Marc Seguin, humaniste, inventeur et, selon certains, un sacré caractère ! © Domaine public
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Chasseurs de Science : Marc Seguin, à la conquête du rail | Podcast

ActualitéClassé sous :histoire , chemin de fer , compagnie ferroviaire

Par Franck Menant, Futura

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Pour cet épisode de Chasseurs de Science, prenez place à bord de la locomotive Seguin et partons à la découverte du chemin de fer français. À nos côtés, l'un des pionniers du chemin de fer français et digne petit-neveu de l'inventeur de la montgolfière : Marc Seguin.

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Marc Seguin est l'un de ces inventeurs qui ont marqué l'histoire de l'ingénierie française. Petit-neveu du célèbre Joseph de Montgolfier, qui co-inventa la montgolfière, il grandit entouré de machines qui le fascinent et l'inspirent. En 1822, à l'âge de 36 ans, il se lance dans une période d'innovation qui lui vaudra de faire partie des 72 savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.

Parmi ses inventions, on trouve la locomotive Seguin. Témoin de l'expansion du chemin de fer en France, elle est six fois plus puissante que les locomotives à vapeur de son temps, traçant sa route à la vitesse impressionnante (pour l'époque) de 30 km/h. Montez à bord, on vous emmène.

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Transcription du podcast

Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Franck, et je serai votre guide temporel au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous prenons le train pour aller rencontrer Marc Seguin, un pionnier de la grande histoire du chemin de fer. Vous écoutez Chasseurs de Science, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

Premier octobre 1829, gare centrale de Lyon. Marc Seguin est installé devant les commandes de sa machine, les mains posées sur ses leviers de métal gantés de bois. Il sent son pouls frémir au bout de ses doigts, engagé dans un dialogue silencieux avec l'engin. Dans quelques instants, il s'élancera avec son train en direction de Saint-Étienne. Sur le quai, l'excitation est à son comble. Des journalistes et des curieux se sont rassemblés autour de cette bien curieuse machine : la locomotive Seguin qui va faire ses premiers tours de roue. Les voyageurs prennent place dans le train, et le coup de sifflet est donné. Marc Seguin, rayonnant de fierté, pousse quelques manettes et la locomotive s'élance en soufflant et en crachant fumée et vapeur. Elle accélère, entraînant avec elle le cœur du conducteur. La machine atteint sa vitesse maximum de 12 km/h. Cela paraît peut-être dérisoire aujourd'hui, mais à l'époque c'est une prouesse, un nouveau record inscrit dans les registres de l'Histoire. Marc Seguin est le premier à conduire une locomotive à chaudière tubulaire.

Marc Seguin naît le 20 avril 1786 à Annonay. Il est le fils aîné de Marc François Seguin et d'Augustine Thérèse de Montgolfier. Si ce nom vous dit quelque chose, c'est parce que le grand-oncle de Marc n'est autre que le célèbre Joseph de Montgolfier, qui inventa la montgolfière avec son frère Jacques-Étienne. Ce parent notoire guide le jeune garçon dans son apprentissage des sciences et l'invite régulièrement dans son laboratoire du conservatoire où ce dernier découvre tout un monde de machines qui le passionne. Entré dans la vie active, il intègre la fabrique de drap familial, où il a pour tâche de démarcher les clients. Il fonde ensuite avec son frère une manufacture de feutre pour papeterie.

Un matin froid de la fin de l'année 1822, Marc se tient sur le quai de la ville de Brest. Alors âgé de 36 ans, son cerveau bouillonne d'idées qui ne demandent qu'à être réalisées. Autre chose bouillonne juste devant lui : la chaudière du bateau à vapeur qui traverse le port sous ses yeux. Il ne lui en faut pas plus. Cette simple vision lui donne l'idée de créer en 1825 avec Pierre-François de Montgolfier et Louis Henri Daniel d'Ayme la Société de halage par la vapeur à point fixe sur le Rhône. Cette curieuse dénomination nécessite quelques explications. Lorsque les bateaux descendent le Rhône, il leur suffit de se laisser porter par le courant. En revanche, pour remonter le Rhône, les embarcations doivent être tirées depuis la rive par des chevaux au moyen de câbles. L'idée de Marc Seguin est de remplacer les chevaux par des treuils entraînés par une machine à vapeur disposée sur la rive. Les câbles attachés aux bateaux s'enroulent autour du treuil, tirant ainsi celui-ci. Malheureusement, les chaudières qui alimentent la machine à vapeur ne sont pas suffisamment puissantes. Deux ans après la création de la société, un bateau heurte la pile d'un pont à Lyon. La chaudière éclate, et le bateau sombre, provoquant la mort de 28 personnes. La société est liquidée.

