Santé

Brucellose : vieille menace, nouvelles réponses

Dossier - Virus sans barrière
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Le risque de passage à l'homme de maladies animales, les zoonoses, va s'accroître dans les décennies à venir. La mondialisation des échanges, la crise écologique globale en sont les cause, l'épidémie mondiale de SRAS doit nous alerter.

  
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La brucellose ou fièvre de Malte, frappant particulièrement les ovins et les caprins, est une vieille connaissance des bergers des régions méditerranéennes. Outre les ravages exercés dans les troupeaux, cette pathologie fait partie des diverses maladies d'origine bactérienne transmissibles à l'homme par les animaux. Le réseau de coopération européen COST vise à renforcer l'efficacité des systèmes de défense contre ce fléau tandis que de nouvelles pistes sont explorées pour concevoir un vaccin plus sûr et plus efficace.

Lecture de plaque (technique ELISA) pour le diagnostic de la brucellose. © INRA/Jacques Dufrenoy

Il n'est guère un éleveur du Sud de l'Europe qui ne connaisse une personne ayant un jour été frappée par la fièvre de Malte. Si elle n'est plus mortelle depuis l'invention des antibiotiques, la maladie, causée par une bactérie de la famille des Brucella Outre le cas de la brucellose présenté ici, il faut notamment y inclure les intoxications entérohémorragiques dues à Escherichia coli (EHEC et VTEC) transmises par les bovins, ou encore les salmonelloses dues à des infections bactériennes provenant d'un grand nombre d'animaux. Ces pathologies font également l'objet de nombreuses recherches européennes, reste grave, longue, pénible (maux de tête, fatigue extrême et poussées de fièvre) et peut laisser des séquelles irréversibles. L'infection se contracte via la consommation de produits laitiers ou au contact des animaux atteints : vaches, porcs, mais surtout moutons et chèvres, qui sont infectés par la variété Brucella melitensis, une des plus dangereuses pour l'homme. Au niveau des élevages, la brucellose entraîne des pertes sévères, en provoquant notamment l'avortement des femelles gravides - et parfois leur stérilité.

Fléau ancien, la brucellose n'est pas une fatalité.

Plusieurs pays d'Europe du Nord sont parvenus à l'éradiquer après de longues années de campagnes sanitaires combinant vaccination, dépistage et abattage. Mais la maladie continue de faire des ravages plus au Sud : 0,15 % des troupeaux infectés en France, 15 % en Grèce, 23 % en Espagne.

  •  L'imbroglio vaccination/infection.
La pathologie humaine suit la même progression : d'une incidence de 0,1 cas pour 100 000 habitants en France à près de 8 cas au Portugal, et plus encore dans les pays non communautaires du pourtour méditerranéen. Les raisons de cette vulnérabilité du Sud ? La pratique d'un élevage extensif, incluant le partage des même pâtures par différents troupeaux et la transhumance estivale durant laquelle les animaux sont moins suivis par les vétérinaires.

Pourtant, la brucellose est depuis longtemps l'objet d'une politique européenne concertée visant à éliminer cette épizootie "transnationale". Cet effort est basé sur une méthode de vaccination classique, consistant à injecter au jeune animal des bactéries vivantes, mais de virulence atténuée. Le vaccin massivement commercialisé et utilisé sur le terrain est la souche Brucella melitensis Rev.1, qui arrive à garantir une protection dans plus de 85% des cas.

Malgré ce bon score, cette vaccination s'accompagne de deux redoutables inconvénients. D'une part, la souche Rev.1 conserve une certaine virulence - ce qui la rend impropre à la vaccination des animaux gravides et présente un risque potentiel pour l'homme. D'autre part, la protection acquise entraîne la synthèse d'anticorps qui sont précisément ceux que détectent les tests de diagnostic. Il est donc impossible de distinguer un animal vacciné d'un animal infecté. "De ce fait, la brucellose est encore un véritable casse-tête en termes d'échanges commerciaux internationaux du bétail", explique Alastair MacMillan du Laboratoire de Référence sur la Brucellose de Weybridge (UK), coordinateur d'une action de coopération européenne COST sur ce thème.

  • Recherches intensives

Concevoir un vaccin simple d'utilisation, inoffensif pour l'homme et n'entraînant pas de confusion entre animaux infectés et vaccinés : tels sont les trois objectifs de plusieurs projets soutenus par l'Union. L'un d'eux, coordonné par une équipe de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) de Nouzilly (FR), s'est achevé en janvier 2002. "Notre but était de concevoir un couple test/vaccin capable d'induire la protection des animaux vaccinés et de différencier les animaux infectés des animaux vaccinés. Nous avons produit une souche Rev.1 conservant ses propriétés vaccinales, mais n'exprimant plus la protéine BP 26, dont la présence a été récemment identifiée pour le diagnostic de l'infection," explique Laurence Guilloteau de l'INRA. Ce volet de mise au point d'une détection fondée sur l'identification de la BP 26 fait actuellement l'objet de tests d'évaluation pour sa valorisation commerciale.

Bergerie expérimentale pour les test de vaccination brucelliques. © INRA/Christian Slagmudler

Le laboratoire français est également partie prenante d'un nouveau contrat, coordonné par Ignacio Moriyon de la Faculté de Navarre à Pampelune (ES). Il s'agit cette fois de se passer de la souche vaccinale Rev.1 pour construire, par des moyens de biologie moléculaire, de nouvelles souches Brucella melitensis n'exprimant pas une molécule de surface utilisée dans les tests de diagnostic actuels. "Nous voulons développer un vaccin qui ne nécessiterait pas de concevoir de nouveaux tests de diagnostics pour distinguer les animaux infectés des animaux vaccinés, ce qui permettrait de ne pas alourdir les coûts de production," souligne Ignacio Moriyon. Parallèlement, un autre projet, coordonné par Jean-Pierre Liautard, de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale de Montpellier (FR), vise à atténuer la virulence de Brucella melitensis pour lutter contre les effets indésirables des vaccins actuels.