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Explosion de Falcon 1 : on ne s'improvise pas lanceur de satellites

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Annoncé comme une remise en question des coûts de la mise en orbite, le premier vol d'essai du nouveau lanceur Falcon-1  s'est prématurément achevé dans une gerbe de flammes moins d'une minute après le décollage. Au-delà de cet échec, cela nous amène à quelques réflexions.

Le rêve fou de Kaiser: des dizaines d'éléments et de moteurs assemblés en tuyaus d'orgue pour un lanceur de 1000 tonnes.

Un vecteur spatial est, et reste un montage terriblement complexe de dispositifs dont chacun joue un rôle décisif dans le fonctionnement de l'ensemble. La fusée Atlas qui avait placé John Glenn en orbite en 1962 comportait quelque 80.000 pièces. Un lanceur moderne en comporte quelquefois des millions. A cette complexité est venu se greffer tout un ensemble informatique et logiciel qui n'existait pas sous cette forme il y a quarante ans, indispensable pour accroître la précision, donc la fiabilité d'une mission, mais qui apporte ses propres contraintes et une mise au point sans faille. Rappelons que c'est cette partie logicielle qui avait été à l'origine de la perte de la première Ariane 5  , preuve s'il en est que cela ne s'improvise pas.

Space-X, conceptrice du lanceur Falcon, n'est pas la première société rêvant de concurrencer les acteurs confirmés du transport spatial. Peut-être la simplicité apparente du concept du lanceur est-elle à l'origine de ce rêve, qui a provoqué à ce jour bien plus de déboires que de bénéfices parmi ceux qui s'y sont frottés.

Ainsi déjà en 1975, la société allemande OTRAG (Orbital Transport und Raketen-Aktiengesellschaft) dirigée par Kaiser ambitionnait de conquérir le marché spatial privé en mettant en service un lanceur à faible coût depuis une base situés d'abord au Zaïre, puis en Libye. L'économie devait résulter d'une conception modulaire de la fusée, constituée d'un nombre plus ou moins important d'éléments identiques assemblés en faisceau et possédant chacun son propre moteur, d'où une mise au point simplifiée. Fatale erreur ! Car multiplier le nombre d'éléments augmente le risque de défaillances dans la même proportion, et lorsqu'on songe que Kaiser était allé jusqu'à équiper ses moteurs de pompes à carburant provenant de... moteurs de camion, cela laisse rêveur. De fait, aucun des tirs qu'il a effectués n'a atteint son objectif, et le développement ultime de son lanceur (une fusée de 1000 tonnes !) est resté définitivement à l'état de calque sur une planche à dessin.

Il est toutefois probable que le lanceur Falcon ait bénéficié de l'acquis d'autres concepteurs. Cependant, bien que le projet ait reçu l'aval de l'US Air Force (la charge utile du premier vol était un satellite militaire expérimental), certains détails posent interrogation. Ainsi, l'isolation thermique des réservoirs d'oxygène liquide des deux premiers étages est constituée d'un manteau isolant, fixé aux parois par de simples Velcro. Des lanières le reliant au sol sont censées arracher celui-ci au moment du décollage. L'action se passant, évidemment, au milieu du torrent de flammes du premier étage.

Enfin, une autre constatation. Elon Musk, le fondateur de Space-X, n'est ni un scientifique ni un chercheur, mais un milliardaire de génie ayant fait fortune en créant et développant la société de paiement via internet Paypal. Certes, cela ne lui enlève aucun mérite, mais l'espace est un domaine très particulier dans lequel la moindre erreur se paie cash. Et dans lequel, au contraire de la finance, toute prise de risque est exclue et la remise en cause permanente.

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