Cette malheureuse expérience n'est pas sans apprentissage, car c'est elle qui pousse Marc Seguin à imaginer la chaudière tubulaire. Le corps de chauffe y est traversé par de multiples tubes dans lesquels circulent les gaz, garantissant une meilleure répartition de la chaleur. Un procédé révolutionnaire qui permet de multiplier par six la puissance de la locomotive !

En 1825, Marc se rend en Angleterre, et devient ami avec l'ingénieur Georges Stephenson. Là-bas, il l'aide à construire « The rocket », « La fusée » en Français, l'une des toutes premières locomotives à vapeur à chaudière tubulaire basées son invention. Convaincu du potentiel du transport ferroviaire, il suggère au gouvernement français de construire une ligne de chemin de fer de 56 km entre Saint-Étienne et Lyon. La ligne est concédée au profit des frères Seguin et de deux autres entités, le 7 mars 1827. Marc rencontre beaucoup de difficultés pour la construction de sa ligne. La loi d'expropriation n'existe pas à l'époque, et il doit user de beaucoup de ruses pour réussir à acheter les terrains. Un jour, l'inventeur se rend chez un particulier pour réaliser des relevés cadastraux. Personne ne répond lorsqu'il frappe à la porte. Comme il a l'habitude de faire dans ce cas, Seguin ne se démonte pas, pénètre dans la propriété, et commence ses relevés. Si le propriétaire vient lui faire des reproches, il aura des arguments tout prêts pour le calmer. Mais cette fois-ci les choses ne se passent pas comme prévu. En découvrant un intrus sur son terrain, le paysan qui détient les lieux décroche son fusil, et tire une décharge de chevrotine dans sa direction. Fort heureusement, il le manque de peu, mais laisse un souvenir cuisant à Marc Seguin.

À l'été 1830, un premier tronçon de ligne ouvre entre Givors et Rive-de-Gier. Il est utilisé dans un premier temps au service des marchandises et pendant plusieurs mois, on emploie des chevaux pour la traction. C'est ensuite la locomotive Seguin qui fait ses premiers tours de roue, quelques jours avant « La fusée » de George Stephenson. Un second et un troisième tronçon ouvrent en 1832 entre Lyon et Givors et entre Rive-de-Gier et Saint-Étienne, toujours pour le transport de marchandises.

La même année, les voyageurs sont progressivement acceptés. Et si vous pensez que le RER n'est pas confortable, imaginez-vous bien qu'à l'époque, ces derniers n'avaient rien d'autre que de la paille répandue sur le sol pour assurer leur confort. Pour autant, les autres modes de transport, dont les postes à chevaux, voient très mal cette nouvelle concurrence, et ils sabotent régulièrement la ligne en faisant dérailler les trains, sauter les chaudières, ou en incendiant les wagons - une tâche amplement facilitée par la paille sèche qui en tapisse les planches. Quand ce ne sont pas les saboteurs qui portent préjudice à la compagnie Seguin, ce sont les voyageurs eux-mêmes qui s'y mettent. Ils taillent les draps posés sur les banquettes pour en faire des gilets, et se servent des tirants de cuir aux fenêtres comme de bretelles.

Malgré ces déboires, la compagnie exploite la ligne pendant 26 ans. En 1853, la compagnie Seguin disparaît avec deux autres compagnies de chemin de fer voisin. Les trois compagnies fusionnent pour donner naissance à une nouvelle : la Compagnie des chemins de fer de jonction du Rhône à la Loire.

Atteint d'une fluxion de poitrine, Marc Seguin meurt le 24 février 1875, à l'âge de 88 ans. En plus de la navigation fluviale, des locomotives à vapeur et des lignes de chemin de fer, il a aussi été à l'origine de la création des ponts suspendus à câbles, s'est essayé aux travaux aéronautiques en construisant des machines volantes et a rédigé plusieurs ouvrages. Considéré comme le père du chemin de fer français, il a révolutionné le monde du transport et fait partie des 72 de savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Franck Menant. Si vous appréciez notre travail, n'hésitez pas à vous abonner et à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez nous retrouver sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, Castbox et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science.

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