Vue du château de Windsor, résidence royale des souverains britanniques. © Wikimedia Commons, domaine public

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Histoire : la monarchie britannique, son fonctionnement au XVIIIe siècle

Question/RéponseClassé sous :Époque moderne , monarchie parlementaire anglaise , Siècle des Lumières

Au siècle des Lumières, le régime politique britannique qui est une monarchie parlementaire, fait l'objet de l'admiration générale : Voltaire et Montesquieu le décrivent comme « un chef-d'œuvre de l'esprit humain » ; Montesquieu croit distinguer dans les institutions anglaises, un équilibre entre les trois pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Quelles sont les conditions historiques et politiques qui permettent à ce système inédit en Europe au XVIIIe siècle de fonctionner ?  

La monarchie absolue qui s'est imposée dans la France de Louis XIV, est un échec en Angleterre : Charles Ier Stuart, partisan de l'absolutisme royal, est victime de la première révolution anglaise en 1649. Pour avoir tenté de gouverner sans le Parlement et adopter une politique religieuse controversée, il fait face à deux guerres civiles avant d'être jugé puis exécuté. Puis l'Angleterre vit sous le régime d'une république, le « Commonwealth d’Angleterre » mais cette expérience est vouée à l'échec en raison de la dictature du Lord protecteur Oliver Cromwell entre 1653 et 1658. La restauration de la monarchie des Stuarts en 1660, fait réapparaître les problèmes d'avant la révolution : monarchie autoritaire et persécutions religieuses.

En 1688 se produit la « Glorieuse Révolution » qui porte sur le trône d'Angleterre, Guillaume d'Orange, gouverneur des Provinces-Unies et gendre du dernier roi catholique Jacques II (1685-1688).  En 1689, Guillaume III et la reine Marie acceptent les termes de la « Déclaration des droits », texte fondateur qui renforce le principe de monarchie parlementaire en réaffirmant le rôle du Parlement face à la Couronne. L'Angleterre devient ainsi un modèle pour les opposants à la monarchie absolue dans l'Europe entière.

Palais de Westminster, siège du Parlement, Londres. Cliché David Castor. © Wikimedia Commons, domaine public

Le roi et son conseil, incarne le pouvoir exécutif

Avec la « Glorieuse Révolution » de 1688, le souverain conserve le contrôle sur le pouvoir exécutif, gouverne en son conseil et choisit ses ministres parmi les deux grands partis politiques whigs et tories. Le titre de « premier ministre » peut être confié au titulaire de l'une des trois fonctions les plus importantes : 

  • le Chancelier de l'Échiquier (créé par Guillaume le Conquérant en 1066) qui est responsable de la politique monétaire et fiscale ;
  • le lord Grand Chancelier qui est le président de la Chambre des Lords et le chef du pouvoir judiciaire ;
  • le lord Trésorier qui est à la tête du Trésor royal : il peut cumuler cette charge avec celle de Chancelier de l'Échiquier.

En 1714, les circonstances de la succession font arriver George Ier (1714-1727) sur le trône d'Angleterre : il est prince-électeur allemand de Hanovre et ne comprend pas vraiment la langue de Shakespeare ; c'est un roi absent des conseils des ministres. Même cas de figure pour George II (1727-1760), prince-électeur plus préoccupé de sa principauté de Hanovre que du royaume d'Angleterre. Ces deux monarques contribuent ainsi à la naissance d'un cabinet ministériel fort, assumant toutes les décisions politiques et se comportant en conseil de régence lors des absences du roi. Sans que le droit ait été modifié, la politique anglaise va s'incarner dans des chefs de gouvernement (Robert Walpole, William Pitt) plutôt que dans son souverain.

Dès 1760, la réaction autoritaire a lieu avec George III (1760-1820), qui devient le premier prince de Hanovre véritablement anglais. Après la guerre d'indépendance américaine et une opinion publique défavorable, George III impose William Pitt le Jeune comme premier ministre en 1783 : profitant d'un roi affaibli par la maladie, celui-ci établit une véritable dictature avec l'appui d'une majorité qui maintient l'apparence d'un régime parlementaire.

