Les Intelligences artificielles dédiées à la compréhension et l’apprentissage du langage des animaux et des insectes s’améliorent et pourraient permettre de franchir la barrière de la communication entre les espèces. Une prouesse qui pose d'incontournables et épineux problèmes d’éthique.

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[EN VIDÉO] Quand des abeilles se mettent au golf ! Des scientifiques ont entraîné des abeilles — des Bombus terrestris, des bourdons, donc, pour être tout à fait précis — à jouer au golf pour obtenir de la nourriture, révélant des capacités d’apprentissage inattendues. Et même une certaine flexibilité intellectuelle qui pourrait les aider à survivre à certaines pressions environnementales. © Université Queen Mary de Londres

Vocabulaire, syntaxe, art de la conversation... Les chercheurs planchent depuis longtemps sur la richesse et la complexité de la communication animale. Toutes les espècesespèces y passent, que ce soient les cochons, les corbeaux, les chats et les chienschiens, les souris et les singes, et même les abeilles.

Les danses qu'exécutent ces insectesinsectes constituent un véritable langage qui leur permet de se coordonner dans leurs tâches. Ce phénomène est étudié depuis les années 1940 et aujourd'hui, l'Intelligence artificielle permet d'aller bien plus loin que l'interprétation de ce langage.

Ainsi, dès 2018, des chercheurs du Dahlem Center for Machine Learning and Robotics en Allemagne ont conçu le RoboBee, un micro-robot qui sait imiter la danse frétillante des abeilles. Le robot est un simple morceau d'éponge doté d'ailes qui se déplace sur une tige au milieu des autres abeilles. C'est une IA qui est à la manœuvre et cela fonctionne, puisque certaines abeilles de la ruche l'ont « écouté ». Les abeilles ont suivi précisément les instructions du RoboBee. Pour cette équipe, la prochaine étape est de parvenir à domestiquer l'ensemble d'une ruche. Pour cela, les chercheurs implantent plusieurs robots dans différentes ruches afin de vérifier si la colonie les accepte comme l'une des leurs.

Une Intelligence artificielle qui communique avec les abeilles et franchit la barrière de la communication interspécifique constitue un danger selon Karen Bakker, scientifique à l'université de la Colombie-Britannique au Canada. © Martin, Adobe Stock
Une Intelligence artificielle qui communique avec les abeilles et franchit la barrière de la communication interspécifique constitue un danger selon Karen Bakker, scientifique à l'université de la Colombie-Britannique au Canada. © Martin, Adobe Stock

Manipuler les espèces sauvages

Ce qui est intéressant avec l'IA, c'est qu'elle est capable d'analyser des signaux uniques, liés aux comportements et aux modèles, pour créer un langage plutôt que d'essayer de leur apprendre le nôtre. C'est même mission impossible sans sa puissance. C'est l'inverse de l'approche qui a été réalisée avec les primatesprimates, depuis les 60 dernières années. Le langage était alors très centré sur l'humain. Mais pouvoir communiquer avec la langue des abeilles et des autres animaux est une finalité qui dérange, voire inquiète la chercheuse Karen Bakker de l'Université de la Colombie-Britannique au Canada.

Interviewée par Vox, elle explique que le risque, c'est que ces IA servent aux humains à exploiter les animaux et les insectes plutôt que de chercher à vraiment les comprendre. Franchir à l'aide des algorithmes la barrière de la communication entre les espèces a effectivement de quoi créer un sentiment plus profond de parenté. Autrement dit, selon la scientifique, l’anthropomorphisme pourrait amener l'humain à manipuler les espèces sauvages pour les domestiquer de façon contre-nature. Elle ajoute que cela ne concerne pas que les abeilles, mais l'ensemble des animaux sauvages. Même les plus gros des mammifèresmammifères sont concernés, comme les éléphants ou les cachalotscachalots dont les mouvementsmouvements, comportements et sons sont collectés et analysés par les puissantes IA.