futura : Comment faire pour que le sujet du handicap soit mieux pris en compte, particulièrement au niveau de l’entrepreneuriat et des techs ?

Maxime Loubar : Selon moi, cela passe beaucoup par la sensibilisation à petite et grande échelle. Et par l'éducation ! En tant qu'enseignant sur le sujet de l'éthique de l'ingénieur dans des établissements du supérieur, j'essaie de faire comprendre que la technologie doit être intelligemment pensée pour être utile à l'humain, à la planète, aux enjeux sociaux. Malheureusement et pour exemple, il n'existe à ma connaissance aucun cours dans les troncs communs des écoles d'ingénieurs dédié aux technologies en faveur du handicap.

Néanmoins, la situation s'améliore petit à petit dans notre société. Cela est sans doute dû à la pluralité de supports qui en parle désormais : diffusion de séries, de films et d'émissions, évènements grand public comme le Téléthon, mais aussi de congrès sur le sujet. À VivaTech, par exemple, les start-up dans ce secteur sont chaque année un peu plus nombreuses. C'est aussi le sens de l'action de l'association La Handitech, dont je suis un des administrateurs et qui soutient l'innovation au service des personnes en situation de handicap ou en perte d'autonomie, mais aussi œuvre à la sensibilisation des entreprises sur le sujet. Un vaste programme, que nous parviendrons à concrétiser tous ensemble. Car inclure les personnes en situation de handicap, c'est servir l'intérêt de la société tout entière.

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