Fillette au travail dans une filature, usine Mollohan, Newberry, Caroline du Sud, USA ; photo Lewis Hine, 1908. © Wikimedia Commons, domaine public.

Sciences

Le travail des enfants au XIXe siècle

Question/RéponseClassé sous :histoire , Travail des enfants

Pendant des siècles, la plupart des enfants ont travaillé dès leur plus jeune âge. A la campagne, ils sont employés aux travaux des champs et à la ville, ils aident leurs parents artisans ou deviennent ouvriers. Le XIXe siècle est souvent qualifié de « siècle noir » pour l'exploitation des enfants. Dans les usines, les enfants sont employés treize à quinze heures par jour, à des fonctions qu'aucune machine ne peut exécuter.

L'apparition de nouvelles techniques, le développement de la mécanisation industrielle, la production concentrée en usine, des tâches de plus en plus ciblées, entraînent des mutations très importantes dans le monde du travail en France et en Europe occidentale.

Fillette ramassant des pommes de terre, Long Island, USA ; photo Lewis Hine, 1912. © incollect.

Les grands pôles industriels, surtout le secteur textile, la métallurgie et les mines, font appel à une main-d'œuvre très nombreuse et exploitable à volonté, celle des enfants.

"Petites dentellières" par Mary Lancaster Lucas, vers 1874. © RMN - Grand Palais / F. Vizzanova / M. El Garby.

Le travail en usine

Depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les enfants constituent une grande partie de la main d'œuvre non qualifiée des entreprises textiles, notamment les manufactures d'impression sur étoffes. Dès l'âge de huit ans et parfois moins, les enfants sont employés à des travaux sollicitant leur habilité et leur petite taille, indispensables pour certaines tâches. Un adulte effectue le même travail avec un salaire quatre fois supérieur mais les revenus insuffisants des parents les incitent à faire également embaucher leurs enfants.

Détail d'un tableau sur la manufacture d'impression sur étoffes des frères Wetter, à Orange (Vaucluse) ; atelier d'impression : "garçons tireurs" préparant les couleurs pour les imprimeurs. Joseph Rosetti, 1764. © Hervé Champollion / akg-images.

En 1835, à Mulhouse, grand pôle industriel textile, lorsqu'un ouvrier gagne deux francs par jour, une ouvrière reçoit plutôt un franc et un enfant de moins de douze ans, 45 centimes et 75 centimes s'il a entre 13 et 16 ans. A titre de comparaison, le pain coûte de 12 à 15 centimes (la livre), la viande 45 centimes (la livre) et le lait 15 centimes (le litre). Un salaire d'appoint nécessaire à la survie de la famille, explique l'obligation pour les parents d'envoyer leurs enfants au travail dès leur plus jeune âge.

Au début du XIXe siècle, dans les filatures, les enfants sont sollicités pour rattacher les fils brisés sous les métiers à tisser en fonctionnement et nettoyer les bobines encrassées. Ils peuvent être chargés de surveiller les machines, durant des journées qui atteignent aisément quinze heures. Les mines accueillent également des enfants manœuvres qui poussent des chariots et descendent dans les galeries les plus étroites, où un adulte peut difficilement se tenir debout. Dans les petites industries (moins de vingt ouvriers), les enfants échappent à la législation ; leur exploitation y est donc encore plus intensive.

"Galibots", jeunes garçons envoyés dans les galeries trop étroites pour les adultes, vers 1910. Blog d'André de Marles. © blogspot.com.

Premiers débats contre le travail des enfants

En 1840, les résultats d'enquêtes menées à travers la France, dans l'industrie textile, engendrent les premiers débats sur le travail des enfants et sont à l'origine d'un projet de loi présenté par le sénateur Charles Dupin. Peut-on faire entrer des enfants de moins de huit ans dans une filature ? Faut-il veiller à ce qu'ils travaillent moins de quarante-huit heures par semaine, pour leur permettre d'avoir deux heures d'enseignement primaire par jour ?

Ecole de filles, classe manuelle, Finistère, Bretagne, par Richard Hall en 1889. Musée des Beaux-Arts de Rennes. © RMN - Grand Palais / Adélaïde Beaudoin.

Les partisans de la réforme évoquent les rapports accablants du médecin Louis-René Villermé, qui a longuement visité les manufactures françaises dans les années 1830. Ses comptes-rendus dépeignent les « misérables créatures hébétées par un inconcevable excès de travail et réduites à l'état des machines dont elles ne sont plus que les accessoires obligés ». Les statistiques effectuées au moment du service militaire, montrent que les jeunes gens arrivant de départements fortement industrialisés, sont en très mauvaise santé : deux fois plus de jeunes hommes souffrent de déficience physique que ceux qui arrivent de départements ruraux. L'opinion publique ne semble pas encore concernée par la situation : lorsque le philosophe et homme politique Jules Simon écrit "L'ouvrier de huit ans", il est accusé de vouloir ruiner l'industrie textile française, où l'on estime qu'il est impossible de réduire le temps de travail des enfants, puisqu'il vient en soutien de celui des adultes. Cette résistance à toute amélioration est mise en évidence par la succession de textes législatifs de faible portée sociale.

