L’obésité et le surpoids continuent de progresser en Europe. © Kurhan, Fotolia

Santé

Espérance de vie : les Européens vivent plus longtemps mais gare à l'obésité

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Entre 2010 et 2015, l'espérance de vie des Européens à la naissance a gagné un an. Mais l'obésité et le surpoids touchent une part de plus en plus importante de la population, ce qui pourrait affecter l'espérance de vie à l'avenir.

Publié tous les trois ans, ce Rapport sur la santé en Europe de l'Organisation mondiale de la santé établit que le bien-être mesuré sur le continent européen est « le plus élevé au monde », tout en demeurant « très variable d'un point à l'autre de la région », qui comprend 53 pays aussi hétéroclites que la Russie et Andorre, l'Allemagne et le Turkménistan.

L'espérance de vie à la naissance dans la région s'élevait en 2015 à 77,8 ans, contre 76,7 ans en 2010. L'espérance de vie des femmes (81,1 ans) restait plus élevée que celle des hommes (74,6 ans) de six ans et demi, un écart qui s'est légèrement réduit. Les différences demeurent importantes selon les pays : les hommes vivent près de 16 ans de plus en Islande (81,4 ans) qu'au Kazakhstan (65,7 ans). En France, l'espérance de vie est de 86,3 ans pour les femmes, 79,8 ans pour les hommes.

Les progrès sont inégaux, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, entre les sexes et les générations

« Les progrès sont inégaux, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, entre les sexes et les générations », a souligné Zsuzsanna Jakab, la directrice de l'OMS pour l'Europe dans le rapport. « Les facteurs de risques liés au mode de vie sont préoccupants, ils peuvent ralentir ou même inverser les gains importants d'espérance de vie si rien n'est fait. »

Parmi ces facteurs, la surcharge pondérale, qui augmente le risque de diabète, de cancer ou de maladie cardiaque, est « en hausse dans la plupart des États ». En 2016, l'obésité et le surpoids touchaient respectivement 23,3 % (+2,5 points en six ans) et 58,7 % (+2,8 points) de la population. La progression est particulièrement marquée en Turquie, où 32,1 % de la population est obèse et près de quatre femmes sur dix (39,2 %). Malte (29,8 % de la population) et le Royaume-Uni (27,8 %) sont les deux autres pays de la région présentant la plus forte prévalence de l'obésité.

Des statistiques sur le tabagisme, l'alcool et les cancers

La consommation de tabac et d'alcool est également pointée du doigt par l'OMS, les taux enregistrés dans la région Europe étant parmi « les plus élevés au monde » : 29 % des individus de plus de 15 ans fument, selon les chiffres de 2013, contre 16,9 % en région Amérique et 24,8 % en Asie du Sud-Est. Le chiffre monte à 43,4 % en Grèce, 39,5 % en Russie, et 28,1 % en France. La proportion de fumeurs quotidiens dans la population diminue néanmoins sur les 53 pays, passant de 28,1 % en 2002 à 24,4 % en 2014.

29 % des Européens de plus de 15 ans fument. © Pixarno, Fotolia

La consommation d'alcool, à la hausse dans les années 1990 et 2000, recule régulièrement depuis 2008 mais reste élevée, à 8,6 litres par personne et par an en 2014, contre 6,4 L/personne dans le monde. Dans l'Union européenne, la consommation est la plus forte en Lituanie (15,2 litres/personne), en République tchèque (12,7 L/p) et en Belgique (12,6 L/p). Avec 11,5 L/p, la France arrive devant la moyenne de l'UE (10,2 L/p).

Les quatre principales maladies non transmissibles causent, elles, moins de décès prématurés. « La région est en bonne voie pour atteindre l'objectif de réduction annuelle de 1,5 % d'ici 2020 », souligne l'OMS. La mortalité liée aux cancers, au diabète, aux maladies respiratoires et aux maladies cardio-vasculaires a reculé de 9 % entre 2010 et 2015 (715 décès pour 100.000 habitants cette année-là). Cette baisse est d'autant plus remarquable que l'incidence de ces maladies est en augmentation. Dans l'UE, le nombre de nouveaux cas de cancers détectés chaque année a augmenté de 5 % entre 2010 et 2014, pour atteindre 569 cas pour 100.000 personnes.

Enfin, l'OMS fait part d'un « tableau nuancé » concernant la mise en œuvre d'une couverture sanitaire universelle. Selon les pays, le remboursement des frais de santé est très variable. Ainsi, en France en 2014, les ménages assument 6,3 % du total des dépenses de santé, contre 16,7 % dans l'UE et 45,8 % en Russie. Le rapport salue néanmoins l'augmentation du « nombre de pays ayant mis en place des stratégies de lutte contre les inégalités ». Ces politiques ont permis de faire reculer la mortalité infantile et d'améliorer la couverture vaccinale, qui reste cependant « insuffisante » contre la rougeole « dans certains États », dont l'Ukraine et le Monténégro.

