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Enseignement supérieur - Le tournant des universités

Dossier - Pas de recherche... sans chercheurs !
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La vie de chercheur ressemble à la recherche. Une suite de questions. Bien souvent, ceux qui s'y lancent y pensent depuis longtemps. Cela peut s'appeler une vocation. Cela ressemble en tout cas à une passion.

  
DossiersPas de recherche... sans chercheurs !
 
Le Centre Minerve de l'Université libre de Bruxelles Mondialisation, concurrence, érosion des budgets publics, demandes nouvelles dans un contexte socio-économique en mouvement... Les universités doivent faire face à l'enjeu complexe de réussir leur évolution sans perdre pour autant leur liberté académique et leurs objectifs fondamentaux de recherche et d'enseignement. Leur mission se situant au cœur de l'accès à l'économie et de la société de la connaissance, la Commission a ouvert une vaste réflexion sur le rôle qu'elles sont appelées à y jouer et sur les mutations auxquelles elles sont confrontées.

Situées au croisement de la recherche, de l'éducation et de l'innovation, les universités détiennent une position clé dans le devenir scientifique et technologique de la société. Elles sont néanmoins appelées à exercer leurs missions en relevant une multiplicité de défis. Ceux-ci sont nés de la globalisation et de sa logique de compétition ; de la commercialisation du savoir et des intérêts divers qu'elle suscite; de la réduction de l'espace-temps et de l'évolution du travail intellectuel engendrées par les technologies de l'information et de la communication; de l'irrésistible accélération des connaissances qui transforme la recherche autant que l'enseignement.

Quelles réponses apporteront les universités européennes à ces bouleversements ? Dans quelle mesure pourraient-elles s'inspirer de ce qui se fait ailleurs ? Comment atteindre et préserver l'excellence ? De quelle manière doivent-elles et peuvent-elles contribuer à la croissance régionale et locale ? Où trouvera-t-on les financements des Almas de demain ? « L'Europe a besoin d'analyser ses propres forces et ses propres faiblesses et de développer une approche spécifiquement européenne, avec son propre programme et ses modèles pour ses universités », fait remarquer la European University Association (EUA) dans sa réponse à la consultation lancée par la Commission (Cette réponse a été rendue publique lors de la Convention des universités européennes qui s'est tenue à Graz (AT) du 29 au 31 mai et à laquelle assistaient les commissaires européens Philippe Busquin (Recherche) et Viviane Reding (Education).)

  •  Missions multiples et ciblées

Cette démarche d'évaluation devrait déboucher sur des réponses aux différentes demandes qui se bousculent aux portes des universités : assurer leur rôle pionnier en recherche fondamentale, s'ouvrir à de nouveaux publics et démocratiser l'enseignement, former des chercheurs, valoriser le produit de leurs travaux, répondre à des missions d'expertise, s'ancrer sur le terrain local au niveau socio-économique et culturel, etc. Toutes ces exigences ne peuvent être prises en compte par une seule institution.

C'est pourquoi la Ligue of European Research Universities (LERU) défend un système universitaire caractérisé par « l'excellence dans la diversité ». Aux universités de jouer leurs atouts et de se partager les missions. Certaines, offrant une éducation de très haut niveau dans des domaines ciblés, privilégieraient les champs de la recherche appliquée et des liens étroits avec le monde industriel et le tissu régional. D'autres, spécialisées dans l'éducation de premier cycle, auraient une mission centrée sur la formation, dans une gamme étendue de disciplines. Un troisième type, à forte intensité de recherche, compterait une proportion importante de doctorants et contribuerait à l'effort de recherche fondamentale.

Pour sa part, l'association Euroscience (European Association for the Promotion of Science and Technology) propose un modèle à deux réseaux : d'une part des centres d'excellence formant notamment des enseignants-chercheurs; de l'autre des universités financées par des fonds publics, ouvertes à une demande croissante de connaissance et offrant un accès gratuit aux études.

  • Le souci de l'excellence

Quelles que soient les vocation et fonction spécifiques des universités, l'excellence devrait être une notion partagée. Un terme sur lequel tout le monde s'accorde. « Il s'agit d'identifier les domaines dans lesquels les différentes universités ont atteint, ou peuvent raisonnablement envisager d'atteindre, un niveau d'excellence jugé nécessaire au niveau européen ou mondial - et d'y concentrer des fonds de soutien à la recherche académique », note la Commission.