Jeune garçon vendeur de journaux : Ferris, sept ans ; Mobile, Alabama, USA. Photo Lewis Hine, 1914. © rarehistoricalphotos.com.

La question de la scolarisation des enfants va faire évoluer celle du travail des jeunes : la gratuité de l'école primaire publique est votée le 16 juin 1881 et le 28 mars 1882, la deuxième loi Jules Ferry rend l'enseignement primaire obligatoire. En 1892, les enfants ne peuvent plus être admis au travail avant douze ou treize ans, âge du certificat d'études. La limite de la scolarité obligatoire est fixée à seize ans en 1959 mais l'ordonnance entre seulement en vigueur le 1er juillet 1967 !

Ecole primaire supérieure de Brignoles (Var), préparation au certificat d'études primaires, début XXe siècle. © Wikimedia Commons, domaine public.

Les textes de loi sur le travail des enfants

Le 22 mars 1841, est votée la loi limitant l'âge d'admission dans les entreprises à huit ans, mais uniquement dans celles qui emploient plus de vingt ouvriers. A Mulhouse, en 1845, les enfants de moins de douze ans ont disparu des filatures de coton mais ceux de douze à seize ans travaillent douze à treize heures par jour. Dans d'autres manufactures, on constate que des enfants de huit à neuf ans travaillent sur des machines à dévider (on leur donne des tabourets trop hauts pour qu'ils ne relâchent pas leurs efforts). Dans l'impression sur étoffes, les enfants travaillent neuf à onze heures par jour, dès l'âge de huit ans.

Enfants travaillant dans une filature, Macon, Géorgie, USA ; photo Lewis Hine, 1909. © Wikimedia Commons, domaine public.

En 1851, une nouvelle loi limite la durée de travail journalier à dix heures au-dessous de quatorze ans et à douze heures entre quatorze et seize ans. En 1874, la limitation de l'âge d'embauche est fixée à douze ans ; le travail de nuit est interdit et le repos du dimanche devient obligatoire pour les ouvriers âgés de moins de seize ans. Cette protection est insuffisante mais c'est un premier pas vers une lente évolution de la législation du travail, qui va commencer à concerner les adultes dans les années 1890. En novembre 1892, la durée maximale de travail est ramenée à dix heures à 13 ans et à 60 heures hebdomadaires entre 16 et 18 ans. Des mesures efficaces concernant la protection des enfants au travail, sont promulguées à partir de 1905 ; la loi du 7 décembre 1926 interdit l'affectation des enfants aux travaux dangereux et insalubres. La liste des travaux interdits aux enfants (et aux femmes) a déjà fait l'objet d'un décret en mars 1914, modifié en 1926, 1930 et 1945. Le décret du 19 juillet 1958, relatif aux travaux dangereux pour les enfants et les femmes, vient confirmer les dispositions précédentes.

Enfants travaillant dans une manufacture de tabac, USA ; photo Lewis Hine, début XXe siècle. Musée d'Orsay, Paris. © RMN - Grand Palais / J.G. Berizzi / Lewis Hine.

Le nombre d’enfants au travail au XIXe siècle

Certains historiens estiment que les enquêtes réalisées au XIXe siècle amplifient le phénomène, d'autres pensent évidemment le contraire. Entre 1840 et 1850, selon la Statistique générale de France, il y a 143.665 enfants travaillant dans la grande industrie dont 93.000 dans le secteur textile, pour une main d'œuvre totale de 1.055.000 ouvriers. En 1868, un nouveau recensement présente 99.212 enfants concernés par la loi de 1841 : 5.005 entre 8 et 10 ans, 17.471 entre 10 et 12 ans, 77.000 entre 12 et 16 ans, auxquels il faut ajouter 26.503 enfants non concernés par la loi parce qu'ils sont employés dans des ateliers de moins de vingt ouvriers. Total : 125.715 enfants au travail pour 1,1 million d'ouvriers ; le nombre d'enfants employés dans l'industrie commence à diminuer. Cette tendance peut s'expliquer par la mécanisation de plus en plus importante, les lois sociales (pas toujours appliquées) et la dépression économique de fin de siècle.

Jeune garçon travaillant dans une verrerie, USA, par Jacob Riis vers 1890. Museum of the City of New York. © monovisions.com.
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