Avec une cinquantaine de satellites à lancer, le calendrier de SpaceX est très chargé. Le nouveau lanceur Falcon 9, s'il tient ses promesses, sera utilisé pour lancer deux satellites en orbite de transfert géostationnaire (GTO) en 2013, dont SES-8, et au moins cinq en 2014. © SpaceX

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Pari risqué pour SES, qui confie un satellite au nouveau Falcon 9

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Malgré l'incertitude sur la fiabilité de la version améliorée du Falcon 9 de SpaceX, la société luxembourgeoise SES a renouvelé sa confiance au lanceur. Elle a autorisé le lancement de son satellite SES-8 en novembre. Bien que le tir et la mise à poste des satellites se soient bien déroulés, le lanceur a pourtant connu un raté assez significatif.

Décollage parfait, mise à poste des satellites sur l'orbite visée : à première vue, le vol inaugural de la version améliorée du lanceur Falcon 9 de SpaceX s'est bien passé. Cependant, plusieurs couacs ont terni ce beau succès. Cela ne semble pas inquiéter l'opérateur de satellites SES. La société luxembourgeoise a confirmé le lancement de son satellite SES-8 à bord du deuxième exemplaire de ce nouveau lanceur de SpaceX. Le satellite est aujourd'hui à Cap Canaveral, et préparé en vue de son lancement en novembre.

Lors de ce vol de démonstration, l'étage principal n'a pas été récupéré et, plus problématique, le moteur de l'étage supérieur n'a pas effectué un redémarrage complet comme cela était prévu. Or, si pour ce vol cela a été sans conséquence pour la mise à poste des satellites, cette manœuvre sera indispensable pour placer le satellite SES-8 en orbite de transfert géostationnaire.

Autre sujet de préoccupation, le service du département américain de la Défense qui surveille les objets en orbite autour de la Terre précise avoir repéré un nombre d'objets associés au lancement (étages, satellites, etc.) bien supérieur à ce qui était prévu ! Certains évoquent une rupture, voire une explosion de l'étage supérieur. Mais SpaceX se veut rassurant. La société précise que ses données montrent qu'il n'y a eu aucun incident sur l'étage. Quant au comportement du moteur, si SpaceX ne nie pas qu'il n'ait pas fonctionné de manière optimale, l'entreprise souligne que plusieurs semaines d'analyses des données sont nécessaires pour se faire une idée précise sur le comportement du lanceur et de tous ses éléments. Et rappelle surtout qu'au sol, le moteur Merlin 1D a réalisé plusieurs redémarrages sans problème.

SES-8 sera positionné à 95° E aux côtés du satellite NSS-6. Il fournira des services de télécommunications au-dessus de la zone Asie-Pacifique. © Orbital Sciences

SpaceX en embuscade sur le marché du lancement

Cette confiance dans SpaceX est tout de même assez surprenante. Elle pourrait s'expliquer par la volonté de SES de ne pas changer de lanceur. En effet, Ariane 5 est en back-up en raison du retard que cela induit, avec la nécessité d'adapter le satellite au lanceur et surtout de trouver un créneau de lancement. Mais ce n'est peut-être pas la seule raison.

Ce n'est un secret pour personne, SES est très insatisfait de l'état actuel du marché des lancements de satellites, dominé par le duopole formé par le lanceur d'Arianespace et le Proton russe d'International Launch Services (ILS). Si officiellement SES a pour seule volonté de diversifier ses fournisseurs de lanceurs, l'opérateur de satellites a principalement envie de casser ce duopole pour contraindre Arianespace et ILS à baisser leur coûts de lancement. Voilà quelques années, l'arrivée des lanceurs chinois sur le marché laissait penser que les prix allaient être tirés vers le bas. C'était sans compter les règles Itar, qui ont douché les espoirs de SES. Ces règles de l'administration américaine restreignent l'exportation et la vente de matériels et de composants sensibles construits aux États-Unis vers les pays figurant sur la liste de pays proscrits de Washington, dont la Chine fait partie. En clair, la Chine ne peut pas lancer un satellite s'il est construit à partir de composants américains.

Dernier point à prendre en compte : SES a assuré son satellite. En échange d'une prime de 24 millions d'euros, le lancement du satellite SES-8 et la première année en service sont couverts à hauteur de 200 millions d'euros. Cependant, compte tenu de l'incertitude sur la fiabilité du lanceur, les assureurs ont demandé quelques éclaircissements au sujet du lanceur de SpaceX. Il se dit qu'ils pourraient être amenés à revoir les termes de la garantie et la prime à verser si au final le Falcon 9 ne présente pas toutes les garanties précisées lors de la signature du contrat.

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