  • En Europe, l’espérance de vie à la naissance est de 77,8 ans en 2015.
  • 23,3 % des Européens sont obèses et 58,7 % en surpoids.
  • Le tabagisme et la consommation d’alcool baissent un peu mais restent élevés.
Pour en savoir plus

Espérance de vie : en Europe, on vit cinq ans de plus qu’en 1980

Article de Janlou Chaput paru le 15 mars 2013

L'espérance de vie des Européens a augmenté de cinq ans ces 30 dernières années, pour atteindre 76 ans en moyenne. Pour sa part, la France se place 10e au classement des pays où l'on vit le plus longtemps. Cependant, les disparités entre les régions et les sexes restent fortes.

L'Europe prend un coup de vieux. Entre 1980 et 2010, les progrès de la médecine ont contribué à augmenter l'espérance de vie de cinq ans sur l'ensemble du continent, atteignant 76 ans en moyenne. C'est ce qui ressort d'un récent rapport complet de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), portant sur une cinquantaine de pays et près de 900 millions de personnes. Cependant, les données sont loin d'être homogènes et varient en fonction des territoires, mais aussi des sexes.

Aux deux extrémités du classement, la Suisse, où l'espérance de vie à la naissance est de 82,2 ans, surclasse de loin le Kazakhstan, bon dernier avec une durée de vie moyenne de seulement 68,7 ans. La France occupe la 10e position, se plaçant ainsi derrière ses voisins italiens (4e) et espagnols (5e), mais devant l'Allemagne (16e) et le Royaume-Uni (17e). Les six derniers de ce classement sont d'anciens territoires soviétiques.

Comme toujours, les femmes vivent plus longtemps. En moyenne, elles atteignent 80 ans quand les hommes arrivent à peine à 72,5 ans. Seules les Espagnoles viennent détrôner les Françaises, en frôlant les 85 ans. Les mâles français se situent quant à eux juste en dessous des 78 ans, ce qui n'est pas si mal au regard de leurs homologues russes qui ne franchissent pas la barre des 63 ans.

Ce graphique permet de visualiser l'espérance de vie à la naissance (life expectancy at birth) de 46 pays européens. La France, avec une longévité d'environ 82 ans, occupe la 10e place du classement. © OMS

L’espérance de vie s’allonge et la mortalité diminue en Europe

Ces progrès sont dus aux avancées de la médecine qui favoriser le recul des maladies cardiovasculaires, principale cause de mortalité sur l'ensemble du continent : à elles seules, elles représentent tout de même un décès sur deux. Juste derrière ces maladies, on trouve le cancer, responsable de 20 % des décès et dont les tumeurs les plus mortelles affectent les poumons, le colon et l'estomac. Son incidence est de 379 pour 100.000 Européens, soit une augmentation de 32 % depuis le milieu des années 1980.

Ajoutons à cela les morts par accident ou suicide, qui connaissent depuis 1990 une régression considérable. En effet, les décès annuels sur les routes ont diminué de moitié. Mais, si les actes autodirigés ont reculé de 24 à 40 % (selon les pays), malheureusement, le contexte économique difficile de ces cinq dernières années freine cette tendance positive.

Les maladies transmissibles tuent moins. Néanmoins, il ne faut pas se satisfaire des progrès constatés, mais tenter de faire toujours mieux. Parmi ces maladies, la tuberculose représente 40 % de la mortalité. Si le nombre de victimes de cette infection a presque diminué d'un tiers sur ces vingt dernières années, les phénomènes de résistance aux antibiotiques montrent que trois patients sur dix ne sont pas correctement traités.

L’Europe devrait faire mieux pour 2020

Inéluctablement, la population européenne se montre de plus en plus vieillissante. Cela se traduit par l'augmentation de l'incidence de certaines maladies associées à l'âge, et l'Europe devra nécessairement s'adapter à cette situation. En 2010, les seniors de plus de 65 ans représentaient 15 % de l'ensemble des Européens, et les projections estiment qu'ils représenteront un quart de la population en 2050. Autre évolution envisagée : l'exode rural devrait encore se poursuivre. Actuellement, sept Européens sur dix vivent en ville, et ils seront huit sur dix en 2045.

Bien que l'état de santé global des habitants du Vieux Continent se soit amélioré ces trois dernières décennies, l'OMS s'est fixé pour objectif de faire encore mieux pour 2020, en donnant les moyens aux territoires les plus fragiles de rattraper leur retard sur les pays où l'espérance de vie est la plus longue. D'ici là, l'organisme des Nations unies publiera, comme à son habitude, ses rapports sur la santé des Européens tous les trois ans.

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