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La notion de bonheur selon les cultures

Dossier - La quête du bonheur : comment vivre heureux ?
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Qu'est-ce que le bonheur ? Comment peut-on y accéder ? La notion de bonheur varie selon les cultures, l'humeur, et il est bien difficile de la définir. Dans ce dossier, nous verrons comment le bonheur influence notre vie ; nous parlerons mariage, argent, travail, amitié…

  
DossiersLa quête du bonheur : comment vivre heureux ?
 

Si la majorité des études scientifiques envisagent le bonheur sous l'angle du bien-être subjectif, et donc des émotions, encore faut-il s'accorder sur les émotions positives qui rendent heureux.

Ici, il semble que la culture joue un rôle prépondérant. Les Américains, par exemple, associent bonheur avec gaieté, énergie et dynamisme ; ils valorisent les émotions fortes et grisantes. Les Indiens ou les Chinois, en revanche, voient le bonheur comme un état de paix et d'harmonie intérieure ; ils privilégient des émotions moins intenses et plus sereines. Ces différences seraient par ailleurs acquises très tôt durant l'enfance, notamment à travers les contes pour enfants.

La notion de bonheur est-elle la même pour toutes les cultures ? © Lenkafortelna, Pixabay, DP

Comparaison du bonheur entre cultures différentes

La professeur Jeanne Tsai et ses collègues de l'université de Stanford ont comparé la littérature pour enfants aux États-Unis et à Taïwan afin de voir s'il existait des différences dans la manière dont le bonheur y était représenté. Ils ont sélectionné et passé au crible les 20 meilleures ventes de livres pour enfants de 4 à 8 ans dans chaque pays.

Trois critères ont retenu l'attention des chercheurs :

  • le type d'activité effectuée par les personnages de l'histoire : chacune des actions de chaque protagoniste se voyait attribuer un score d'excitation de 1 (le personnage est assis ou fait la sieste) à 3 (le personnage court, joue, saute, etc.). Ces scores étaient ensuite additionnés pour obtenir une note d'excitation totale ;
  • l'intensité des émotions exprimées par les personnages : chaque dessin du livre était codé selon que les personnages exprimaient peu ou beaucoup d'émotions (bouche fermée ou bouche grande ouverte, regard neutre ou regard intense...) ;
  • la taille des sourires : à chaque fois qu'un protagoniste de l'histoire souriait, les chercheurs mesuraient la superficie couverte par le sourire proportionnellement à la taille du visage.

Conformément aux différences culturelles exprimées à l'âge adulte, les livres pour enfants américains décrivaient généralement des activités plus « excitantes » et les dessins des personnages y étaient plus exubérants (voir tableau ci-dessous). En outre, par rapport au sourire taïwanais, les sourires américains occupaient en moyenne 15 % d'espace supplémentaire sur les visages.

Tableau comparatif des contes pour enfants américains et taïwanais : le bonheur ne semble pas se manifester de la même façon. © DR

Mais encore ? Lorsqu'on demande aux enfants lequel des deux visages (excité ou calme) a l'air le plus heureux, les petits Américains sélectionnent le visage excité avec une probabilité huit fois plus grande que les petits Taïwanais.

La notion de bonheur est une question d'éducation

Enfin, dans une troisième partie de l'étude (et ceci intéressera sûrement ceux d'entre vous qui ont des enfants), les chercheurs ont lu à des enfants de différentes nationalités l'un ou l'autre type d'histoire (américaine ou taïwanaise) avant de leur proposer différentes activités, soit calmes, soit énergiques (par exemple, taper en rythme ou jouer sauvagement de la batterie). Sans surprise, les enfants à qui on avait raconté une histoire taïwanaise (calme) préféraient se lancer dans une activité calme et les enfants à qui on avait raconté une histoire américaine préféraient des activités plus énergiques.

Chers parents, à bon entendeur salut ! Si vous voulez des enfants « zen », le moment est peut-être venu de vous plonger dans les délices de La Rizière enchantée ou Le Voyage merveilleux du petit moine Tchin Tchin...

Conclusion : la notion de bien-être subjectif est celle qui semble le mieux correspondre à notre vie moderne. Cette conception du subjective well-being se prête facilement à l'expérimentation. Elle est exportable dans toutes les cultures même si l'intensité des expériences émotionnelles nécessaires au bonheur diffère de par le monde. Dès la petite enfance, chacun d'entre nous apprendrait selon son modèle culturel quelles émotions rechercher pour être heureux.