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Dossier - Pas de recherche... sans chercheurs !
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La vie de chercheur ressemble à la recherche. Une suite de questions. Bien souvent, ceux qui s'y lancent y pensent depuis longtemps. Cela peut s'appeler une vocation. Cela ressemble en tout cas à une passion.

  
DossiersPas de recherche... sans chercheurs !
 

Les ressources humaines sont au cœur de la dynamique de l'Espace européen de la recherche. C'est pourquoi le sixième programme-cadre consacre près de 10% de ses moyens à des actions qui les concernent directement. Le point de vue du commissaire Philippe Busquin (Commissaire Européen à la Recherche)

  • Vous avez déclaré que, pour garder son rang, l'Europe aurait besoin, à moyen terme, de 500 000 chercheurs supplémentaires chaque année. S'agit-il d'un objectif réaliste ?

Cet objectif n'est pas seulement réaliste, il est indispensable... Notre seule vraie richesse, c'est la connaissance. Si nous voulons garder notre place dans le monde, il nous faut une politique de recherche et d'innovation ambitieuse face à des concurrents sérieux - Etats-Unis et pays asiatiques. Dans cette optique, l'Europe doit porter le niveau des investissements consacrés à la recherche à 3% du PIB et ne peut y arriver sans "cerveaux" supplémentaires. Pourquoi 3% ? Nous savons qu'un objectif quantifié permet d'influencer l'action concrète - les critères de Maastricht l'ont clairement montré. En outre, les opinions publiques commencent à se rendre compte qu'il existe une corrélation entre les investissements en recherche et innovation et le taux d'emploi.

  • Le sixième programme-cadre de recherche consacrera 1,58 milliard € aux actions de mobilité et de développement de la carrière des chercheurs, soit une augmentation de plus de 50% par rapport à la période précédente. Quel est l'enjeu principal de ces actions?

Cette augmentation n'est pas fortuite. La nécessité de se ressourcer, de parfaire ses connaissances dans des laboratoires ou des centres de recherche étrangers, fait partie intégrante de l'activité des chercheurs. La recherche européenne a aussi beaucoup à tirer de la multiculturalité. Grâce aux actions Marie Curie, quelque 9 000 chercheurs vont travailler chaque année à l'étranger, et constituer une nouvelle génération qui va "européaniser" la recherche.

Notre objectif est que ces actions puissent être perçues comme un point de référence en vue de la mise en œuvre de l'Espace européen de la recherche et qu'elles soient relayées par des initiatives similaires, notamment au niveau des Etats membres. Ces initiatives nous permettent également de bien voir quels sont les obstacles à la mobilité. J'ai par exemple rencontré récemment un chercheur français qui était allé travailler quelques mois au Portugal et qui, rentrant chez lui, a appris qu'il n'avait pas droit aux allocations de chômage. Cette situation est inacceptable en Europe.

  • L'un des problèmes particulièrement préoccupant pour les chercheurs reste donc l'insécurité d'emploi...

Incontestablement. Nous avons préparé une Communication sur les carrières des chercheurs qui vient d'être adoptée cet été par la Commission. Plutôt que de définir un statut européen, mieux vaudrait, me semble-t-il, que chaque Etat membre veille à ce que ses chercheurs jouissent d'un statut "convenable". Il est invraisemblable que des scientifiques de 30-35 ans continuent d'être ballottés de poste précaire en poste précaire. L'Europe doit créer un véritable marché de l'emploi pour les chercheurs et les chercheuses, quels que soient leur domaine d'activité, leur employeur (public ou privé) ou le pays où ils exercent. Il faut que l'Europe soit fière de ses chercheurs. Il faut que nos meilleurs chercheurs deviennent des personnalités européennes connues et reconnues.

  • L'Europe produit plus de docteurs en sciences que les Etats-Unis et le Japon, mais elle compte moins de chercheurs. Le déficit d'emplois offerts semble particulièrement marqué dans le secteur des entreprises.

Pour porter les investissements dans la recherche au niveau de 3% du PIB, nous comptons sur les entreprises pour qu'elles couvrent deux tiers de ces investissements. Il faut donc un environnement économique et sociétal qui les y pousse. Or, les entreprises européennes s'orientent de plus en plus vers d'autres parties du monde, tout en embauchant des chercheurs européens qu'elles occupent dans d'autres continents. L'Europe investit donc massivement dans la formation et l'éducation de ses chercheurs sans en retirer le plein bénéfice... C'est pourquoi une série d'objectifs visant à faciliter les investissements de recherche des entreprises, notamment grâce à une adaptation de l'environnement réglementaire, sont présentés dans la Communication Investir dans la recherche : un plan d'action pour l'Europe, qui a été adoptée au mois d'avril de cette année