Cet objectif devrait passer, notamment, par un renforcement de l'interdisciplinarité. « L'enjeu est de maintenir et de renforcer l'excellence en matière d'enseignement et de recherche, sans compromettre le niveau de qualité offert, et en assurant un accès large, équitable et démocratique. »

Mais qui jugera de l'excellence, sinon les pairs ? Quel délai se donnera-t-on pour atteindre cette reconnaissance et cette qualification ? Cet objectif ne risque-t-il pas de concentrer les subsides et les attentions sur certaines institutions au détriment d'autres, moins « spectaculaires » ? Et comment financer cette ambition ? L'effort doit-il uniquement être assumé par des fonds publics - et comment pourrait-on y faire participer des dotations d'origine privée ?

  • Question de fonds

Les finances, justement... Ce nerf de la guerre est le talon d'Achille de l'enseignement universitaire dans l'Union. En dix ans, la population estudiantine européenne est passée 9 millions à plus de 12,5 millions. Plus d'étudiants devrait signifier plus d'enseignants, plus de chercheurs, plus de moyens. Il n'en est rien. Les dépenses pour l'enseignement supérieur n'ont augmenté, dans aucun Etat membre, en proportion de cette croissance.

La différence avec les Etats-Unis est criante. Ceux-ci consacrent au financement de l'enseignement universitaire 2,3% de leur PIB contre 1,1% pour l'Europe. Les institutions américaines comptent non seulement plus de « clients » que les européennes, mais elles disposent, en moyenne, d'un montant de deux à cinq fois supérieur par étudiant. En outre, les financements via des donations privées - les réseaux très actifs d'Alumni, les fondations (On peut remarquer que ce système de dons privés, soustraits partiellement à l'impôt, conduit indirectement à une part de financement public), etc., constituent, outre-Atlantique une tradition philanthropique fortement structurée et dynamique.

En Europe, ce genre de mobilisation financière se heurte souvent aux dispositions liées au statut juridique des universités - et au manque d'incitant fiscal. Une autre ressource, la « vente de services » est généralement limitée, parfois bloquée par les contraintes légales imposées à l'organisation universitaire, et certains se méfient de ce qui pourrait être une dérive vers la sphère business-marketing.

Pour l'EUA, « les universités reconnaissent le besoin d'attirer plus de fonds privés et de s'assurer des sources de financements plus diversifiées, bien que cette situation diffère considérablement d'un pays à l'autre. » L'EUA craint en outre que seules certaines institutions à forte capacité d'attraction soient capables de gérer et d'équilibrer différents partenariats. « Une mission claire et des objectifs sont essentiels pour équilibrer les risques de répondre trop abondamment à des demandes externes exprimées généralement en raison de besoins à court terme, ce qui serait susceptible d'éroder les valeurs de pensée critique, d'autonomie et de liberté académique, ainsi que de désavantager des disciplines spécifiques. »

  • Une gestion transparente

Apparaît ici la question complexe de la disparité et de l'opacité des systèmes de gestion des universités. Ancrées dans un territoire national ou régional, celles-ci diffèrent considérablement en termes de modes de gouvernance, de cadres légaux et administratifs, d'organisation interne, etc. Organe de conseil de la Commission en matière de recherche, l'EURAB (European R&D Advisory Board) suggère le développement d'un système transparent de calcul du coût réel de la recherche permettant les comparaisons. L'EUA, pour sa part, se déclare prête à passer des contrats clairs pour l'octroi de subsides publics complémentaires, qui seraient alloués sur base, notamment, de la capacité de gestion stratégique, de management et d'assurance-qualité des institutions bénéficiaires.

L'European University Association considère qu'il faut miser sur les capacités de recherche des universités en leur donnant les moyens de renforcer les possibilités de doctorats, les interactions entre générations de scientifiques, les travaux interdisciplinaires, les réseaux et les partenariats permettant d'atteindre une masse critique dans des domaines précis. L'organisation insiste fortement sur le soutien (financier) permettant de développer des réseaux inter-universitaires, tant au niveau de l'enseignement que de la recherche. Ces réseaux permettraient, notamment, d'établir des programmes conjoints à différents niveaux - enseignement et doctorat. L'adaptation des structures et des fonctionnements a d'ailleurs déjà commencé dans la majorité des universités en raison de l'évolution des savoirs et de la multiplication des domaines interdisciplinaires.