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Dopage dans le Tour de France : les responsabilités poussent à tricher

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Les pratiques dopantes dans le peloton cycliste dépendent surtout des responsabilités de chaque coureur au sein de son équipe, mais aussi du passé et des habitudes des partenaires. Donald Palmer et Christopher Yenkey, les deux chercheurs américains à l'origine de cette nouvelle étude, établissent même une comparaison avec les tricheurs de Wall Street.

Lance Armstrong est l'un des symboles du dopage sur le Tour de France. Le Texan a récemment été destitué de ses sept titres... © Benutzer:Hase, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Pourquoi certains trichent ? Qu'est-ce qui les pousse à franchir la ligne rouge ? Voilà les questions qui ont amené Donald Palmer (université de Californie à Davis) et Christopher Yenkey (université de Chicago) à mener l'enquête pour obtenir les réponses. 

Et lorsque l'on parle de duperie dans le sport, les soupçons se portent très vite sur le cyclisme, puisque tous les mois de juillet avec le Tour de France revient la question de la propreté des coureurs. Cette année ne fait pas exception, avec les doutes qui ont pesé sur le vainqueur 2013 Christopher Froome, et la divulgation mercredi 24 juillet de nouveaux noms de cyclistes dopés durant les Grandes Boucles 1998 et 1999, théâtres respectivement de la fameuse affaire Festina et du premier sacre de Lance Armstrong.

Les deux chercheurs, qui présenteront leur travail lors de la réunion annuelle de l'Academy of Management en août prochain, se sont focalisés sur l'importance du rôle des sportifs au sein de leur équipe, ainsi que les éventuelles pratiques déviantes actuelles et passées de leurs collègues, pour les 197 coureurs ayant pris part au Tour de France cycliste de 2010.

Un Tour de France encore frappé par le dopage

Rappelons que cette 97e édition a elle aussi été rattrapée par la polémique. En tout, 9,6 % des participants avaient déjà été liés au dopage, parmi lesquels un certain Lance Armstrong, qui prenait pour la 13e et dernière fois le départ de l'épreuve. À l'époque, ses sept titres ne lui avaient pas encore été retirés. Il a finalement terminé 24e au classement général, à près de 39 ans.

Le dopage a été une pratique courante dans le cyclisme, mais probablement aussi dans d'autres sports. Améliorer ses performances est le propre du compétiteur. Et certains ne se satisfont pas de leurs entraînements ou des innovations techniques... © Pokerman, StockFreeImages.com

Le scandale, cette année-là, est surtout venu de celui qui avait été annoncé vainqueur. L'Espagnol Alberto Contador, en jaune sur les Champs-Élysées, a été contrôlé positif au clenbuterol, une substance interdite, ce qui lui a valu d'être déclassé le 6 février 2012. C'est donc le deuxième de l'épreuve, Andy Schleck, qui a été désigné à posteriori gagnant du Tour de France.

Cette année-là avait été également marquée par la révélation dans le quotidien sportif L'Équipe des indices de suspicion portant sur chaque coureur, définis par l'Union cycliste internationale (UCI). Ceux-ci auraient dû rester confidentiels, et ont été établis à partir du passeport biologique de chacun, un ensemble de données créé à partir d'analyses urinaires et sanguines pratiquées régulièrement dans le but de s'assurer d'une constance des paramètres biologiques. Dans le cas contraire, les coureurs peuvent être accusés de dopage.

Des responsabilités qui poussent à se doper

Ce sont les données du passeport biologique qui ont été utilisées par les chercheurs américains. Ils se sont rendu compte que les leaders des équipes (environ 11 % des cyclistes) étaient plus susceptibles d'avoir un profil sanguin douteux que les équipiers qui les aident à gagner (la majorité du peloton). Mais les coureurs n'ayant aucun de ces deux rôles, et dont le but est souvent de s'échapper à l'avant afin de remporter une étape, figurent parmi les moins soupçonnés de dopage.

Les auteurs établissent donc un parallèle avec ce qui se passe dans les Bourses du monde entier, ou dans tout autre milieu où il est question d'argent. De fortes responsabilités pesant sur les épaules d'une seule personne, d'autant plus si elle ne peut trouver quelqu'un d'autre pour s'en décharger, subit de fortes pressions pour adopter des comportements qui amélioreront ses performances. Y compris franchir la ligne rouge... Le cyclisme ne fait pas exception. Mais il y a également fort à parier que si cette théorie est exacte, les mêmes problèmes se retrouvent dans d'autres sports, dont certains qui brassent encore plus d'argent.

La triche, un travail d’équipe

Les équipiers semblent aussi jouer un rôle prépondérant pour inciter ou au contraire freiner les pratiques dopantes. Plus on a des partenaires qui trichent, plus on a de risques de les suivre. Le passé des coureurs compterait également. Être entouré de dopés impunis inciterait à recourir à des substances bannies. À l'inverse, collaborer avec un coureur ayant été suspendu pourrait réfréner l'envie de suivre son exemple.

« De nombreuses études scientifiques montrent l'influence que peut avoir le groupe sur un individu », précise Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef du magazine Sport & Vie, dans lequel il dénonce le dopage depuis plus de 20 ans. « Il me paraît donc tout à fait cohérent de penser que les pratiques des équipiers peuvent pousser au dopage. En revanche, je suis plus dubitatif sur les arguments concernant les responsabilités. Rien que pour obtenir son ticket au sein du peloton, il faut se battre, car les places sont chères pour prendre part au Tour de France. » Chaque coureur doit donc faire face à une obligation de performances, quel que soit son rôle au sein de son équipe.

Le journaliste belge évoque aussi la possibilité de biais dans ce travail. « Toutes les équipes ne sont pas forcément aussi attentives au passé des coureurs lorsqu'elles les recrutent. Elles peuvent ainsi embaucher des cyclistes déjà plus enclins à se doper, et ceux-ci n'ont pas forcément besoin de leur entourage pour prendre des produits interdits. » Pour supprimer les comportements de triche, il faut donc probablement supprimer les enjeux. Ce qui, dans le milieu des affaires ou dans le sport, paraît presque impossible...

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