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Crop circles : les extraterrestres sont-ils artistes ?

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Crop circles : toujours vivace, ce phénomène bientôt trentenaire avait connu une flambée médiatique en 2002 avec la sortie d'un film américain, Signes. C'est de nouveau le cas en France grâce à TF1 qui en fait le thème de sa série Mystère.

Doug Brower, dans les années 2000. En 1991, il a déclaré être responsable, avec son ami Dave Chorley, des premiers crop circles britanniques.

Voilà revenue, le temps d'un été, cette belle énigme des crop circles, gags d'étudiants, amusement de retraités malicieux ou messages d'extraterrestres, au choix... Avec sa saga estivale Mystère, TF1 relance l'intérêt des Français pour cette étrange forme d'expression, mais sans donner à ses téléspectateurs toutes les clés pour la comprendre. Voici un petit tour d'horizon de la plus énigmatique des formes de communication...

Pour ceux qui l'ignorent encore, les crop circles, parfois appelés en français cercles de culture, agrogrammes ou agrogryphes, sont d'immenses dessins réalisés dans des champs de céréales par couchage des plantes. Simples figures géométriques ou superbes créations, ces œuvres ne sont visibles que depuis les airs et ont de quoi impressionner le spectateur.

L'origine de ce phénomène remonte à 1978 en Angleterre. La région aux alentours de Stonehenge voit fleurir durant plusieurs années des dessins dans les champs de blé, d'orge, de seigle, etc. Les créateurs étendent ensuite leurs actions dans d'autres endroits du globe, aux Etats-Unis notamment. La France, comme de nombreux autres pays, est épargnée.

Le premier cercle, datant de 1978. A l’époque, les créateurs de crop circles faisaient simple…

Simples cercles dans leurs premières apparitions, les crop circles sont devenus au fil des années de superbes dessins, figurant parfois des visages à peu près humains ou des signes aux allures cabalistiques. On commence à parler de land art. En 2001, l'une de ces figures reproduisait approximativement le schéma envoyé en 1974 par le radiotélescope d'Arecibo en direction de l'amas d'Hercule (M13), à destination d'éventuels extraterrestres. D'autres représentent des figures mathématiques savantes.

Célèbre figure découverte en 2001 à Milk Hill, dans le Wiltshire, une région qui attire depuis longtemps les adeptes du land art. Pour un mathématicien, c’est un ensemble de Julia, un objet fractal. © Lucie Pringle

Décodage

Face à l'étrangeté de cette œuvre planétaire, une drôle de science est née : la céréalogie. Dans les années 1990, il est apparu évident que des réalisations bien humaines, et parfois revendiquées, peuplaient les champs de céréales. Est alors apparue la notion de « vrais cercles », à l'origine inconnue, et de « faux cercles », dessinés de main (et de pied) d'homme.

Pour les vrais cercles, les explications les plus spectaculaires évoquent l'action d'extraterrestres qui auraient comme motif de nous laisser quelques informations. Les tenants de cette origine non humaine mettent en avant plusieurs arguments, comme la rapidité de réalisation, la déformation des tiges (élongation de nœuds variant selon la position dans le dessin), des traces de chauffage du sol, les dessins trop complexes pour un cerveau humain, etc.

Superbe création réalisée dans la ferme de Crabwood (près de Winchester, Hampshire) en 2002. Les carrés inclus dans le cercle seront interprétés comme des caractères ASCII codés en binaire.

Dans ce registre, les interprétations suivent la piste de messages codés, voire de documents techniques qui pourraient faire avancer la science humaine. Le principe utilisé pour le message envoyé par l'antenne d'Arecibo a été mis à profit pour tenter un décodage de certains signes. Le signal radio envoyé vers l'amas Hercule comportait une information binaire (sous forme d'un petit décalage de fréquences pour les « 1 »), de 1 679 bits, formant une image de 73 lignes de 23 caractères.

