Nos chiens ne parlent pas. Ils sont toutefois sensibles à la signification des mots tout comme à l’intonation avec laquelle nous nous adressons à eux. Cela a été montré il y a quelques années déjà. Mais aujourd’hui, des chercheurs vont un peu plus loin. Ils concluent que le cerveau des chiens traite la parole comme celui des humains : de manière hiérarchisée.


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    Au fil des siècles, le chien, notre meilleur ami, a appris à communiquer avec nous. Et à réagir à ce que nous lui disons. Peu à peu, les chercheurs ont compris que le chien adapte sa réponse aux mots différents que nous prononçons. Dites « assis » ou « au pied » à votre chien et, en principe, sa réaction ne devrait pas être la même. Mais les chercheurs ont aussi découvert le rôle de nos intonations. Un ton aigu est, par exemple, perçu par le chien comme positif. Alors qu'un ton grave laisse percer notre agacement.

    Pourtant, nous en savons peu de ce qui se joue réellement dans le cerveaucerveau de nos amis les chiens pendant que nous leur parlons. C'est pourquoi des chercheurs de l’Eötvös Lorand University (Hongrie) ont décidé de mesurer l'activité cérébrale de chiens, éveillés et coopératifs, par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMfIRMf).

    Le saviez-vous ?

    Il y a quelques mois, des chercheurs de la même université hongroise avaient déjà établi que les chiens âgés semblent accorder moins d’attention aux stimuli sonores portant des émotions négatives ou désagréables. Un effet de positivité qui jusqu’ici n’avait été observé que chez les humains.

    Ils ont fait écouter à des labradors, à des border collies et autres bergers allemands, des mots connus, des compliments, des mots neutres et des mots inconnus. Le tout sur un ton neutre ou sur un ton positif. Et leur conclusion est surprenante. Le cerveau des chiens traite la parole comme le cerveau des humains, c'est-à-dire, de manière hiérarchisée.

    Pour comprendre où se jouent le traitement de l’intonation et celui du sens des mots, les chercheurs ont répété plusieurs fois, des mots et des intonations. « Une plus forte diminution d’activité cérébrale dans une région donnée montre son implication », explique Anna Gabor, chercheuse, dans un communiqué de l’Eötvös Lorand University. © FamilyDogProject, YouTube

    Comprendre l’émergence de la parole

    L'IRMf a clairement montré que l'intonation est traitée à un niveau inférieur, dans les régions sous-corticales. Les mots connus, quant à eux, sont traités à des niveaux supérieurs, dans les régions corticales. « Des similitudes passionnantes entre nous et une espèce non douée de la parole », remarque Attila Andics, chercheur, dans un communiqué de l’Eötvös Lorand University.

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    Car si les chercheurs s'intéressent à ce type de similitudes - ou de différences - dans le traitement du langage, c'est qu'ils espèrent comprendre les étapes qui ont conduit à l'émergence de la parole au cours de l'évolution. « La similitude observée ici n'implique pas que cette hiérarchie a évolué justement pour le traitement de la parole », prévient en revanche Attila Andics.

    La hiérarchie suivant l'intonation et la signification des mots notées ici pourrait refléter un principe de traitement de l'information plus général. Non spécifique à la parole. Les informations simples ou chargées en émotions - comme l'intonation - sont généralement analysées à des niveaux inférieurs. Les informations plus complexes, à un niveau supérieur. « Ce que nos résultats révèlent vraiment, c'est que le traitement de la parole humaine peut également suivre cette hiérarchie plus basique et plus générale », conclut Attila Andics.


    Les chiens comprennent mieux le langage humain qu’on ne le pensait

    Si vous dites « assis » ou « couché » à votre chien, il s'exécutera. Pour peu qu'il soit un minimum éduqué. Mais répondra-t-il de la même manière si l'ordre est intimé par un étranger ou par quelqu'un qui parle avec un accent prononcé ? Oui, répondent aujourd'hui des chercheurs. Car nos chiens seraient capables de percevoir les mots de manière sophistiquée.

    Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews paru le 05/12/2019

    Des chercheurs de l’université du Sussex (Royaume-Uni) montrent aujourd’hui que les chiens sont capables de reconnaître des phonèmes sans les avoir appris au préalable. Une capacité que l’on pensait réservée aux humains. © pressmaster, Adobe Stock
    Des chercheurs de l’université du Sussex (Royaume-Uni) montrent aujourd’hui que les chiens sont capables de reconnaître des phonèmes sans les avoir appris au préalable. Une capacité que l’on pensait réservée aux humains. © pressmaster, Adobe Stock

    On savait déjà que les chiens éduqués comprenaient des commandes simples comme « assis » ou « couché » et qu'ils étaient capables de reconnaître des voix humaines familières prononçant des phrases connues. Mais on ne savait pas comment ils percevaient la parole humaine et sa phonétique.

    Des chercheurs de l'université du Sussex (Royaume-Uni) nous apprennent aujourd'hui que les chiens ont la faculté naturelle de reconnaître un même mot prononcé par des inconnus. Une prédispositionprédisposition à la compréhension du langage que les scientifiques pensaient réservée aux humains.

    Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont mené une expérience sur 70 chiens de différentes races, à qui ils ont fait entendre plusieurs syllabes, dénuées de sens pour eux, prononcées par des personnes inconnues -- 13 hommes et 14 femmes. En observant la réaction de ces chiens aux différents stimulus sonores -- par la méthode dite d'« habituation-déshabituation » --, les chercheurs ont découvert que les chiens arrivaient à reconnaître les mots prononcés -- à savoir « hid », « had » et « who'd » -- par différents locuteurs.

    Pour savoir si les chiens étudiés différenciaient correctement les mots prononcés, les chercheurs de l’université du Sussex (Royaume-Uni) se sont appuyés sur leurs mouvements d’oreilles et de tête, notamment. © Science Magazine, YouTube

    Une capacité que l’on pensait réservée à l’humain

    Les chiens sont donc parvenus à « généraliser les phonèmesphonèmes indépendamment des personnes qui les prononçaient », explique à l'AFP David Reby, professeur en éthologie à l'Université de Lyon Saint-Étienne et coauteur de l'étude. « On pensait jusqu'ici que cette capacité à catégoriser des mots, sans entraînement préalable, était réservée aux humains. Nous suggérons ici que ça n'est pas le cas », complète Holly RootRoot-Gutteridge, de l'Université du Sussex, également coauteur. « Ce type de reconnaissance des phonèmes est un prérequis du langage, car pour parler, vous devez être capable d'identifier un même mot à travers différents locuteurs », souligne la chercheuse.

    L'étude suggère également que les chiens arrivent, à travers quelques mots, dénués de sens pour eux -- comme « heed », « heard » ou « hood » --, à détecter les voix de personnes qu'ils ne connaissaient pas. « Ils sont donc capables de former très rapidement une représentation de la voix », un autre prérequis pour comprendre la parole, analyse David Reby.

    D'autres animaux, comme les chinchillas ou les rats, avaient déjà prouvé des capacités du même genre, mais avec un entraînement préalable. « C'est la première fois que nous obtenons ces résultats de manière spontanée », s'enthousiasme Holly Root-Gutteridge.