L'abaissement du niveau du réservoir de Valdecañas dans l'ouest de l'Espagne a conduit le Dolmen de Guadalperal, un monument mégalithique datant d'au moins 4.000 ans, à resurgir des flots dans lesquels il était immergé depuis 1963. © Pleonr, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

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Le « Stonehenge espagnol » refait surface après presque 60 ans sous les flots

ActualitéClassé sous :archéologie , Dolmen de Guadalperal , Espagne

Pour la première fois après des décennies passées sous l'eau, le Dolmen de Guadalperal baigne à nouveau dans les rayons du soleil et la caresse du vent. En abaissant, le niveau du lac de retenue de Valdecañas, la sécheresse qui a frappé cet été la péninsule ibérique, a offert une bouffée d'oxygène à ce monument qualifié de « Stonehenge espagnol », en référence au célèbre site mégalithique anglais.

Après quasiment 60 années passées sous l'eau, un monument mégalithique datant de l'Âge du bronze surnommé le « Stonehenge espagnol » s'est retrouvé complètement exposé à l'air libre cet été, à la suite d'une sécheresse particulièrement sévère. Constitué d'environ 140 monolithes de granite érigés il y a 4.000 à 5.000 ans, le site, baptisé Dolmen de Guadalperal, est localisé sur le territoire de la commune de El Gordo, dans la province de Cáceres dans le centre-ouest de l'Espagne, bien qu'il soit plus proche de la ville de Peraleda de la Mata.

Le monument, qui se dressait sur les berges du fleuve Tage, le plus long de la péninsule ibérique, a été englouti en 1963 par la construction d'un barrage et du réservoir de Valdecañas. C'est la première fois depuis sa submersion que la structure est entièrement visible, alors que jusque-là, seuls les sommets des menhirs perçaient occasionnellement la surface en cas de sécheresse. D'après le quotidien espagnol El Mundo, le niveau du lac de retenue de Valdecañas aurait drastiquement baissé cet été non seulement en raison du manque de précipitations, mais aussi parce qu'un certain volume d'eau doit être envoyé chaque année au Portugal, en aval du fleuve, la frontière entre les deux pays étant située à une centaine de kilomètres du réservoir.

Le Dolmen de Guadalperal immergé près des berges du réservoir de Valdecañas, dans la province de Cáceres en Espagne, s'est retrouvé à l'air libre durant l'été 2019, comme le montrent ces images avant-après prises par le satellite américain Landsat-8 respectivement le 24 juillet 2013 et le 25 juillet 2019. © Lauren Dauphin/Nasa Earth Observatory/Landsat data from the USGS

Un avenir incertain pour le Dolmen de Guadalperal

La résurgence inattendue du mégalithe offre une « formidable opportunité » économique pour la région, selon Angel Castaño, président de l'Association culturelle Racines de Peraleda (Raices de Peraleda) cité par El Mundo, arguant que l'occasion se présente de transférer le monument à une distance raisonnable du réservoir afin de préserver ce patrimoine, puis d'en faire une attraction touristique. Déjà, les curieux ont commencé à affluer sur ce site d'exception, sauf qu'ils le font sans encadrement et menacent ainsi de le dégrader.

Le Dolmen de Guadalperal est un monument mégalithique érigé entre 3.000 et 2.000 av. J.-C. en Espagne. Mis au jour il y a presqu'un siècle, il a été englouti par les flots du fleuve Tage en 1963 à la suite de l'édification d'un barrage et de sa retenue d'eau. Due à la sécheresse et la baisse du niveau du réservoir, son apparition sera éphémère si le monument n'est pas déplacé en urgence. Elle a déjà attiré touristes et médias. © Lourdes Gómez Martín, Twitter

Des voix se sont élevées, dont celle d'Angel Castaño, pour presser le gouvernement à agir rapidement, d'autant que le monument a déjà souffert du passage du temps, ce que l'érosion due à son immersion relativement récente dans les eaux du fleuve Tage n'aura pas arrangé. « Des fissures sont apparues et certaines pierres ont été renversées », déclare Angel Castaño au site El Español. Cependant, tous les experts ne partagent pas son avis, souhaitant que le site soit conservé à l'endroit pour ne pas le sortir de son « contexte » archéologique, selon le journal El Mundo.

Une crainte qui aura visiblement fait écho auprès du groupe d'étude mandaté depuis par le gouvernement : selon les dernières informations rapportées par le quotidien espagnol El País, il aurait ainsi préconisé de ne pas déplacer le Dolmen de Guadalperal de peur d'une « perte irréversible de [son] contexte historique et archéologique ». Le monument est donc condamné à retourner à son tombeau aquatique, la hausse du niveau du réservoir étant notamment attendue avec le retour de la saison des pluies. Il est prévu toutefois d'installer des sacs de sable et de consolider certaines menhirs menaçant de s'affaisser. D'autres actions ont déjà été entreprises en vue de sa protection, tel que le prélèvement d'échantillons et la numérisation 3D du site. Il est d'autre part en passe d'être classé au patrimoine national en tant que bien d'intérêt culturel (BIC).

En dépit de son retour programmé sous l'eau, l'apparition surprise du Dolmen de Guadalperal aura au moins eu le mérite d'en faire également un centre d'intérêt pour des recherches archéologiques à plus long terme, d'ailleurs utiles à sa protection. Ce monument est ainsi nommé car les menhirs étaient dans le passé surmontés de pierres horizontales. Les spécialistes estiment qu'il était initialement un arrangement circulaire de monolithes de cinq mètres de diamètre, plus tard transformé en chambre funéraire par l'ajout de dalles coiffant les piliers.

La structure a été ensevelie sous un monticule de terre, entouré d'un autre cercle de pierres. Un couloir de 21 mètres de long menait à la chambre, dont l'entrée est encore aujourd'hui marquée par un menhir de deux mètres de haut portant des inscriptions. L'une d'elles, que Angel Castaño assimile à un dessin du Tage, représenterait plutôt un serpent pour la préhistorienne Primitiva Bueno Ramírez, interviewée par Euronews. Ce site mégalithique a été découvert par l'archéologue et préhistorien Hugo Obermaier lors de fouilles réalisées entre 1925 et 1927.

Afin de préserver ce patrimoine, l'association culturelle Raices de Peralêda souhaite un transfert à bonne distance de l'eau. © Raices de Peraleda, YouTube

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