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L’art rupestre de la région de Pachmarhi, au Madhya Pradesh

Dossier - Inde : découvrir l'art rupestre et tribal
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Dans le Madhya Pradesh, au centre de l’Inde, certains abris ornés de peintures rupestres servent encore de lieu de culte pour les tribus locales. Jean Clottes et Meenakshi Dubey-Pathak, auteurs de cette découverte, reviennent sur leur travail de terrain et les particularités de cet art pariétal.

  
DossiersInde : découvrir l'art rupestre et tribal
 

Meenakshi Dubey-Pathak a travaillé dans la région de Pachmarhi pendant plus de 20 ans pour sa thèse de doctorat consacrée à l'art des abris ornés (publiée en 2013). Cet art rupestre couvre une longue période, du Mésolithique (de 8.000 à 10.000 ans) jusqu'aux époques historiques récentes.

L'ancienneté de cet art et les phases de son évolution ne sont pas datables avec précision. En effet, il comprend essentiellement des images peintes en rouge avec des oxydes de fer (hématite), pour lesquelles il n'est pas possible de faire appel aux analyses par la méthode du radiocarbone, puisque celle-ci ne peut s'appliquer qu'à des pigments d'origine organique (charbons par exemple). Si certains de ces pigments ont été employés, ils ne se sont pas conservés, car il s'agit d'un art d'extérieur, exposé à la lumière et aux éléments, contrairement à l'art des cavernes européennes.

Dans certains cas, rares dans ces grès, un abri peut se prolonger par une zone profonde plus ou moins ténébreuse. Chaque fois, l'art s'arrête là où la lumière ne pénètre plus. Il est évident que l'on s'abstenait soigneusement de s'avancer plus loin dans l'obscurité, considérée comme spirituellement dangereuse.

Une grotte de Bhimbetka, dans le Madhya Pradesh, en Inde, et comportant des peintures rupestres. © Vidishaprakash, cc by sa 3.0

L'art de Pachmarhi, comme celui des autres régions de l'Inde et contrairement à l'art paléolithique européen, comprend une majorité écrasante de figures humaines, une grande diversité d'animaux et quelques signes géométriques, symboles souvent impossibles à interpréter lorsque les traditions millénaires se sont éteintes. Ainsi, sur les 3.483 images d'animaux et d'humains comptabilisées, ces derniers comptent pour environ 70 %. Il en est de même plus dans le nord du Madhya Pradesh, à Bhimbetka, dans un ensemble classé au patrimoine mondial de l'Unesco (voir photo plus haut) où, selon Yashodar Mathpal qui l'a étudié, 817 formes humaines ont été dénombrées contre 428 formes animales.

Les dessins d'animaux font preuve d'une variété surprenante. Pour faire une seule comparaison : sur environ un millier de représentations animales à Pachmarhi, on identifie 26 espèces différentes, alors qu'à Lascaux, sur un nombre équivalent, on n'en reconnaît que neuf.

L'art rupestre de ce centre de l'Inde est extraordinairement vivant et animé. Personnages et animaux, au corps souvent orné de motifs géométriques (très fréquents au Mésolithique), sont représentés en action. Aussi les scènes, supports narratifs par excellence, sont très nombreuses et loin d'être stéréotypées. Deux activités sont représentées à toutes les périodes : la chasse et la danse.

La chasse

Les hommes chassent à l'arc ou parfois armés d'une hache, par exemple pour affronter un tigre. Leurs proies sont majoritairement des cerfs, mais aussi des bisons, des tigres, des singes ou des oiseaux.

Peinture dans un abri de Rajat Prapat, dans la région de Pachmarhi (État du Madhya Pradesh, en Inde). En haut à gauche, un homme affronte un tigre à la hache. Scènes de collecte du miel. © Jean Clottes, Meenakshi Dubey-Pathak

Il arrive que la proie devienne le prédateur, comme à Kanji Ghat 2, où un tigre dévore un homme, et à Bhimbetka, lorsqu'un petit personnage est chassé par un énorme animal mythique. On peut trouver aussi des abeilles en poursuivant deux autres (Baba Garden 2). La collecte de miel est d'ailleurs un thème très populaire, que l'on remarque dans une douzaine d'abris de Pachmarhi. La plupart du temps, un personnage, homme ou femme, grimpe à l'arbre et tend les bras vers les gros essaims. On connaît aussi quelques scènes de pêche, faite au moyen soit de pièges en bambou soit de grands filets ou encore à la ligne.

La danse

La danse joue un rôle figuratif important dans l'art rupestre, et cette activité reste présente de nos jours dans les tribus. Parfois, un danseur isolé agite les bras et le corps. Ailleurs, ce sera un couple. Le plus souvent, les danseurs sont en groupe, jusqu'à une quinzaine de personnes, en une longue file ou en cercle, les corps suivant le rythme, les bras joints ou levés, sans que l'on puisse généralement identifier leur sexe. Les instruments de musique comprennent des tambours, des flûtes, des harpes et des cymbales.

Détail d’une scène de danse dans un abri de Bori, région de Pachmarhi (État du Madhya Pradesh, en Inde). La femme, à gauche, est identifiable à sa longue jupe et aux petits cercles figurant les seins. © Jean Clottes, Meenakshi Dubey-Pathak

Les scènes domestiques sont nombreuses. Des huttes sont montrées en coupe avec, à l'intérieur, leur pauvre mobilier. Diverses personnes, surtout des femmes, vaquent à des occupations variées. Des tâches traditionnelles sont représentées, comme porter du bois, des paniers ou des pots, se déplacer monté sur un bœuf ou encore labourer. Les scènes érotiques restent exceptionnelles.

Des cérémonies relatives à la vénération des arbres, toujours en vigueur dans la vie tribale contemporaine, apparaissent dans divers abris, parfois avec des danseurs ou des orants [personnages représentés en prière, NDLR].