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Lancement de Maangalyaan, première sonde indienne vers Mars

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L'Inde pourrait bien devenir le premier pays d'Asie à rejoindre Mars et couper l'herbe sous le pied à la Chine, sa principale rivale dans cette région du monde. Ce matin, elle doit lancer la sonde Maangalyaan, qui rejoindra Mars en septembre 2014 pour une mission de plusieurs mois.

D'une masse au lancement de 1,3 t, cette sonde n'a coûté que 55 millions de dollars. À titre de comparaison, le rover Curiosity de la Nasa est revenu à la modique somme de 2,5 milliards de dollars. © Isro

Tous les voyants sont au vert pour le lancement de la première sonde de l'Inde à destination de Mars. Si les conditions météorologiques sont favorables, la sonde Maangalyaan doit décoller ce matin à 10 h 08 depuis la base de Sriharikota (heure de Paris), portée par un lanceur PSLV, dont ce sera la 25e utilisation (avec 22 succès).

L'arrivée autour de la Planète rouge est prévue en septembre 2014. Maangalyaan se placera sur une orbite très elliptique autour de Mars, avec un périgée de 500 km et un apogée de 80.000 km. La sonde a pour objectif d'étudier l'atmosphère martienne à l'aide de cinq instruments scientifiques assez classiques, à l'exception d'un spectromètre infrarouge lointain. Elle comporte également une caméra dans le visible, un analyseur de l'exosphère neutre, un détecteur de méthane et un photomètre Lyman alpha.

Test du réflecteur de l'antenne à haut gain de la sonde. Pour communiquer avec Maangalyaan, l'Inde pourra compter sur le soutien de la Nasa et son réseau d'antennes de l'espace profond lorsqu'elle ne sera pas en mesure de le faire avec sa station au sol de Byalalu, près de Bangalore. © Isro

Maangalyaan, une mission pour apprendre

En outre, Maangalyaan pourrait voisiner la sonde Maven de la Nasa, qui sera lancée le 18 novembre et rejoindra la Planète rouge, également à l'automne 2014. Si elles apparaissent complémentaires dans leurs objectifs (elles vont toutes les deux étudier l'atmosphère martienne sous un angle différent), les similitudes s'arrêtent là. La mission indienne, basique, fera des observations maintes fois réalisées. Maangalyaan répondra à des questions dont on connaît déjà les réponses, alors que Maven et ses instruments plus sophistiqués s'intéresseront à la perte de l’atmosphère martienne depuis une altitude de seulement 150 km, avec 5 incursions à très basse altitude (125 km).

Cependant, soyons indulgents. Si les objectifs indiens sont limités avec cette mission, c'est la première fois que cette puissance spatiale émergente se frotte à l'espace lointain. Et elle a tout à apprendre. L'escapade de Chandrayaan-1 autour de la Lune, à quelque 360.000 km de la Terre, n'est rien à côté d'une mission vers Mars de plusieurs dizaines de millions de kilomètres. Pour y parvenir, l'Inde devra maîtriser bon nombre de technologies nouvelles pour elle, et va vite découvrir les joies de la navigation interplanétaire et le stress de l'insertion en orbite autour de Mars.

Le lanceur PSLV sur son pas de tir. Bien qu'il ne soit pas suffisamment puissant pour lancer la sonde directement sur une orbite de rendez-vous martien, l'Isro a été contrainte d'utiliser ce lanceur en raison des échecs et du retard dans le développement du GSLV, un lanceur plus puissant qui aurait pu être employé. © Isro

L’Inde écrit son histoire spatiale

Surtout, si le lancement réussit, l'Inde va démontrer une certaine maîtrise des lois du pilotage spatial. En effet, pour cette mission, le lanceur n'est pas suffisamment puissant pour envoyer la sonde directement à destination de Mars ! Pour amener la sonde à la vitesse nécessaire pour quitter la Terre et rejoindre Mars, les ingénieurs indiens vont utiliser l'effet de fronde de la Terre. Maangalyaan va ainsi tourner autour de la Terre pendant un mois avant de s'élancer vers la Planète rouge.

Enfin, ce lancement montre les progrès de l'Inde qui, et c'est à souligner, a un programme spatial exclusivement civil. Ses ambitions spatiales sont fortement soutenues par deux piliers : la compétition croissante avec la Chine et les principes d'autosuffisance de Gandhi qui ont conduit le pays à se doter d'une certaine autonomie pour l'observation de la Terre, les télécommunications spatiales et le positionnement par satellite. Cette stratégie explique aussi pourquoi l'Inde réussit à nouer de nombreux partenariats avec la Russie, l'Europe et les États-Unis notamment.

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