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Controverse sur les risques de la vaccination des jeunes enfants

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La vaccination a toujours suscité des débats au sujet de l'importance des effets bénéfiques et d'éventuels effets indésirables.

(crédit : NASA)

Or, récemment, un lien entre l'administration d'une dose de vaccin DTC (Diphtérie, tétanos, coqueluche) et une hausse de la mortalité des jeunes enfants a été suspecté à l'issue d'une étude menée en Guinée-Bissau. Afin de vérifier ce lien et à la demande de l'OMS, des chercheurs de l'IRD et leurs partenaires de l'UERD ont analysé, au Burkina Faso, l'impact des vaccinations et du DTC en particulier sur la survie des enfants de moins de deux ans. Contrairement aux résultats obtenus en Guinée-Bissau, les enfants vaccinés présentent une chance de survie deux fois plus élevée que ceux qui ne le sont pas. Cet effet est cependant étroitement lié à des facteurs comportementaux, socio-économiques ou géographiques, qui jouent un rôle important dans l'accès aux soins des enfants, mais restent difficiles à appréhender. D'autres études s'avèrent nécessaires pour déterminer la part imputable à la vaccination dans la réduction observée de la mortalité.

Depuis le premier vaccin contre la variole, mis au point par Edward Jenner en 1796, la controverse sur d'éventuels effets indésirables des vaccinations n'a jamais cessé. Récemment, une étude menée en Guinée Bissau, dans un contexte de forte mortalité infantile, a relancé le débat en suspectant un lien entre l'injection d'une dose de vaccin DTC (diphtérie-tétanos-coqueluche) et une hausse de la mortalité chez les jeunes enfants vaccinés.

À la demande de l'OMS et afin d'étudier cette relation entre la survie des enfants et leur état vaccinal, des chercheurs de l'IRD et leurs partenaires de l'UERD ont réalisé une analyse similaire au Burkina Faso. La mortalité infantile y est également très élevée dans les zones rurales, où elle concerne 90 enfants de moins d'un an sur 1000 naissances. L'état de santé et la situation vaccinale de 9085 bébés nés entre 1985 et 1993 ont été évalués tous les six mois.

Les vaccinations préconisées par l'OMS sont prodiguées au sein des dispensaires ou par des équipes mobiles. Théoriquement, les enfants doivent ainsi recevoir le vaccin BCG à la naissance, puis le DTC et, à 9 mois, le vaccin contre la rougeole. Or, en milieu rural, au Burkina Faso comme dans d'autres pays en développement, tous les enfants ne bénéficient pas de la même couverture vaccinale. Certains ne reçoivent aucune injection, d'autres ne reçoivent que le BCG ou le DTC seuls, d'autres les deux. En effet, de nombreux facteurs géographiques (la proximité d'un dispensaire), culturels, familiaux (soins apportés par la mère), sociologiques ou économiques, etc., interviennent dans l'accès aux soins. Ces facteurs, dits de confusion, ont par conséquent été pris en compte dans l'analyse statistique des données recueillies.

Les résultats obtenus à l'issue de cette étude montrent une nette association entre les vaccinations et une meilleure survie des enfants. En effet, les chances de survie apparaissent deux fois plus élevées chez les enfants ayant reçu au moins une dose de DTC en plus du BCG, que chez les enfants non vaccinés. Ce constat ne varie pas quand on tient compte des facteurs de confusion, en particulier le recours aux services de santé, le statut nutritionnel des enfants ou les données démographiques. Par ailleurs, une deuxième injection de DTC ne réduit ni n'augmente le risque de mortalité, ce qui confirme l'absence d'effets indésirables.

D'après cette étude, les vaccinations préconisées et le DTC en particulier sont donc bien liées à une réduction de la mortalité infantile, dans les zones où celle-ci est élevée. Ceci vient par ailleurs d'être confirmé par d'autres travaux, menés au Sénégal par la même équipe de l'IRD.

La vaccination, qui protège les enfants contre certaines maladies, pourrait également leur conférer une plus grande résistance à d'autres infections, en stimulant leur système immunitaire. Cependant, les facteurs de confusion jouent également un rôle important dans la réduction de la mortalité globale. En effet, la majorité des décès sont imputables à des infections différentes des maladies contre lesquelles les enfants peuvent être vaccinés. C'est pourquoi le choix de ces facteurs de confusion, qui restent difficiles à appréhender dans leur nombre et leur diversité, apparaît déterminant dans l'analyse du lien entre la vaccination et la mortalité. Certains d'entre eux, comme la proximité d'un dispensaire, sont associés à une meilleure survie globale du fait d'un accès facilité aux soins mais aussi d'une meilleure couverture vaccinale. Les enfants vivant à proximité d'un dispensaire, qu'ils soient vaccinés ou non, ont ainsi plus de chances de survivre. De même, une mère vivant loin d'un dispensaire mais qui s'y rend avec son enfant malgré un long trajet, peut être considérée comme particulièrement impliquée dans les soins apportés à son enfant.

D'autres études, établies à partir du suivi à long terme de cohortes d'enfants, restent toutefois nécessaires pour mieux cerner le rôle des facteurs de confusion et les effets non spécifiques de la vaccination dans le contexte des pays du Sud.

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