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Un art tribal riche et divers

Dossier - Inde : découvrir l'art rupestre et tribal
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Dans le Madhya Pradesh, au centre de l’Inde, certains abris ornés de peintures rupestres servent encore de lieu de culte pour les tribus locales. Jean Clottes et Meenakshi Dubey-Pathak, auteurs de cette découverte, reviennent sur leur travail de terrain et les particularités de cet art pariétal.

  
DossiersInde : découvrir l'art rupestre et tribal
 

L'art tribal se présente sous de multiples formes. Ainsi, dans la région de Pachmarhi, les Korkus fabriquent des stèles en bois précieux (les mundas) que l'on dépose solennellement, lors d'une longue cérémonie à laquelle participe tout le village, au pied d'un arbre sacré où elles s'amoncellent peu à peu.

Étrangement, les défunts sont toujours représentés à cheval, alors que ces tribus n'ont jamais possédé de chevaux. On constate un même phénomène sur les gathas, des stèles funéraires en pierre utilisées par les Bhils et les Bhilala, dans les régions occidentales du Madhya Pradesh, ainsi que sur leurs pitheras (mur interne principal de la maison, entièrement peint de scènes traditionnelles), à l'instar de l'art rupestre où chevaux et cavaliers (voir ci-dessous) constituent toujours le motif central.

Exemple de pithera dans une maison de Badhadeka (région de Jabhua, État du Madhya Pradesh). On remarque la prééminence des chevaux. © Jean Clottes, Meenakshi Dubey-Pathak

Les raisons en sont que les chevaux symbolisent la prospérité dans notre monde (pitheras) et honorent ainsi la famille, il en est de même dans l'autre monde (gathas et mundas). Représenter le défunt à cheval, c'est lui offrir à la fois de la considération, une forme de richesse et de statut social dans l'après-vie.

Il existe bien d'autres symboles bénéfiques, comme les mains positives et les points de couleur. Ces motifs abondent dans les décors domestiques, surtout des deux côtés et au-dessus des portes d'entrée, ainsi que sur les silos à grains ; ils ne sont pas rares dans l'art rupestre du Madhya Pradesh (Jadalfy dans la région de Pachmarhi, Chaturbujnath Nala, Bhimbetka dans la région de Darkundi). Quant aux points rouges, tellement répandus dans toute la culture moderne de l'Inde, et pas seulement dans les tribus, nous savons exactement ce qu'ils veulent dire. Ce sont des offrandes symboliques pour les dieux, dont on est censé obtenir la protection. Il n'est donc pas surprenant de les voir sur des pitheras, des gathas, des arbres et des pierres dans les jungles et dans les sanctuaires, comme dans l'art rupestre (Batki Bundal).

Enfin, nous avons constaté, d'après les restes d'offrandes (encens, noix de coco), que des cérémonies traditionnelles avaient toujours lieu dans des abris ornés de peintures rupestres anciennes. Grâce à nos contacts, Meenakshi a pu recueillir des témoignages spontanés dans plusieurs tribus, car nos interlocuteurs ont perçu le sincère respect et tout l'intérêt que nous portions à leurs traditions. Il nous a été révélé que, sous la conduite de leurs chamanes respectifs, les habitants de certains villages tribaux se rendaient dans les abris peints en certaines occasions pour y solliciter les grâces des anciennes divinités.

Se rendre d'une zone tribale à une autre, entrer en contact avec les personnes et écouter leurs histoires traditionnelles, explorer des abris peints inconnus fut pour nous une véritable aventure, sur le plan intellectuel comme sur le plan physique. Petit à petit, les renseignements recueillis, outre les découvertes, enrichirent notre perception de cet art et nous permirent de mieux le comprendre et l'apprécier.