Cette méthode a été reprise pour décoder l'extraordinaire dessin découvert en 2002 près de Winchester, dans le Hampshire. On y voit la tête d'un extraterrestre flanquée d'un disque portant, sur des cercles concentriques, des zones carrées où le blé est abattu. Certains y ont vu un message, en affectant la valeur 0 aux céréales couchées et 1 aux zones intactes. Pour les premiers à avoir effectué l'analyse, il ne semble y avoir aucun doute : pour le lire, il faut utiliser le code ASCII (celui de nos ordinateurs). Avec cette correspondance entre caractères et groupes de 8 bits, on obtient un texte en anglais, dont la traduction française est celle-ci :

« Méfiez-vous de ceux qui apportent de FAUX cadeaux & de leurs PROMESSES NON TENUES.Beaucoup de DOULEUR mais toujours du temps.CROYEz..Il y a du BON là-haut.Nous nous opposons à la TROMPERIE.FERMETURE de la canalisation » (Augustin Vidovic, Cercle Zététique).
Mais la lecture du blé couché n'est pas si simple et il existe des variantes, comme :
« Se méfier des porteurs de FAUX cadeaux et de leurs PROMESSES NON TENUES. Beaucoup de DOULEUR mais encore temps. EELRIJVE. Il y a du BON là-bas. Nous nous OPposons à la FRAUDE. TUyau FERMETURE (Son de Cloche) » (Jean Pollion).

On remarque que le mot CROYEZ, c'est-à-dire BELIEVE en anglais, est ici remplacé par EELRIJVE. Ce terme serait un mot ummite, selon l'auteur Jean Pollion (c'est bien sûr un pseudonyme) qui a longuement étudié la langue de ces extraterrestres venus de la planète Ummo (Ummo, de vrais extraterrestres, éditions Aldane, 2003). Nos lecteurs insuffisamment familiarisés avec la fabuleuse épopée des Ummites, venus visiter la Terre entre 1950 et 1991 (ou peut-être sont-ils encore là), pourront facilement se renseigner sur le Web.

Etudes sur le terrain trop rares

Les recherches sur le terrain sont restées incomplètes, laissant à l'état d'hypothèses beaucoup de paramètres, comme le temps de réalisation, rarement connu. En 1991, un groupe mené par Gilles Munsch, professeur en génie mécanique, a lancé le projet (Voyage d'Etude des Cercles Anglais). Ses conclusions, publiées en 1993 dans « Les Cahiers Zététiques » sont encore accessibles sur Internet.

Un des derniers crop circles, apparu en avril 2007 en Angleterre, dans un champ voisin de Oliver's Castle, près de Devizes dans le Wiltshire. © Peter Sorensen

Pour eux, la réponse est claire : ces œuvres ont été réalisées par des êtres humains, probablement des étudiants profitant des vacances d'été. En 1991, Doug Brower et Dave Chorley, deux agriculteurs retraités, se sont accusés d'avoir fabriqué les premiers crop circles anglais.

Quant à la complexité des dessins - impressionnante il est vrai -, elle semble à la portée d'une équipe entraînée. On trouve d'ailleurs sur le Web le site des Faiseurs de Cercles, créé par John Lundberg, montrant de belles réalisations et fournissant des explications pour les débutants.

L'aveu des agriculteurs n'a pas fait disparaître l'hypothèse extraterrestre, qui a encore quelques faiblesses. Si l'on se place dans ce cadre, on est étonné du caractère abscond des messages et du support choisi. Il devrait y avoir plus simple... La sélection des pays demeure assez mystérieuse. Pourquoi les anglophones sont-ils à ce point privilégiés ? De plus, l'évolution considérable des dessins au cours de trois dernières décennies reste à expliquer.

Mais quelle qu'en soit l'origine, il nous reste le land art, un joli spectacle à admirer depuis un ULM ou à l'occasion d'un baptême de l'air mais aussi sur le Web...

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