Pourquoi Edison mordait-il le bord de son phonographe ? © Levin C. Handy, Emma Hollen
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Cabinet de curiosités : le phonographe et les marques de dents de Thomas Edison

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Bienvenue dans ce quatrième chapitre du Cabinet de curiosités ! Aujourd'hui, nous partons à la rencontre du controversé Thomas Edison et nous demanderons pourquoi donc celui-ci a laissé des marques de dents sur l'une de ses plus célèbres inventions. Installez-vous confortablement, lancez votre meilleur vinyle, et commençons.

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Génie aux yeux de certains, tyran pour d'autres, Edison n'est en tout cas certainement pas de ces figures que l'on peut aisément ignorer. Si d'aucuns remettent en question la paternité de nombre des brevets qu'il a déposés, force est néanmoins de lui reconnaître un talent d'homme d'affaires à en faire pâlir de jalousie Elon Musk (ce qui ne dit rien sur la qualité de l'homme en lui-même, mais a le mérite de ne pas nier aveuglément son savoir-faire). Parmi ses inventions, une en particulier témoigne de son étrange destin et écarte le voile un instant pour laisser paraître l'homme derrière le businessman.

Le phonographe : révolution technologique

Bien que de nombreux inventeurs se soient essayés à créer une machine capable d'enregistrer des sons dès le début du XIXe siècle, le phonographe d'Edison, breveté en 1877, fut le premier à reproduire avec succès la voix humaine. Le phonautographe d'Édouard-Léon Scott de Martinville et le paléophone du poète et scientifique amateur Charles Cros - tous deux français - ne parvenaient alors à offrir qu'une représentation visuelle des vibrations de l'air, qui ne seraient rendues audibles que bien plus tard à l’aide des technologies modernes. Si Cros conçut et fit breveter une méthode très similaire à celle qu'Edison emploierait la même année pour son propre appareil, ses maigres moyens ne lui permirent pas de mener à bien ses expérimentations, et son concurrent outre-Atlantique marqua finalement l'invention de son nom.

Un article paru en 1896 dans le journal Scientific American raconte : 

En décembre 1877, un jeune homme entra dans les bureaux de Scientific American et plaça devant les rédacteurs un petit appareil rudimentaire au sujet duquel très peu de remarques préliminaires furent formulées. Le visiteur, sans aucune cérémonie, fit tourner la manivelle, et à la stupéfaction de tous ceux présents, la machine déclara : « Bonjour. Comment allez-vous ? Comment trouvez-vous le phonographe ? »

L'appareil fit sensation, donnant soudain à entendre l'écho des voix du passé. 

Une promotion pour le phonographe enregistrée sur l'un de ses cylindres en 1906. © University of California Santa Barbara Cylinder Preservation and Digitisation Project

À pleines dents

Mais le plus intéressant reste à venir, car figurez-vous que Thomas Edison, cet homme dont la carrière a été marquée par l'invention et le perfectionnement d'appareils destinés à enregistrer, reproduire ou transmettre des signaux sonores... était pratiquement sourd. Alors qu’il n’était qu’un enfant, il manqua de mettre le feu au train qui transportait son laboratoire mobile de fortune. Un obstacle sur les rails agita le véhicule d'un soubresaut qui fit tomber un morceau de phosphore au sol. La substance s'enflamma et causa une frayeur terrible au jeune garçon, ainsi qu'au contrôleur du train. Ce dernier put éteindre l'incendie à temps et asséna à Thomas plusieurs gifles bien senties qui endommagèrent ses tympans de manière permanente.

Bien que cette infirmité épargnât à Edison bien des gênes, elle l'obligea également à recourir au plus étonnant des stratagèmes. Afin que le son de son phonographe ne soit pas réduit à une série de borborygmes sourds à ses oreilles, il avait pour habitude de coller ces dernières contre le caisson de l'instrument. Néanmoins, lorsque le bruit se révélait encore trop bas, l'inventeur refermait alors ses dents sur le bois ou sur une plaque de métal reliée à la machine, de telle sorte que les vibrations se répercutaient directement dans son crâne. L’on dit qu'il recourut à un procédé similaire lorsqu'il dut auditionner des pianistes pour l'enregistrement des morceaux de musique qu'il commercialiserait avec son appareil. Fiction ou réalité ? Ce qui est sûr, c'est que le phonographe visible au musée Edison de Fort Myers porte encore les marques de dents de son inventeur.

D'après le musée Edison, cet appareil porte les marques de dents de son inventeur. © Our Next Horizon

Faire d'un handicap une force

Si l'entourage d'Edison considérait sa surdité comme une tragédie, lui la prenait avec philosophie, écrivant :

Cette surdité m'a été très utile à divers égards. Lorsque je me trouvais dans un bureau de télégraphe, je n'entendais que l'instrument directement sur la table où je m'asseyais et, contrairement aux autres opérateurs, les autres instruments ne me dérangeaient pas. En faisant des expériences au téléphone, j'ai dû améliorer l'émetteur pour pouvoir mieux entendre. C'est ce qui a permis de rendre le téléphone commercialisable [...]. Il en était de même pour le phonographe. Le grand défaut de cet instrument était le rendu des harmoniques en musique et des sifflements des consonnes en parole. J'ai travaillé pendant un an, vingt heures par jour, le dimanche et tout le reste, pour que le mot "espèce" soit parfaitement enregistré et reproduit sur le phonographe. [...] Et pour finir, mes nerfs ont été préservés. Broadway est aussi calme pour moi qu'un village de campagne l'est pour une personne dotée d'une ouïe normale.

Et de quatre ! Rendez-vous dans deux semaines pour un nouveau chapitre du Cabinet de curiosités. © nosorogua, Adobe Stock
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