Les personnes souffrant de migraines présenteraient des anomalies dans le cerveau. Une étude montre que les régions du cortex liées aux sensations de douleur sont chez elles plus fines et moins larges. Est-ce la cause ou la conséquence de ces maux de tête ? La question reste posée.
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Le cortexcortex cérébral est une spécificité des mammifèresmammifères. Il s'agit d'une couche de neuronesneurones composant la surface externe du cerveau, impliquée dans de nombreux processus cognitifs, comme la mémoire, la perception, la pensée, la douleurdouleur, le raisonnement, les aptitudes sociales, etc. Chez l'Homme, ce cortex prend une tournure très particulière car à l'étroit dans cette petite boîte crânienneboîte crânienne, il forme des plis et des crevasses appelés circonvolutionscirconvolutions.

Depuis quelques années, les scientifiques suspectent une atrophieatrophie des régions de ce cortex associées à la douleur chez les patients souffrant de migraines, caractérisées par des maux de tête violents, parfois accompagnés d'une sensibilité accrue à la lumièrelumière, de nausées et de vomissements. Certains ont même pensé qu'à force de sollicitations, ces zones se détériorent, expliquant le profil anormal du cerveaucerveau.

Cette hypothèse a intéressé Massimo Filippi, directeur de l'unité de recherche en neuro-imagerie à l'hôpital universitaire San Raffaele de MilanMilan. L'homme recherche depuis plusieurs années les anomaliesanomalies structurelles et fonctionnelles du cerveau afin de déterminer les mécanismes clés essentiels à l'expression clinique de ces migraines et de trouver des marqueurs afin de prédire leur évolution.

La couche la plus externe du cerveau des mammifères, le cortex, contient peut-être les secrets de la migraine. Des anomalies dans certaines régions spécifiques, associées à la douleur, pourraient être liées à ces maux de tête. © Mark Lythgoe et Chloe Hutton, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

La couche la plus externe du cerveau des mammifères, le cortex, contient peut-être les secrets de la migraine. Des anomalies dans certaines régions spécifiques, associées à la douleur, pourraient être liées à ces maux de tête. © Mark Lythgoe et Chloe Hutton, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Un lien entre migraine et anomalies du cortex cérébral

Son équipe a recruté 81 volontaires pour passer des IRMIRM, parmi lesquels 63 souffraient de maux de têtes chroniques, quand les 18 autres faisaient office de témoins. Pour quels résultats ? Comme le montre l'article publié dans la revue Radiology, le cortex des migraineux est effectivement atteint par des anomalies structurelles.

En effet, dans les régions liées à l'intégration de la douleur, le cortex était d'une part moins épais que chez les témoins, et, d'autre part, recouvrait une surface moins importante. Ces deux paramètres sont intéressants car ils se complètent.

L'aire couverte par le cortex connaît une très forte extension peu avant la naissance, à l'origine de toutes ces circonvolutions, et relève donc en grande partie de l'inné. À l'inverse, l'épaisseur de ce cortex est plus sujette aux variations au cours de la vie, avec l'expérience ou les maladies. Ainsi, le fait que ces deux paramètres soient touchés révèle que les migraines sont le fruit d'un équilibre entre des caractéristiques intrinsèques et liées à des pathologiespathologies.

Qui de l’œuf et de la poule ?

L'étude va même un peu plus loin. Certains patients racontent connaître quelques troubles de la vision durant leurs crises, comme l'apparition d'une région floue ou de formes étranges par exemple. Or, si l'épaisseur et la surface du cortex n'ont aucun rapport avec la duréedurée et l'intensité des migraines, elles en auraient avec l'occurrence de ces hallucinationshallucinations visuelles.

Ces informations n'expliquent cependant pas tout. Ces anomalies cérébrales sont-elles la cause ou la conséquence des maux de tête ? Il est trop tôt pour le dire. Mais Massimo Filippi espère pouvoir apporter à l'avenir une réponse. Il a déjà planifié deux études au long courslong cours. Dans la première, il suivra ces mêmes volontaires pour voir si l'épaisseur et la surface évoluent au cours du temps. Dans la seconde, il fera la même chose mais avec des enfants ne souffrant pas encore de migraines. Ainsi, il pourra déterminer si ce sont déjà ceux qui ont le plus petit cortex qui souffrent de maux de tête ou si celui-ci régresse chez les personnes victimes de migraines.