Découvrez l'histoire étonnante de Tycho Brahe dans ce premier chapitre du Cabinet de curiosités. Collection Château de Skokloster. © Wikimedia Commons, Domaine public
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Cabinet de curiosités : le nez de Tycho Brahe

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Bienvenue dans cette première visite du Cabinet de curiosités ! Installez-vous confortablement, prenez une tasse de thé. Aujourd'hui, c'est un nez artificiel façonné il y a quatre siècles et demi qui va attirer notre attention. Duel, île mystérieuse, laboratoire secret, nain divinateur et élan éméché : cette histoire a tous les ingrédients pour plaire.

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Ce n'est ni un roc, ni un cap, encore moins une péninsule, mais voilà décidément un bien curieux article : une prothèse de nez -- célèbre qui plus est ! Ce que cet artificiel appendice ne possède pas en panache, il le compense effectivement en réputation, car le nez de Tycho Brahe est un objet de controverse chez les chercheurs. Et si vous n'avez jamais entendu le nom de cet aristocrate danois auparavant, préparez-vous à un drôle de voyage, car vous allez partir à la rencontre de l'un des personnages les plus intrigants du XVIe siècle.

« ...il faudrait sur le champ que l'on me l'amputasse ! »

Astronome, alchimiste, et astrologue, Tycho Brahe, héritier de riches familles, naît en 1546, à une époque où science et mysticisme ont encore du mal à se distinguer. L'alchimie, pratique nébuleuse et parfois fantasque, se situe à mi-chemin entre magie, chimie et astrologie... Hé bien, l’astrologie n’a tout simplement jamais été une science. Pourtant, Tycho Brahe est décrit comme l'un des pionniers de l'astronomie moderne, un esprit animé par la recherche de faits empiriques et mesurables. Il est aussi doté d'un tempérament de feu qui fait de lui une personnalité notoire dès ses années d'université, et lui coûte, à l'âge de 20 ans, un fragment de son anatomie.

Le 29 décembre 1566, Tycho s'engage, en effet, dans un duel contre son cousin éloigné Manderup Parsberg, avec lequel une dispute a émergé deux semaines plus tôt. Son biographe Pierre Gassendi écrit un siècle plus tard : « Il était environ 7 heures du soir et il faisait noir. Parsberg infligea à Tycho une coupure sur le nez qui lui arracha presque toute la partie avant. Tycho fit faire un nez artificiel, non pas en cire, mais en alliage d'or et d'argent, qu'il maintenait en place si habilement qu'il ressemblait à un vrai nez. Wilhelm Janszoon Blaeu, qui passa près de deux ans aux côtés de Tycho, reporta également qu'il transportait avec lui une petite boîte contenant une pâte ou une sorte de colle dont il enduisait souvent son nez. »

Des analyses menées en 2010 sur la dépouille de notre protagoniste ont révélé des traces de cuivre et de zinc suggérant un alliage d’une autre nature, probablement du laiton. Bien que de nombreux articles aiment à suggérer que l'astronome aurait perdu l'intégralité de son nez lors de l'incident et que celui-ci aurait été remplacé par une prothèse en or, les nombreux portraits réalisés par ses contemporains indiquent en réalité que seule l'arête du nez aurait été entamée (en profondeur, reconnaissons-le tout de même) et que son remplacement aurait été peint de la même couleur que le reste du visage de son porteur. 

Sur le portrait de Tycho Brahe, on constate clairement que seule l'arête du nez est entamée. © Joseph Louis François Bertrand, Domaine public, Wikimedia Commons
Ce tableau en couleur de Tycho Brahe révèle que son nez était peint de la couleur de la chair. © Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0, Domaine public

Extravagant jusque dans la mort

Ce n'est pas là la seule extravagance qui caractérisera Tycho Brahe tout au long de sa vie. En 1576, il se voit offrir l'île suédoise de Ven par le roi Frédéric II de Prusse, et de considérables moyens pour y construire Uraniborg, son observatoire rêvé. Construction digne d'une production de Terry Gilliam, le château abrite un laboratoire souterrain dans lequel l'alchimiste combine les poudres et associe les plantes de ses jardins. L'on raconte qu'un nain clairvoyant du nom de Jepp lui tenait compagnie -- le plus souvent assis sous la table lors des repas --, ainsi qu'un élan domestique -- le plus souvent attablé avec les invités pour leur plus grand divertissement. Malheureusement, ce dernier connut une existence brève, condamné à périr dans un accident d'escalier après avoir bu trop de bière -- ce n'est pas moi qui le dit, c'est Gassendi.

Même la mort de cet extravagant personnage demeure entourée de mystère. Délirant, fiévreux, incapable d'uriner, Brahe passe de vie à trépas après plusieurs jours d'agonie sans que l'on ne parvienne véritablement à cerner la cause de son départ subit. Certains chercheurs postulent que l'astronome se serait retenu d'uriner trop longtemps alors qu'il se trouvait en compagnie de membres de la famille royale. L'explosion de sa vessie aurait entraîné une septicémie qui n'aurait alors fait qu'une bouchée de lui. Néanmoins, le jury est encore en délibération sur la question, certaines découvertes récentes suggérant que l'état de santé général de cet homme, connu pour son embonpoint et sa descente de spiritueux, aurait pu être à l'origine d'un coma hyperosmolaire non cétonique, ou d'une acidocétose alcoolique. Quoi qu'il en soit, le souvenir de Tycho Brahe marque encore les mémoires, et son héritage scientifique, l'astronomie.

Rendez-vous bientôt pour une nouvelle excursion dans le Cabinet de curiosités ! © Adobe Stock, nosorogua, Futura
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