Ce robot, qui n’a rien d’humanoïde, sait piloter un avion sans qu’il y ait d’autres modifications à réaliser que retirer ses sièges. Il ne sait pas encore gérer la radio. © Robins Air Force Base

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L'US Air Force engage un robot pour piloter ses avions

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Aux États-Unis, plutôt que de modifier un avion en drone, des chercheurs des laboratoires de l'Air Force et une société spécialisée dans les drones autonomes ont conçu un robot capable de piloter tout seul un petit Cessna 206. Il a effectué son premier vol au début du mois.

Y a-t-il un pilote dans l'avion ? Oui, mais c'est un robot ! Plutôt que de créer des commandes pilotées directement par un ordinateur de bord, des entreprises et des labos de recherche ont mis au point depuis des années des systèmes robotisés qui viennent manœuvrer le manche à balais, ajuster la commande de gaz et réaliser les réglages adaptés à toutes les phases du vol. Futura l'a déjà expliqué avec le robot Alias de la Darpa. Celui-ci sait gérer un bimoteur Diamond DA-42 aussi bien qu'un pilote expérimenté. Aujourd'hui, c'est au tour d'un avion d'aéroclub, le classique Cessna 206 d'être piloté par des membres robotisés. Le robot fait partie du programme Robotic Pilot Unmanned Conversion Program ou ROBOpilot mené par l'Air Force Research Laboratory en partenariat avec la société américaine Dzyne Technologies Inc spécialisée dans les drones autonomes. Ce Cessna 206 a donc pris son envol début août à partir de l'aérodrome de Dugway situé dans l'Utah aux États-Unis. Le vol a duré deux heures, durant lesquelles le robot a pu manœuvrer l'appareil sur toutes les étapes avec prudence et sans transpirer.

Premier vol du ROBOpilot. © AFResearchLab

Un robot qui n’a rien d’humanoïde

Contrairement à un drone, l'appareil ne subit presqu'aucune modification. Précisons aussi que le robot en tant que tel, n'a rien d'humanoïde et ne pourra pas sortir l'avion du hangar. Il s'agit plutôt de bras et de leviers robotisés imbriqués dans un châssis qui vient remplacer les sièges de l'équipage. Le robot peut ainsi manipuler le volant du Cessna, les palonniers et leurs commandes de frein, la manette de gaz et la commande du compensateur (Trim). Il sait aussi actionner les différents interrupteurs de l'avion. Ses yeux sont remplacés par des caméras qui lui permettent de lire les cadrans des instruments de bord et de traiter les informations. Il dispose aussi de sa propre source d'énergie.

Des capteurs permettent aussi au robot de savoir quelle est la position de l'avion. Le seul souci est qu'il y a un petit décalage dans les réactions du robot, mais rien qui ne puisse vraiment mettre en danger l'appareil. Dans tous les cas, cette robotisation du pilotage présente une solution bon marché pour ne pas avoir à dépenser des sommes colossales afin de rendre un avion autonome. C'est une façon de transformer un avion standard en un véritable drone autonome. Ceci dit, ce robot est loin d'être opérationnel. Il faudra certainement des centaines d'heures de vol pour lui confier les commandes d'un avion plus imposant qu'un Cessna d'aéroclub.

Pour en savoir plus

Alias, le robot qui peut piloter n’importe quel avion

Des bras, des jambes, des caméras et un ordinateur en forme de tablette : c'est Alias, un système robotique qui peut devenir copilote dans n'importe quel avion. Il lit les instruments et manœuvre le manche, le palonnier et la manette des gaz. En plus, il connaît toutes les procédures d'urgence. Ce projet de la Darpa prend forme. Avec son dernier vol en Cessna Caravan, Alias en est à son deuxième avion, en attendant l'hélicoptère. But du jeu : réduire (encore) le nombre de personnes dans les cockpits.

