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Les jouets, des nids à bactéries dangereuses pour la santé

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Elles ont beau être adorables, les peluches ne sont pas pour autant sans danger. Dans une étude récente, des chercheurs états-uniens ont montré que les jouets contenaient souvent des germes responsables d'infections graves chez les enfants. Ils préconisent donc de renforcer les méthodes de nettoyage dans les crèches et les écoles.

Les jouets et peluches en tout genre sont des réservoirs de bactéries dangereuses. © recompose, Flickr, cc by nc nd 2.0

Les bactéries sont omniprésentes dans notre environnement. On en trouve partout : dans l'air, sur la peau, sur les poignées de porte, sur les claviers d'ordinateurs et... sur les jouets. En cette période de Noël, des chercheurs de l'université de Buffalo (États-Unis) ont voulu évaluer le risque d'infection associé aux jeux des tous petits. Leurs résultats, publiés dans la revue Infection and Immunity, font froid dans le dos.

La famille des streptocoques regroupe de nombreuses espèces de bactéries fréquemment associées à l'Homme. Si beaucoup sont totalement inoffensives, d'autres peuvent être très dangereuses pour la santé. Streptococcus pneumonia, par exemple, colonise les voies respiratoires et engendre des pneumonies graves, en particulier chez les enfants. À l'échelle mondiale, cette bactérie est responsable d'environ un million de morts chez les moins de cinq ans chaque année. Une autre espèce de streptocoques, appelée Streptococcus pyogenes, peut également conduire à différentes infections plus ou moins graves dont la plus fréquente est l'angine bactérienne.

Streptococcus pneumoniae est le plus courant des agents responsables de la pneumonie. Il est souvent regroupé par paire, comme le montre cette image de microscopie. © Sanofi Pasteur, Flickr, cc by nc nd 2.0

Les biofilms, des communautés de microbes bien protégés

Heureusement, ces deux bactéries ont du mal à se débrouiller une fois dans l'environnement et se transmettent en général par contact humain ou par inhalation de particules infectieuses présentes dans l'air. C'est en tout cas ce que l'on croyait jusqu'ici... Cependant, les études s'étaient principalement concentrées sur les bactéries planctoniques, c'est-à-dire isolées les unes des autres, qui résistent mal à la dessiccation et perdent rapidement leur pouvoir infectieux une fois en dehors de leur hôte.

Qu'en est-il vraiment ? Cette fois-ci, les chercheurs se sont penchés plus sérieusement sur la question et ont étudié ces deux bactéries lorsqu'elles se développent dans des communautés microbiennes appelées biofilms, leur mode de croissance majoritaire dans la nature. Au sein de ces structures, elles sont enveloppées dans une couche de sucres qui les protège contre les agressions environnementales, comme la dessiccation. Ils avaient vu juste. Les auteurs ont en effet montré que les bactéries présentes dans les biofilms pouvaient rester vivantes pendant de longs mois. Encore pire : même après tout ce temps, elles restent dangereuses et peuvent infecter les voies respiratoires de souris.

80 % des peluches porteuses de la pneumonie

Les scientifiques ont voulu explorer le risque associé aux biofilms présents sur les jouets pour la santé des enfants. Pour ce faire, ils se sont rendus dans une crèche et ont analysé différents objets, à la recherche des deux germes dangereux, S. pneumonia et S. pyogenes. Leurs résultats sont plutôt inquiétants. Ils ont en effet montré que quatre peluches sur cinq étaient porteuses de S. pneumonia et que plusieurs surfaces contenaient encore S. pyogenes, même après un lavage.

« Ces résultats devraient nous inciter à être plus vigilants vis-à-vis des bactéries de l'environnement », explique Anders Hakansson, le directeur de cette étude. Selon lui, certains objets représenteraient des réservoirs de streptocoques prêts à contaminer le premier venu. Cependant, d'autres études sont nécessaires pour connaître la part des malades infectés de cette manière.

Doit-on pour autant paniquer et interdire les jouets aux enfants ? Sans aller jusque-là, les auteurs recommandent aux crèches et aux écoles de modifier leur méthode de nettoyage afin d'éliminer plus efficacement les microbes sur les surfaces. Il est également important de régulièrement se laver les mains et de tousser dans le coude pour éviter la transmission des bactéries et des virus en tout genre. Cependant, s'exposer aux microbes n'est pas toujours une mauvaise chose, bien au contraire. Une étude récente montrait par exemple que les jeunes enfants possédant un chien rencontraient plus souvent les bactéries de l'environnement, et avaient ainsi moins de risques de développer des allergies.