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LBT : premiers clichés du plus puissant télescope terrestre

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Au terme de huit ans de construction, le grand télescope binoculaire LBT, situé sur le mont Graham en Arizona, a ouvert l'un de ses yeux et a fourni le 12 Octobre dernier ses premiers clichés. Ceux-ci concernent la galaxie en spirale NGC891, située à 24 millions d'années-lumière de la Terre, dans la constellation d'Andromède. Pour les astronomes, le miroir de 8,4 mètres de diamètre du télescope a délivré des images d'une acuité remarquable, et a prouvé que le LBT est apte à relever son défi : surpasser Hubble et se poser en concurrent direct des réseaux interférométriques géants Keck et VLT.

Astronome dans la salle de contrôle du LBT, le 12 Octobre 2005 Crédit : Large Binocular Telescope Corporation
Premier cliché du LBT, obtenu le 12 Octobre 2005 Galaxie NGC891, située dans la constellation d'Andromède Crédit : Large Binocular Telescope Corporation

LBT : le concurrent direct des grands interféromètres actuels

« Le LBT nous ouvrira de nouvelles possibilités dans l'exploration des planètes extrasolaires », se sont enthousiasmés Thomas Henning et Tom Herbst, de l'institut Max Planck d'Heidelberg, après observation des premières images délivrées par le télescope.

Inauguré en octobre 2004, le LBT (Large Binocular Telescope) est le fruit d'un projet commun des universités et d'une quinzaine de laboratoires et instituts de recherche américains, allemands et italiens. D'un coût global de 120 millions de dollars, il a été financé à hauteur de 50% par les Etats-Unis.

Construit sur un bâti d'élévation azimutale de près de 380 tonnes, il accueille deux miroirs en verre borosilicaté de 331 pouces de diamètre (8,4 mètres), espacés centre à centre de 14,4 mètres. Par soucis d'allègement de la masse de verre, le moule utilisé pour leur fabrication était constitué de mille six cents tuiles réfractaires dessinant une structure en nid d'abeille, dans laquelle on a « coulé » le verre porté à 1100 degrés celsius. Grâce à ce protocole révolutionnaire, ces miroirs de 16 tonnes chacun sont aujourd'hui les plus légers en regard de leur diamètre, mais aussi les plus grands de type alvéolés jamais construits (le précédent record était détenu par les deux télescopes Magellan, de 6,5 mètres de diamètre). En outre, ils sont également les plus lumineux : avec une focale de 9,5 m, leur rapport focale sur diamètre n'est que de 1,14 !

Miroir primaire du LBT, de 8,4 mètres de diamètre Crédit : Large Binocular Telescope Corporation

Si chaque miroir constitue à lui seul un télescope performant, l'objectif du LBT est de fonctionner comme interféromètre. En effet, dans cette configuration optique, il permet d'égaler la résolution d'un télescope de 22,8 mètres de diamètre.

Schéma de principe de l'interférométrie à deux télescopes

Si les performances d'imagerie des grands interféromètres actuels (VLT, Keck...) restent limitées aux astres brillants et aux formes simples, du fait de leur haute dilution optique (le rapport entre le diamètre virtuel et la surface optique réelle), le LBT, quant à lui, avec son diamètre équivalent de 22,8 mètres pour une surface optique de 11,8 mètres, doit permettre de photographier en temps réel les corps célestes éloignés. Ainsi, en mode interférométrique, ses clichés devraient être dix fois plus clairs que ceux du télescope spatial Hubble.

Le télescope LBT Crédit : Large Binocular Telescope Corporation

Des premiers clichés très encourageants

Dans la nuit du 12 Octobre, pour sa première expérimentation, le télescope s'est tourné vers la constellation d'Andromède, et plus précisément vers la galaxie NGC891, qui s'étend à 24 millions d'années lumière de la Terre. Ces clichés exceptionnels ont été obtenus avec l'un des miroirs primaires du télescope, le second ayant été récemment transporté de l'université de l'Arizona vers le mont Graham.

Les images ont été capturées à l'aide d'un « appareil photo » dernier cri connu sous le nom de Large Binocular Camera (LBC), placé en surplomb du miroir primaire, au foyer principal du télescope. Conçu par les collaborateurs italiens, le LBC agit comme un appareil photo numérique d'une précision remarquable de 36 mégapixels (en regard des 5 mégapixels en moyenne des appareils-photo "du commerce").

D'après ses créateurs, le LBT sera totalement opérationnel en 2006, et pourra ouvrir grands ses yeux sur la création de l'univers. Avec ses performances inégalées, il permettra aux astronomes d'observer des galaxies éloignées avec une précision et une clarté encore jamais obtenues et permettra assurément des avancées significatives sur le mécanisme de création des étoiles et l'observation des confins de l'univers.

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