Article de Jean-Luc Goudet, publié le 

En place gauche, le pilote humain tapote sur une tablette. En place droite, le copilote prend les commandes. Mais ce n'est pas un Homo sapiens. C'est un ensemble mécanique composé d'un bras qui vient saisir la manette des gaz, d'un axe fixé au volant et de deux autres, solidaires des deux pédales du palonnier. L'avion est un Cessna 208 « Caravan », un monomoteur à hélice et turbine, avion de transport à tout faire, conçu dans les années 1980.

Alias, pour Aircrew Labor In-Cockpit Automation System, mis au point par l'entreprise Aurora Flight Sciences, n'est donc pas un pilote automatique, comme il en existe à bord des avions depuis des lustres. C'est un véritable copilote, conçu pour assister un commandant de bord humain. La Darpa (agence de financement des États-Unis dépendant de l'armée) entend ainsi pouvoir, un jour, l'installer comme un second pilote dans les avions, civils et militaires, pour lesquels est imposé un pilotage à deux.

Alias au travail, filmé dans un Cessna Caravan en vol. On le voit dans plusieurs actions : mise en marche (Engagement), ralentissement de l'avion (Airspeed Decrease), changement de cap (Heading Change), accélération (Airspeed Increase), débranchement (Disengagement). © YouTube, Aurora Flight Sciences

Alias serait un pilote expérimenté qui connaît bien son avion

Avec ses caméras, Alias lit les instruments, quels qu'ils soient. Commandé par la tablette, il obéit aux instructions du pilote pour suivre une route, changer de cap ou d'altitude et surveiller les paramètres moteurs. Son logiciel doit être spécifique de l'appareil et sa base de données inclut les performances de l'avion et son instrumentation. Le pilote est ainsi déchargé des tâches subalternes. Alias connaît aussi toutes les procédures d'urgence et peut donc assister le pilote en cas de panne.

Dans un essai mené (sur un simulateur de vol) avec un journaliste d'Aviation Week, Alias a alerté le pilote, sur la tablette, après l'allumage d'une diode rouge indiquant une baisse de la pression d'huile. « C'est comme avoir un pilote avec une expérience de 600.000 heures de vol » résume hardiment John Langford, président d'Aurora Flight Sciences, dans une interview rapportée par l'agence AP.

Le robot-pilote Alias peut s'installer dans n'importe quel avion ou hélicopère pourvu qu'il ne soit pas trop petit. Il se compose de quatre bras articulés et motorisés. L'un (à fixer) commande le volant de la place droite, un autre vient saisir, lorsque le système est mis en marche, la manette des gaz (ici au milieu du tableau de bord, accessible des deux places). Les deux autres sont solidaires des deux pédales du palonnier du poste droit. Un cadre porte des caméras qui regardent les instruments et l'ensemble est contrôlé depuis une tablette. © Aurora Flight Sciences

Une technologie expérimentale pour réduire le nombre de pilotes

Pour l'instant, ce robot a été testé sur un simulateur de vol, sur un avion bimoteur à pistons (un Diamond DA42, comme celui montré dans l'image au-dessus de cet article) et, récemment donc, sur un turbopropulseur Caravan. L'entreprise annonce un prochain essai sur un hélicoptère, et veut ainsi démontrer qu'Alias peut être adapté à n'importe appareil, au prix d'un logiciel spécifique, et facilement retiré. Selon l'entreprise, le robot pourrait être configuré en moins d'un mois pour « apprendre » à piloter un nouvel aéronef.

La technologie d'Alias n'est qu'expérimentale et on est encore loin d'installer un robot en place gauche, en remplacement d'un humain. La réglementation aérienne devrait d'ailleurs être assez puissamment modifiée. Dans un communiqué, Aurora Flight Sciences présente Alias comme un programme de recherche et développement pour apporter « des automatismes dans les avions en équipage multiple [plus d'un pilote, NDLR] actuels pour réduire l'équipage ».

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