Depuis l'arrêt de leur navette spatiale, les militaires américains ont lancé quelques programmes de substitution pour remplacer une partie des missions qu'elle réalisait pour leur compte. Si, pour le moment, ils ont fait une croix sur les vols habités, deux programmes ont vu le jour : la mini navette X-37B, à présent opérationnelle, et le véhicule hypersonique réutilisable XS-1, dont un prototype devrait voler en 2020. Ils offriront aux États-Unis une capacité d'accès à l'orbite basse inédite et à un coût toujours plus bas.
Cela vous intéressera aussi

Le développement du projet de véhicule hypersonique réutilisable XS-1 de la Darpa, l'agence du département de la Défense des États-Unis chargée de la recherche et développement des nouvelles technologies destinées à un usage militaire (Defense Advanced Research Projects Agency, en anglais), se poursuit a confirmé Brad Tousley, le chef du bureau de la technologie tactique. Il s'est exprimé lors de la conférence du renseignement géospatial (Geoint 2016 pour Geospatial IntelligenceIntelligence) qui se tient du 15 au 18 mai à Orlando, en Floride.

Le XS-1 n'est pas un avion spatialavion spatial, ni un étage capable de voler dans l'espace. Il est seulement conçu pour voler à des altitudes suborbitales et transporter l'étage supérieur qui ira mettre en orbiteorbite une charge utile de quelque 1,5 tonne pour un coût d'environ 5 millions de dollars. Il aura la capacité de redécoller en seulement 24 heures ! Avec une flotte d'au moins deux véhicules de ce type, les États-Unis auront ainsi un accès permanent à l'orbite basse.

Le XS-1 sera avant tout utilisé pour le lancement de petites charges utiles spécialisées dans le renseignement, la surveillance environnementale, voire la démonstration de nouvelles technologies, ainsi que pour des missions commerciales. Il pourrait également être utilisé pour le transport d'un missilemissile ou d'une charge tueuse de satellite.

Aux missions liées au renseignement, à la surveillance et la sécurité s'ajouteront, dans l'avenir, celles liées à la protection des satellites et à la neutralisation des capacités satellitaires adverses. Enfin, et la Darpa ne s'en cache pas, le XS-1 pourra également agir comme un moyen de dissuasion pour le département de la Défense américain si son infrastructure spatiale ou la sécurité du pays étaient menacées d'une façon ou d'une autre.

Boeing s'est inspiré de son X-37B, dont un exemplaire vole autour de la Terre depuis plus d'un an, pour proposer à la Darpa son concept d'XS-1. © Boeing

Boeing s'est inspiré de son X-37B, dont un exemplaire vole autour de la Terre depuis plus d'un an, pour proposer à la Darpa son concept d'XS-1. © Boeing

Une militarisation de l'espace inéluctable

Contrairement à la navette spatiale de la NasaNasa, utilisée entre 1981 et 2011, l'XS-1 ne volera jamais dans l'espace. Il se présentera sous la forme d'un véhicule entièrement réutilisable et inhabité. Il est conçu pour transporter des satellites ou des démonstrateursdémonstrateurs de technologie avancée, à la frontière de l'espace et utilisera son propre moyen de propulsion ou un étage. La Darpa souhaite qu'il soit capable d'évoluer avec une facilité similaire à celle d'un aéronefaéronef et qu'il puisse mettre de petits satellites en orbite à l'aide d'étages supérieurs à usage unique. Le programme doit également travailler à l'amélioration des technologies hypersoniques.

Après une première phase, qui a permis d'évaluer la faisabilité des buts prédéfinis et des choix techniques nécessaires à leur réalisation, la Darpa finalise une demande de propositions pour la deuxième et troisième phase du programme. Le contrat, qui sera octroyé à une ou plusieurs sociétés, prévoit la réalisation d'un prototype à l'échelle 1 capable de voler dix fois en 10 jours et des essais en vol à l'horizon 2020. L'attribution de ce marché dans le cadre d'un partenariat public-privé est prévu dans le courant de l'année 2017.

Si, lors de la première phase du programme, seuls trois consortiums industriels ont travaillé sur cet avion suborbital*, la Darpa n'exclut pas d'octroyer le contrat de la phase 2 et 3 à d'autres entreprises privées, par exemple SpaceXSpaceX si elle décide de concourir. En effet, comme le souligne Jess Sponable, le responsable du programme XS-1 à la Darpa, « depuis la première phase du programme, l'industrie spatiale a évolué et nous avons l'intention de tirer parti des multiples avancées technologiques et commerciales réalisées dans ce domaine ».

*Boeing (en collaboration avec Blue Origin), Masten Space Systems (en collaboration avec XCor Aerospace) et Northrop Grumman Corporation (en collaboration avec Virgin GalacticVirgin Galactic).