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Un lien entre anorexie mentale et autisme ?

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Des spécialistes britanniques de l'autisme ont remarqué, dans une étude, que les adolescentes atteintes d'anorexie souffraient bien plus souvent de troubles autistiques que les filles de leur âge. Ainsi, elles seraient globalement moins empathiques et plus centrées sur elles-mêmes que le reste de la population générale, mais à un niveau moindre qu'observé chez les personnes diagnostiquées autistes.

L'anorexie mentale est une maladie qui frappe souvent les femmes, à partir de l'adolescence. L'image que la patiente a d’elle-même est déformée, et ne reflète pas la réalité. Un trait autistique ? © Luaxan, deviantart.com, cc by 3.0

L'anorexie mentale, c'est bien connu, est un trouble des comportements alimentaires. En effet, les personnes atteintes, très majoritairement des filles, sont obsédées par leur poids et la nourriture. Elles luttent contre la faim pour se maintenir à un poids bien trop faible, car c'est seulement ainsi qu'elles se sentent bien. Cette pathologie potentiellement mortelle semble être la conjugaison de facteurs sociaux, familiaux, génétiques et psychologiques.

D'une façon générale, les patients anorexiques présentent des caractéristiques comportementales particulières : une fascination pour certains détails, une tendance à tout centrer autour de soi ou la manifestation d'une rigidité comportementale. Des traits qui ressemblent à ceux observés chez les personnes autistes qui connaissent des troubles forts de la communication et de la socialisation. Rappelons que l'étymologie grecque autos signifie « soi-même ».

C'est pourquoi le Britannique Simon Baron-Cohen et ses collègues du Centre de recherche sur l’autisme de l'université de Cambridge ont tenté de mesurer l'importance des traits autistiques chez des adolescentes atteintes d'anorexie. Leurs résultats, publiés dans les colonnes de Molecular Autism, semblent indiquer que la frontière est plus ténue qu'on aurait pu le penser...

Être anorexique, c’est être moins empathique

Ce travail se base sur un corpus de 66 jeunes filles souffrant d'anorexie mentale, âgées de 12 à 18 ans. Les traits autistiques, leur capacité empathique et leurs facultés de systématisation (se complaire dans des systèmes routiniers, avec des règles bien établies et un rejet pour les situations nouvelles) ont été mesurés par l'intermédiaire de trois quotients respectifs (QA, QE et QS). Ces scores ont été comparés à ceux obtenus par 1.609 filles du même âge et n'étant affectées par aucun de ces deux troubles.

L'anorexie mentale s'accompagne de souffrances et d'un mal-être profond, caractérisés par un sentiment omniprésent de surpoids. Cette obsession pour la silhouette et la nourriture serait-elle la résultante d'une propension importante à présenter des traits autistiques ? © Habacuc 1988, Flickr, cc by nc sa 2.0

Il en ressort que les adolescentes anorexiques avaient des risques cinq fois plus importants d'obtenir des scores typiques des personnes autistes que leurs homologues non touchées par ce trouble, selon l'échelle QA. Plus de la moitié des patientes présentaient une situation sociale et communicationnelle que l'on juge intermédiaire entre l'autisme et la normale. Elles n'étaient que 15 % dans les 1.609 témoins.

Les résultats des QE et QS confortent ces premières données. Comme pour l'autisme (mais dans une moindre mesure), l'anorexie mentale semble généralement abaisser les capacités d'empathie et, au contraire, augmenter la tendance à la systématisation.

L’anorexie, un symptôme de l’autisme ?

Qu'en conclure ? Bonnie Auyeung, l'une des chercheuses, tente d'apporter un éclairage. Si l'autisme est majoritairement masculin, tandis que l'anorexie se retrouve essentiellement chez les filles, la scientifique suggère que le diagnostic de l'autisme pourrait être sous-évalué dans la population féminine. Pourquoi ? Parce que l'on repérerait d'abord l'anorexie mentale à l'adolescence et que l'on associerait ensuite les autres troubles comportementaux à cette pathologie, alors qu'ils ne s'agirait que de symptômes supplémentaires de l'autisme.

Les auteurs perçoivent dans leur découverte une voie potentielle pour aider les patientes anorexiques. En les aidant à reporter leur attention sur un objet autre que leur poids et la nourriture qui serait beaucoup moins nocif pour la santé, ils espèrent faciliter la rémission. Ce pourrait également être la porte ouverte à une prise en charge sociale et communicationnelle du trouble de la conduite alimentaire.

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