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Essai iranien : fusée-sonde ou échec de lancement ?

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L'annonce du lancement "avec succès" de la première fusée iranienne à destination de l'espace laisse les observateurs dans l'expectative. En effet, le communiqué officiel, qui semble avoir été rédigé à la hâte, laisse la porte ouverte à toutes les spéculations.

Lancement de Shahab-3 (capture Iranian TV channel IRIB)

Revoyons les faits. Dimanche 25 février 2007, la télévision d'Etat iranienne annonçait que "la première fusée spatiale iranienne avait été envoyée avec succès dans l'espace" (sic). Toutefois, aucun détail n'était apporté sur la nature du lanceur, sa portée ou sa puissance, et aucune image n'était diffusée. Tout au plus était-il précisé que l'engin emportait "du matériel de recherche fabriqué par les ministères de la Défense et de la Science". Ali Akbar Gorlou, adjoint de direction du Centre de Recherche aérospatiale, précisait que la fusée avait atteint une altitude de 150 kilomètres et que "l'expérience était un succès".

Jusque là, rien que de très banal. Cependant, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec une annonce de la même télévision d'Etat iranienne, qui affirmait voici deux semaines que l'Iran se préparait à placer un satellite artificiel sur orbite, insistant sur l'imminence de l'évènement. Autre sujet d'étonnement : l'arsenal militaire iranien comporte notamment le missile balistique Shahab-3, testé à huit reprises depuis 1998 avec un taux de réussite de 75%. Et selon le réseau d'observation du Norad (entre autres), c'est bien ce lanceur qui aurait fait l'objet, aujourd'hui, d'un neuvième essai. Or, si l'on consulte les archives de ce même Norad, on constate que le Shahab-3 avait déjà atteint une altitude de 150 kilomètres à cinq reprises (15 juillet 2000, 21 septembre 2000, 5 mai 2002, 11 août 2004, 20 octobre 2004). Dès lors, pourquoi présenter l'essai du 25 février 2007 comme une "grande première" ?

Revenons sur l'historique de ce missile.

Dérivé du missile Nord Coréen de portée intermédiaire No Dong 1 et appartenant à la famille ex-soviétique Scud, Shahab-3 a subi ses premiers tests en vol en 1998. Il s'agit d'une fusée à propergols liquides de 16 mètres de hauteur pour 1,35 mètre de diamètre et d'une masse de 16,25 tonnes à la mise à feu, capable de transporter une ogive de 1158 kg (conventionnelle ou nucléaire) jusqu'à une distance de 1500 km (portée aujourd'hui à 1930 km).

Shahab-3 (première version). Crédit : Federation of American Scientists
Shahab-3 (version actuelle). Crédit : Federation of American Scientists

En août 1998, une maquette était présentée par les autorités iraniennes, comportant une coiffe élargie renfermant un petit satellite. Le 7 juillet 2003, la radio iranienne annonçait que le programme d'essais en vol était terminé, et que le Shahab-3 était officiellement adopté par l'armée. Peu après, le ministère de la défense iranien annonçait qu'un programme Shahab-4 avait été annulé, considérant les excellentes performances et l'augmentation de la charge utile du Shahab-3, dont les sources occidentales attribuent la responsabilité à la technologie russe.

Cette information était confirmée en novembre 2004 par les services de renseignements américains, qui précisaient que la capacité du missile utilisé jusqu'alors avait été augmentée de 15 %, lequel était maintenant équipé d'une coiffe nettement plus volumineuse. Les changements prévoyaient aussi l'ajout de deux étages supplémentaires à propergol solide, afin de permettre la satellisation d'une charge de 60 kg dans un premier temps, et jusqu'à 170 kg à la faveur d'améliorations ultérieures.

Le manque de précisions et la maladresse apparente des communiqués du 25 février, associant l'annonce d'une "première" à un essai pourtant effectué et réussi à plusieurs reprises dans le passé, font plutôt penser à une tentative manquée de lancement d'un premier satellite suite au mauvais fonctionnement des étages supérieurs du Shahab-3. L'altitude atteinte dans cette hypothèse serait, en effet de 150 kilomètres, ce qui correspond aux performances annoncées.

Par ailleurs, on imagine mal les autorités iraniennes saluant l'envoi d'une fusée à 150 kilomètres d'altitude après avoir annoncé l'imminence d'une satellisation... L'avenir nous éclairera sans doute sur ce qui apparaît aujourd'hui comme une énigme. Et reste aussi à connaître la nature du satellite dont le lancement aurait échoué. Scientifique, vraiment ?

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