Santé

Les cyclistes du Tour de France vivent plus longtemps que la population

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Les coureurs cyclistes français ayant participé au Tour de France ont en moyenne une espérance de vie plus importante de 6,3 ans. Des résultats pas vraiment intuitifs quand on connaît l'étendue des pratiques dopantes qui ont eu cours dans les pelotons depuis l'après-guerre. D'où leur vient cette propension à vivre plus longtemps ? Un mystère pas encore résolu.

Laurent Fignon était l'un des meilleurs coureurs français des années 1980, avec notamment deux Tours de France à son palmarès. L'ancien cycliste est décédé en 2010 des suites d'un cancer des voies digestives. On ignore si les produits dopants qu'il a avoué avoir pris durant sa carrière sont derrière la maladie. © Numerius, Flickr, cc by nd 2.0

De Tom Simpson à Marco Pantani et Laurent Fignon, de nombreux cyclistes professionnels ont perdu la vie prématurément. Ces décès dramatiques ont amené à s'interroger sur les risques à long terme liés à la pratique du haut niveau, et du cyclisme sur route en particulier. Préciser ces risques constitue l'une des demandes fortes de la récente commission sénatoriale de lutte contre le dopage. Pour autant, depuis plus de 20 ans et dans de nombreuses disciplines, plusieurs études ont montré que les sportifs présentaient une durée de vie supérieure à la moyenne.

Pour mieux comprendre ce paradoxe, l'Irmes (Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du Sport), le Centre d'expertise de la mort subite, l'Institut Imagine, le labex GrEX et le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC) ont étudié la longévité des cyclistes français ayant terminé au moins une fois le Tour de France depuis 1947.

Menées par Eloi Marijon, ces équipes ont en effet mesuré la durée de vie de tous les cyclistes français (786) engagés sur le Tour de France depuis la fin de la seconde guerre mondiale (ils représentent 30 % de tous les engagés). Elles ont analysé les causes de mortalité sur cette période (la totalité des causes est accessible depuis 1968) : 208 cyclistes (26 % du total) étaient décédés au 1er septembre 2012, dont près des deux tiers de cause cancéreuse ou cardiovasculaire. Les résultats publiés dans l'European Heart Journal sont clairs : la mortalité de ces sportifs est 41 % plus faible que celle de la population générale.

Des cyclistes du Tour de France qui connaissent moins le cancer

Dans l'analyse des causes spécifiques, ce résultat reste valable tant pour la mortalité par cancer (inférieure de 44 %) que pour la mortalité respiratoire (inférieure de 72 %) ou cardiovasculaire (inférieure de 33 %). Ces réductions de mortalité sont associées à une augmentation de leur durée de vie, calculée à 6,3 ans de plus que celle de la population générale.

Richard Virenque et consorts de la fameuse époque Festina, dopés à L'Epo, feront-ils de vieux os ? Nous manquons encore de recul... © Numerius, Flickr, cc by nd 2.0

Les décès traumatiques (accidents de la route liés à la pratique du cyclisme) ne diffèrent pas de la population générale masculine. Ces causes externes prédominent chez les coureurs décédés jeunes, expliquant la tendance observée (mais non significative) à une mortalité plus importante chez les cyclistes de moins de 30 ans.

Le dopage ne semble pas affecter la longévité des coureurs

Pour expliquer les résultats épidémiologiques très importants de ces sportifs de haut niveau, il faudra maintenant chercher du côté des prédispositions (en particulier génétiques), des relations désormais bien établies entre performance physique et durée de vie, des avantages sociétaux qu'ils ont pu retirer par la suite ainsi que des modes de vie sains qu'ils maintiennent après leur carrière. Nombre d'entre eux poursuivent en effet une pratique sportive longtemps après leur activité professionnelle et très peu fument. Par ailleurs, les effets potentiels du dopage ont été analysés par la mesure des taux de mortalité sur trois périodes. 

Des années 1950-1960 (époque des amphétamines) aux années 1970-1980 (stéroïdes anabolisants), le taux de mortalité n'a pas changé. Et malgré les circonstances singulières des vingt dernières années (recours fréquent à l'EPO et aux hormones de croissance, de 1991 à nos jours), la longévité des athlètes français ne s'est pas non plus réduite récemment. Il n'est toutefois pas encore possible d'estimer la longévité à long terme des athlètes de cette dernière période, les résultats présentés ici ne constituant qu'une analyse préliminaire à suivre avec attention.

Il sera également intéressant de réaliser une comparaison à terme avec les équipiers d'autres nations et d'évaluer les modes de prise en charge spécifiques et le suivi longitudinal organisés par les fédérations et institutions françaises ainsi que leur effet sur la performance.

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