William Pitt le Jeune à la Chambre des Communes en 1793 ; tableau d'Anton Hickel, National Portrait Gallery, Londres. © Wikimedia Commons, domaine public

Le Parlement, symbole du pouvoir législatif 

La Déclaration des droits de 1689 a défini les pouvoirs du Parlement britannique, dont l'accord est indispensable pour l'exécution des lois, la création d'impôts, l'entretien de l'armée... Ce Parlement est composé de deux Chambres, les Lords et les Communes. La Chambre des Lords compte en moyenne 220 membres de droit au cours du XVIIIe siècle : elle est très diminuée dans son autorité par rapport aux Communes mais elle conserve le droit de s'opposer aux « déclarations » du gouvernement et de voter les projets de lois. C'est un organe modérateur et facteur d'équilibre politique. Le roi choisit ses ministres de préférence parmi les Lords, surtout le « premier ». La Chambre s'enrichit régulièrement de nouveaux membres élevés à la pairie (haute noblesse). Sous George III, le nombre de pairs double et la Chambre haute se peuple de nouveaux riches soumis au gouvernement, qui contribuent au déclin de son prestige.

Vision contemporaine (2018) de la Chambre des Lords en session d'ouverture en présence de la reine Elizabeth II. © Neal Leon, PA Photos, Abaca

La Chambre des Communes se caractérise par l'exercice du droit électoral. À sa création en 1295, elle symbolise le Parlement constitué de représentants des différents comtés d'Angleterre. Ce Parlement est ensuite divisé en deux Chambres au cours du règne d'Edouard III (1327-1377) : les chevaliers et les bourgeois forment la Chambre des Communes ; le clergé et les nobles, la Chambre des Lords.

Au début du XVIIIe siècle, les Communes comptent 558 députés qui représentent une minorité de la population britannique : ils sont désignés par des électeurs répartis en deux catégories (électeurs des bourgs et électeurs des comtés). Cette répartition ne tient pas compte des réalités démographiques et politiques : par rapport aux sièges anglais, l'Écosse devrait disposer du double de ceux qui lui sont attribués. Dans les bourgs où le droit de vote est lié à la possession de la terre, un grand propriétaire peut élire deux députés à chaque élection. Plus du tiers des députés proviennent des professions libérales (juristes, médecins...) et des anciens militaires ; la moitié est constituée par les grands propriétaires terriens.

Portrait de la noblesse anglaise vers 1730, Wanstead House par William Hogarth. Philadelphia Museum of Art, USA. © Wikimedia Commons, domaine public

Les partis politiques

À la Chambre des Communes, il existe deux grandes tendances politiques traditionnelles qui se maintiennent à chaque élection : les whigs et les tories. Vers 1680, on commence à désigner sous le nom de whigs, ceux qui veulent exclure le futur Jacques II de la succession au trône. Ils s'opposent à l'absolutisme royal et sont considérés comme tolérants envers les dissidents religieux. Les tories dits conservateurs, favorables à un pouvoir royal fort et défenseurs des intérêts de l'aristocratie foncière, ont de nombreux partisans parmi les grands propriétaires et les anglicans fervents. Un tiers des députés oscillent entre les deux tendances et la fidélité à l'un ou l'autre parti n'est jamais définitive.

Chambre des Communes (vote sur le Brexit le 29 janvier 2019) ; journal Ouest France. © Reuters TV

Le pouvoir judiciaire

Le système judiciaire anglais est fondé sur la tradition : la Chambre des Lords est la cour suprême et le tribunal d'appel de toutes les autres juridictions. Il existe des cours spécialisées pour les affaires criminelles, les causes fiscales, les affaires civiles. Les juges de Londres, seuls rémunérés par l'État, font des tournées en province avec des avocats et rendent la justice criminelle et civile, assistés de jurés. Les cas les plus simples sont réglés dans les comtés, par des juges de paix nommés par le roi. L'ordre judiciaire est ainsi assuré par des juges recrutés dans une aristocratie locale, parmi les propriétaires fonciers et les membres du clergé anglican.

Le régime politique anglais certainement le plus libéral d'Europe au XVIIIe siècle, présente des faiblesses que ses admirateurs ont sans doute négligées : le pouvoir central n'a jamais su imposer une centralisation administrative ; en 1797, ses 15.000 « fonctionnaires » sont des agents des impôts, des postes et des douanes. De nombreuses questions sont résolues par des administrateurs locaux rarement indépendants, dont les plus importants restent les juges de paix.

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