Si l'origine de la gigantesque épidémie d’infections à Escherichia coli entérohémorragique reste inconnue, au point que le concombre espagnol est inocenté, la découverte d'un médicament qui semble pouvoir sauver les patients se trouvant dans un état critique devrait calmer les inquiétudes. L’eculizumab, un anticorps monoclonal, aurait en effet déjà soigné au moins trois jeunes enfants, pourtant sévèrement atteints du fameux syndrome hémolytique et urémique.
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Alors que la plus grande épidémie à Escherichia coli entérohémorragique jamais observée sévit actuellement en Allemagne et commence à s'étendre dans quelques pays européens, des médecins semblent déjà avoir découvert un médicament efficace permettant de traiter les patients les plus sévèrement atteints. Une bonne nouvelle dans un contexte inquiétant, puisque l'on recense déjà plus de trois cents malades et au moins trois morts.

L'infection par les bactériesbactéries Escherichia coli entérohémorragique (des souches virulentes qui produisent des shiga-toxinesshiga-toxines) se déclare par une diarrhéediarrhée souvent hémorragique, des douleursdouleurs abdominales et parfois des vomissements qui évoluent, après une semaine environ, vers un syndromesyndrome hémolytique et urémique. Caractérisé par une destruction des globules rouges (anémie hémolytiqueanémie hémolytique) et des plaquettesplaquettes sanguines (thrombopéniethrombopénie), il peut même mener, dans les cas les plus graves, à des insuffisances rénalesinsuffisances rénales, des complications neurologiques, voire la mort. 

Trois jeunes enfants ont été sauvés

Si les infections à Escherichia coli entérohémorragique ne touchent généralement que les personnes les plus sensibles (enfants, personnes âgées ou immunodéprimées), cette épidémieépidémie atypique a vu des jeunes femmes en bonne santé également déclarer le syndrome outre-Rhin. Mais en dépit des inquiétudes que ces contaminationscontaminations suscitent, notamment parce que l'origine n'est pas encore clairement définie (l'hypothèse des concombres n'étant pas confirmée), de l'espoir semble renaître. 

Le syndrome hémolytique et urémique est causé par les shiga-toxines produites par des bactéries intestinales (<em>Escherichia coli </em>entérohémorragiques). © DR

Le syndrome hémolytique et urémique est causé par les shiga-toxines produites par des bactéries intestinales (Escherichia coli entérohémorragiques). © DR

Des scientifiques allemands, canadiens et français ont en effet rapporté dans le dernier numéro de la revue The New England Journal of Medicine, l'efficacité de l'anticorps monoclonalmonoclonal eculizumab dans le traitement de formes très sévères de syndrome hémolytique et urémique, déclenchées par des bactéries productrices de shiga-toxines. Trois jeunes enfants âgés de 3 ans, dans un état toujours plus critique malgré la réalisation d'hémodialyses successives pour traiter leur plasmaplasma, ont vu leur état s'améliorer dans les 24 heures après la première administration de l'anticorps.

Déjà sur le marché depuis 2007, l'eculizumab est dirigé contre la protéineprotéine C5 du complément et inhibe ainsi l'action de ce facteur clé du système immunitairesystème immunitaire, qui a naturellement pour but de provoquer la destruction des cellules pathogènespathogènes. L'anticorpsanticorps était au départ destiné à traiter une anémie rare, l'hémoglobinurie paroxystique nocturnenocturne, une maladie génétiquemaladie génétique caractérisée par une destruction au cours de la nuit des globules rougesglobules rouges rendus anormalement sensibles à l'action du complément.

Eculizumab : le traitement miracle ?

Plus tard, des études avaient montré l'efficacité de l'eculizumab dans le traitement de certaines formes de syndrome hémolytique et urémique, non liées à des infections bactériennes, où le système du complément était clairement impliqué. Finalement, d'autres études avaient également mis en évidence une hyperactivation des protéines du complément dans certaines formes de syndrome hémolytique et urémique, cette fois-ci liées à des Escherichia coli entérohémorragiques.

Selon les auteurs de l'article, la réponse très rapide des trois jeunes patients suite au traitement (qui ont d'ailleurs tous retrouvé une excellente forme) rend improbable une guérisonguérison spontanée. De plus, elle renforce l'hypothèse selon laquelle les shiga-toxines pourraient activer directement les protéines du complément. Pourtant, d'autres médecins, interviewés par le journal Science, semblent ne pas avoir observé les mêmes résultats positifs et rappellent que le traitement est très cher (de l'ordre de 15.000 euros).

Ces données permettent néanmoins d'envisager l'anticorps eculizumab comme traitement adapté aux malades souffrant de formes sévères de syndrome hémolytique et urémique liées à des infections bactériennes, bien qu'il nécessite d'abord une estimation de la balance bénéfices/risques et une confirmation de son efficacité à plus grande échelle.