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Ig Nobel de médecine : la musique adoucit les rhumes

Dossier - Les incroyables Ig Nobel
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Les Ig Nobel récompensent des découvertes scientifiques dont le sujet de recherche laisse perplexe. Aussi sérieux que les classiques prix Nobel, ils reconnaissent des travaux étonnants, quel que soit leur degré de loufoquerie.

  
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La musique permet-elle de « booster » notre système immunitaire ? Et aussi notre activité sexuelle ? Réponse avec une étude qui reçut le prix Ig Nobel de médecine.

La musique adoucit les rhumes. Une découverte qui vaut bien un Ig Nobel ! © Christophe Alary, Flikr, Creative Commons

« La présente étude suggère la potentialité d'un nouveau mode de défense, permettant de lutter à la fois contre l'émergence et l'évolution de diverses affections (entre autres, le rhume ordinaire). » Extrait du rapport préliminaire distribué par Charnetski, Brennan et Harrison. 

Après avoir assisté, quelques années auparavant, à une conférence sur l'immunoglobuline A, le professeur Carl Charnetski s'est immédiatement lancé dans un ambitieux programme de recherche qui, à ce jour, implique l'immunoglobuline A, la musique, le sexe, et d'importantes quantités de crachats obtenus à partir d'un grand nombre de volontaires. Délicieux.

Il se trouve que l'immunoglobuline A est souvent désignée sous le sigle IgA. Les lettres Ig. Belle coïncidence, non ? En vérité, cette substance constitue un des nombreux anticorps que le système immunitaire humain sécrète en réponse aux infections ou autres dangers. L'idée du professeur Carl Charnetski de Seattle était donc simple : s'il dénichait quelque activité banale, si possible agréable, qui force l'organisme à accroître sa production de cette substance, il découvrirait du même coup la clé de la santé. C'était presque magique. Aidé de son collègue, le professeur Francis Brennan, il se lança donc dans cette quête. Cela ne devait guère poser de problème, puisque le taux d'immunoglobuline A est très facile à mesurer : un simple échantillon de salive suffit.

De la musique avant toute chose

La première activité agréable qu'ils choisirent de tester, fut la musique. Simple ! Il suffisait d'en faire écouter à des volontaires. Et ensuite de les faire cracher. Au début de leurs expériences, ils se contentèrent de faire écouter quelques airs de musique à un panel d'étudiants. Trente minutes de notes sympas et allègres. Suivies de 30 minutes de mélodies plus mélancoliques, voire lugubres. Résultat : la musique allègre augmente le taux d'immunoglobuline A dans la salive des étudiants. La musique triste la diminue.

Trouvant ces résultats encourageants, les professeurs Charnetski et Brennan décidèrent de s'associer à James Harrison de Muzak Ltd, l'entreprise qui produit la majorité des musiques d'ascenseur du monde. Le but : élargir les connaissances du monde sur le rôle de la musique sur les anticorps.

Leurs cobayes furent divisés en quatre groupes :

  • le premier devait écouter 30 minutes d'enregistrements de suave musique d'ambiance, qu'on appelle parfois smooth jazz ;
  • le deuxième bénéficiait du même traitement, mais diffusé par radio et non plus enregistré ;
  • le troisième avait droit à une durée identique de sons et d'accords dissonants ;
  • enfin, le dernier groupe, selon le mot même des concepteurs, était « soumis à 30 minutes de silence ».

Et ensuite, on fit cracher tout le monde. Résultat ? Les auditeurs de musique planante diffusée à partir de bandes enregistrées avaient accru leur taux d'immunoglobuline A. Mais pas ceux ayant écouté les mêmes airs transmis par radio. Les cobayes soumis aux sons et accords dissonants présentaient un taux moindre d'immunoglobuline A. Enfin, les condamnés au silence, comme les auditeurs de la radio, présentaient un taux inchangé.

Fiers de ces résultats, considérés comme « significatifs », Carl Charnetski, Francis Brennan et James Harrison virent s'ouvrir devant eux un véritable boulevard, menant à la prévention de certaines maladies.

Et le prix Ig Nobel de médecine est attribué à...

Aussi, pour leur contribution conjointe à la lutte contre le rhume, Carl J. Charnetski, Francis X. Brennan, Jr. et James F. Harrison de Muzak Ltd., ont été récompensés par le prix Ig Nobel 1997 de médecine.

Après en avoir débattu, les lauréats décidèrent qu'ils ne pouvaient pas, ou ne souhaitaient pas, assister à la cérémonie de remise.

Depuis, même si James Harrison a quitté le navire, l'équipe poursuit ses recherches. Les professeurs Charnetski et Brennan, quant à eux, sont ensuite passés de la musique au sexe. Ce qui leur a permis d'annoncer, en 1999, que les étudiants s'adonnant à une activité sexuelle intense disposent de meilleures défenses immunitaires que ceux qui s'accouplent moins régulièrement. Deux ans plus tard, ils ont pu ainsi présenter une relation complète de leurs travaux dans l'ouvrage Feeling Good is Good for You (Vous sentir bien est bon pour vous).