Les reconstructions faciales fascinent toujours le grand public, et l'annonce de ce type de travaux par des équipes de recherche est de plus en plus courante. C'est au tour d'un homme surnommé le « vampire du Connecticut » de reprendre vie... du moins virtuellement. Son séquençage ADN n'a rien révélé de monstrueux, mais il a permis à l'équipe de recherche d'en savoir plus sur cet homme inhumé de façon à ne jamais pouvoir ressortir de sa tombe.

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Dans les années 1990 à Griswold dans le Connecticut, une tombe de la fin du XVIIIe siècle a révélé un traitement de cadavre tout particulier. Les archéologues ont eu la surprise de découvrir que l'occupant de la tombe avait été manifestement déterré pour être à nouveau enterré, en positionnant sa tête et ses membres sur sa cage thoracique. Face à de tels gestes de la part des vivants, c'est une théorie liée au folklore qui est apparue aux yeuxyeux des chercheurs. En effet, à cette époque, la suspicion d'être un rôdeur de la nuit n'était pas quelque chose d'anodin, et cela pouvait pousser à des pratiques toutes particulières auprès des morts pour s'assurer qu'ils ne reviennent jamais.

Détecter un vampire au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre

La terreur pour des villageois de se retrouver en présence d'un possible vampire les aurait poussés, dans une certaine mesure, à manipuler le cadavre de ce dernier pour s'assurer qu'il ne revienne jamais faire du mal aux vivants. Si ce cas peut sembler très étrange, il donne de bons indices sur les peurs de l'époque en question. En de tels cas, certains morts pouvaient avoir leur cœur retiré post-mortem, mais l'homme de la tombe du Connecticut n'est, semble-t-il, pas concerné par cette pratique. Pour repérer un cadavre de vampire au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre, des manifestations de la part du cadavre étaient attendues comme des expirations, des réflexes nerveux ou encore des bruits divers, sans oublier des écoulements de fluides. Un panel de réactions naturelles et relativement banales lorsqu'un corps se décompose mais qui ont été interprétées comme des signes de vie à l'époque...

La tombe inhabituelle du « vampire du Connecticut » avec son crâne disposé sur certains de ses ossements. © J. Daniels-Higginbotham, Genes
La tombe inhabituelle du « vampire du Connecticut » avec son crâne disposé sur certains de ses ossements. © J. Daniels-Higginbotham, Genes

Quelques initiales sur un cercueil et une enquête

Sur le cercueil de l'individu, les chercheurs n'ont trouvé aucun nom à part ces quelques informations : « JB-55 ». Grâce à un minutieux travail de séquençage ADN mis en place avec des équipes médico-légales pour retracer les liens entre tous les individus du cimetière, un individu se distingue - un certain John BarberJohn Barber - et son histoire n'est pas si vampirique. En revanche, elle nous renseigne sur la perception de certaines maladies dans le temps. En particulier la tuberculosetuberculose qui donnait une apparence troublante aux malades avec un teint très pâle, une faiblesse marquée et une émaciation caractéristique.

John Barber ne semblait certainement pas courir les proies la nuit, c'était plutôt un fermier avec une pauvre condition physique. Son squelette a révélé une fracture de la claviculeclavicule mal soignée et un genou arthritique. Les lésions sur ses côtes et la période de sa mort semblent indiquer aux yeux de chercheurs que c'est la tuberculose qui a emporté l'homme en lien avec une vaguevague épidémique locale. Une fin de vie difficile, et des symptômessymptômes pouvant effrayer rapidement les vivants avec par exemple, la présence de sang lors de la toux. De plus, la méconnaissance de certains aspects de la tuberculose, en particulier sa transmission, pouvait avoir de quoi faire peur aux individus ayant été auprès des malades. L'homme mort à 55 ans a depuis 2022 un visage grâce à une équipe ayant travaillé sur ses ossements et son séquençageséquençage ADN. Si cette proposition de reconstruction est sur certains points subjective comme pour les expressions, les rides ou encore la forme des lèvres, elle permet de mettre un visage sur le squelette d'un homme injustement accusé d'être une créature alors qu'en définitive, il n'était que malade.

Grâce à une combinaison de plusieurs spécialités scientifiques, l'identification de cet homme a été possible au fil des analyses de ces trente dernières années, nous informant tant sur la perception de certains maux au XVIIIe siècle, qu'à propos des comportements liés aux morts lorsque la population a peur de ces derniers.